Par Anis Remane
En tournée africaine qui l’a menée samedi au Caire, le chef de la diplomatie algérienne a été reçu hier en audience par le chef de l’Etat égyptien. D’après les indications sur la rencontre de Ramtane Lamamra avec le président Abdelfatah Sissi, le dossier libyen a pris une part importante des discussions. Selon le communiqué des Affaires étrangères, l’audience accordée à M. Lamamra était de «mettre en relief l’attachement (…) des deux pays à l’approfondissement du partenariat stratégique algéro-égyptien, ainsi que leur détermination commune à œuvrer de concert pour le rétablissement de la paix et de la stabilité dans leur voisinage immédiat et au-delà».
Pour l’Egypte comme pour l’Algérie, quand on parle de voisinage, on désigne directement la Libye, un pays qui partage avec eux des frontières et dont le processus de normalisation en cours engage aussi bien Alger que Le Caire. Si les deux capitales ont des points de vue nuancés sur la crise libyenne, notamment sur le maréchal autoproclamé Haftar, un de ses acteurs clés, elles sont toutes les deux d’accord sur la pertinence du plan onusien engagé récemment à Berlin et dont la finalité est l’organisation d’une élection générale à la fin du mois de décembre prochain.
Dans cette perspective, lit-on dans le communiqué de la diplomatie algérienne sur la visite de M. Lamamra au Caire, «l’Algérie et l’Egypte conjugueront leurs efforts avec ceux de tous les autres pays limitrophes de la Libye à l’occasion d’une réunion ministérielle, dont la tenue en Algérie est envisagée prochainement». Les deux parties sont pour le déploiement d’actions concertées «en vue de soutenir le processus de réconciliation en Libye».
Autre dossier au menu des discussions que le ministre algérien des Affaires étrangères a eu avec les responsables égyptiens, la tenue du prochain sommet de la Ligue arabe à Alger. A ce sujet, M. Lamamra a rencontré le Secrétaire général de la Ligue, Ahmed Abul Gheit, pour une consultation sur la situation politique et sécuritaire dans le monde arabe, les efforts de règlement des crises et conflits qui affectent la stabilité de la région», ainsi que la nécessité de promouvoir le partenariat afro-arabe. Un point qui a pris une importance particulière après l’admission récente d’Israël comme état observateur au sein de l’Union Africaine (UA). Et qui revêt une valeur cruciale depuis que la question du partage des eaux du Nil est devenue un dangereux point de discorde entre l’Ethiopie, le Soudan et l’Egypte. La construction par Addis-Abeba du barrage de «La Renaissance» n’a pas fini de susciter l’ire des autorités soudanaises et égyptiennes qui accuse l’Etat éthiopien de chercher à les priver d’une ressource vitale, l’eau du fleuve.
A propos de ce contentieux, qui risque de dégénérer en conflit ouvert, la diplomatie algérienne semble s’être positionnée dans le rôle de médiateur cherchant à apaiser les tensions et à les «désarmer». Il reste qu’il s’agit, pour l’instant, d’un positionnement discret, voire prudent en raison de la complexité du problème à résoudre entre les trois protagonistes. Cette complexité est d’autant plus manifeste que les autorités égyptiennes ne manquent jamais une occasion pour affirmer qu’ils «ne permettront aucune atteinte» à leurs ressources en eau. Début juillet, le ministre égyptien de l’Irrigation, Mohamed Abdel-Aty, a déclaré que le Caire empêchera toute atteinte à ses ressources en eau, affirmant que son pays est prêt à faire face à tous les scénarios concernant le barrage éthiopien.
Hier, à l’occasion de l’audience accordée au ministre algérien des Affaires étrangères, le président Sissi a affirmé que son pays reste plus que jamais attaché à ses «droits historiques» sur les eaux du Nil. n