Lundi 20 septembre au soir, le chef de l’Etat Abdelmadjid Tebboune a eu un entretien téléphonique avec son homologue français Emmanuel Macron. La discussion entre les deux présidents a porté notamment sur les développements au Sahel et en Libye.

Par Anis Remane
Ce pays voisin devrait organiser le 24 décembre prochain un double scrutin législatif et présidentiel pour mettre fin à l’instabilité politico-institutionnelle dans laquelle il se trouve depuis la chute de l’ancien dictateur Mouammar Kadhafi et clore une parenthèse d’insécurité chronique. Cependant, l’organisation de ce rendez-vous n’est pas totalement acquise, alors que de très nombreux acteurs régionaux et internationaux se sont engagés depuis plusieurs mois, sous l’égide de l’ONU notamment, à le soutenir et à permettre aux Libyens de se doter de nouvelles et solides institutions.
Les signaux inquiétants sur la capacité des parties libyennes rivales à s’entendre sur une sortie de crise consensuelle et un calendrier électoral devant assurer sa concrétisation n’ont jamais cessé. Ils se sont multipliés durant ces dernières semaines après la ratification, jeudi 9 septembre, non soumise à vote, par le chef du Parlement libyen Aguila Saleh d’une loi électorale permettant d’organiser un scrutin présidentiel. La signature de cette loi suscite un déluge de critiques de la part de nombreux courants, dont les islamistes et d’autres instances écartées du processus législatif et a ravivé le clivage entre Tobrouk (siège du Parlement) et Tripoli (siège du gouvernement de transition et du Haut-conseil d’Etat). Certains responsables accusent Aguila Saleh de vouloir ouvrir la voie au maréchal Khalifa Haftar ou à Saïf al-Islam, fils de l’ancien dictateur déchu, pour se présenter.
Lundi 20 septembre, le président du Haut-conseil d’Etat, Khaled al-Michri, a ainsi annoncé les détails d’une feuille de route proposée qui comprend la tenue des élections législatives prévues à la fin de cette année et le report de la présidentielle après le référendum constitutionnel. Il a déclaré lors d’une conférence de presse à Tripoli que la feuille de route proposée prévoit la possibilité de la tenue des élections législatives le 24 décembre. «Après la tenue de ces élections, les organes qui ont porté le fardeau des désaccords au cours de la dernière période (la Chambre des représentants de Tobrouk et le Haut-conseil d’État) quitteront la scène politique. Il y aura un nouveau Parlement élu qui sera tenu de soumettre le projet de Constitution à référendum dans un délai d’un an à compter de la date de son élection», a-t-il expliqué. Al-Michri a souligné que le Haut-conseil d’Etat estime que la tenue de la présidentielle actuellement ne générera pas de stabilité. «Les élections ne sont pas une fin en soi. L’objectif est de ramener la stabilité dans le pays. Nous pensons que pour y parvenir, nous devons d’abord organiser des élections législatives et reporter la présidentielle après le référendum constitutionnel», a-t-il conclu.
En août dernier, lors d’une séance houleuse, le Parlement libyen a déjà approuvé cette loi régissant l’élection présidentielle. Les réticences, voire l’opposition, qu’elle suscite désormais à Tripoli ne sont pas pour rassurer l’ONU et son envoyé spécial Jan Kobis pour qui l’arsenal juridique devant ouvrir la voie aux élections générales du 24 décembre prochain est «en cours de finition». «Le temps file», s’est inquiété le chef de la diplomatie européenne Josep Borell tandis que le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian a annoncé hier à New York en marge de la 76e Assemblée générale de l’ONU, une conférence internationale sur la Libye le 12 novembre prochain à Paris. La France comme beaucoup de capitales internationales et régionales demande le maintien du calendrier électoral et «le départ des forces et des mercenaires étrangers». Alger, qui milite pour une fin rapide de la transition, devrait expliciter davantage ses positions vis-à-vis des récentes évolutions relatives aux élections libyennes prévues fin décembre prochain.
En décembre 2020, l’ONU estimait à quelque 20 000 le nombre de mercenaires et combattants étrangers en Libye, des Russes du groupe privé Wagner, des Tchadiens, des Soudanais ou encore des Syriens. Plusieurs centaines de militaires turcs sont eux aussi présents en Libye en vertu d’un accord bilatéral conclu avec le précédent gouvernement de Tripoli. n

Parlement/Motion de censure contre le gouvernement Dbeibah

Le Parlement libyen a voté, hier mardi, une motion de censure contre le gouvernement de transition du Premier ministre Abdelhamid Dbeibah, à trois mois d’un double scrutin crucial prévu en décembre prochain.
Cette motion a été votée par 89 députés sur les 113 présents, a précisé le porte-parole du Parlement basé à Tobrouk (Est), moins de deux semaines après la ratification d’une loi électorale controversée ayant provoqué une montée des tensions entre les camps rivaux dans le pays. Le vote a eu lieu lors d’une séance à huis clos en présence du président du Parlement Aguila Saleh, un cacique de l’Est libyen et un allié du maréchal Khalifa Haftar, l’homme fort de la Cyrénaïque. Le Haut-conseil d’Etat libyen (HCE), instance faisant office de Sénat basée à Tripoli, a rapidement réagi déclarant son «rejet de la procédure», considérant cette démarche comme «nulle» et «en violation de la Déclaration constitutionnelle et de l’accord politique» de 2015.
La Libye tente de s’extraire d’une décennie de violences et de chaos marquée ces dernières années par l’existence de pouvoirs rivaux dans l’Est et l’Ouest. Après la fin des combats à l’été 2020, un gouvernement unifié et transitoire dirigé par l’homme d’affaires Abdelhamid Dbeibah a été formé en mars, sous l’égide de l’ONU, pour mener la transition d’ici des élections législatives et présidentielle prévues à la fin de l’année.