Les participants au dialogue interlibyen, parrainé par l’ONU, devaient se réunir lundi en Suisse pour choisir un nouveau Premier ministre et un Conseil présidentiel, qui seront chargés d’assurer la transition dans le pays en conflit d’ici les élections prévues en décembre. Les 75 délégués libyens de tous bords ont jusqu’à vendredi pour désigner ces personnalités parmi une liste de 45 candidats, dévoilée samedi par la mission de l’ONU en Libye (Manul).

Ils «voteront pour choisir le Conseil présidentiel, qui sera composé de trois membres, et un Premier ministre, assisté de deux adjoints», selon l’ONU. Ce conseil transitoire aura pour mission de «réunifier les institutions de l’Etat et assurer la sécurité» jusqu’aux élections annoncées pour le 24 décembre. La Libye est plongée dans le chaos depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi après une révolte populaire en 2011. Deux autorités s’y disputent le pouvoir: à l’Ouest, le Gouvernement d’union nationale (GNA) de Fayez al-Sarraj, reconnu par l’ONU et soutenu par la Turquie, et un pouvoir incarné par Khalifa Haftar, homme fort de l’Est, soutenu par la Russie et les Emirats arabes unis notamment. Après l’échec d’une offensive lancée par le maréchal Haftar en avril 2019 pour conquérir Tripoli, au terme de plus d’un an de combats aux portes de la capitale, les deux camps ont conclu un cessez-le-feu en octobre et retrouvé le chemin du dialogue, encouragé par l’ONU. La production pétrolière, secteur névralgique de l’économie, a entre-temps connu un rebond significatif. Le dialogue interlibyen est lancé en Tunisie en novembre 2020 pour tenter de sortir de la crise le pays.
Mercenaires
La liste des candidats au Conseil présidentiel, qui comprend trois femmes, a elle-même été approuvée par les participants à ce dialogue. Dans l’Ouest, le puissant ministre de l’Intérieur Fathi Bachagha du GNA est candidat au poste de Premier ministre, tout comme l’ambitieux homme d’affaires et vice-président du Conseil présidentiel Ahmed Meitig. Le président du Haut Conseil d’Etat (l’équivalent d’une chambre haute) Khaled Al-Mechri se présente au Conseil présidentiel. Dans l’Est, le juriste et président du Parlement de Tobrouk, Aguila Saleh, brigue le poste de Premier ministre. Le 13 novembre à Tunis, des pourparlers interlibyens ont débouché sur un accord pour une présidentielle le 24 décembre 2021, mais pas sur le mécanisme de désignation d’un exécutif unifié pour assurer la transition jusqu’au scrutin.
Le 19 janvier, un mécanisme de sélection a été approuvé. Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a salué les progrès accomplis dans les négociations, tout en réitérant son appel à un départ des militaires étrangers et des mercenaires présents dans le pays et qui auraient dû partir au plus tard le 23 janvier en vertu de l’accord de cessez-le-feu. L’embargo sur les armes imposé à la Libye continue quant à lui d’être violé aujourd’hui, avec des arrivées qui se poursuivent d’avions-cargos au profit des belligérants, selon l’ONU. La réunion de lundi à Genève débutera par une allocution de la représentante spéciale de l’ONU par intérim, l’Américaine Stéphanie Williams, suivie par des présentations des candidats au Conseil présidentiel, selon le programme. Bien qu’un nouvel émissaire onusien pour la Libye, en l’occurrence le Slovaque Jan Kubis, ait été récemment nommé, c’est toujours Stéphanie Williams qui chapeaute les difficiles pourparlers interlibyens.
Dans ce pays profondément divisé, plusieurs accords ont été conclus ces dernières années mais sans être appliqués. Avant même le début du dialogue à Tunis, des désaccords étaient apparus sur la légitimité délégués participant aux négociations. Des organisations libyennes avaient ensuite appelé à enquêter sur des «allégations de corruption» visant selon elles à influencer le processus de sélection des futurs responsables. (AFP)