Abdelhamid Dbeibah, un ingénieur de 61 ans, a été «élu» vendredi Premier ministre libyen par intérim par les 75 participants au Forum de dialogue politique près de Genève, dans le processus déclenché par l’ONU, en novembre, à Tunis.

Originaire de Misrata, Ouest de la Libye, près de la capitale Tripoli, l’homme d’affaires devenu Premier ministre devra s’accommoder de 21 jours au maximum pour constituer son cabinet et aussi passer par la case vote de confiance au Parlement, au plus tard le 19 mars. Un Conseil présidentiel intérimaire, composé de trois membres, a aussi été défini vendredi.
Le colistier de Dbeibah, Mohammed Younès el-Menfi, un diplomate né en 1976, originaire de Tobrouk (Est), a été élu président du Conseil. Il doit être secondé par deux vice-présidents, Moussa al-Koni, un Touareg originaire du Sud, et Abdallah Hussein al-Lafi, un député de Zaouia (Ouest).
Et déjà, à peine désigné, le nouveau Premier ministre ne récolte pas l’approbation des Libyens, singulièrement parce qu’il a occupé des fonctions importantes sous le régime de Mouammar Kadhafi. Il faisait partie des rares hommes de confiance de l’ex-dictateur.
Son cousin Ali Dbeibah, riche homme d’affaires lui aussi, est aussi pointé du doigt, ayant fait l’objet d’enquêtes en Libye et ailleurs pour des prévarications.
Les quatre nouveaux gouvernants, originaires des trois régions principales de la Libye, devront quand même essayer de rassembler les institutions et les organismes d’un pays livré à la prébende, à la division et à la guerre civile par les clivages, essentiellement les deux autorités rivales à l’Ouest et à l’Est qui se disputent le pouvoir depuis la chute du guide libyen en 2011.
La carte gagnante de l’ONU
En effet, les accords de Skhirat, Maroc, apostillés en 2015 sous l’égide de l’ONU, ont conclu à la formation du Gouvernement d’union nationale (GNA), basé à Tripoli, et la désignation de son chef Fayez Al-Sarraj. Mais ce dernier n’ayant jamais eu la confiance du Parlement, basé à l’Est, n’a pu manœuvrer pour s’affirmer ni imposer son autorité aux puissances politiques et militaires du pays, surtout celle de Hafter, le maréchal autoproclamé.
Malgré tous ces couacs annoncés, cette élection a été saluée dans le monde entier, notamment par le Secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres, qui y voit «une très bonne nouvelle dans notre quête de paix», ainsi que par l’Allemagne, l’Italie, la France, les Etats-Unis et le Royaume-Uni, nuançant quand même qu’un «long chemin» restait à parcourir.
Dix ans après la révolution, la Libye reste dans une crise politique majeure. L’ONU et plusieurs pays africains et européens n’ont ménagé aucun effort pour rabibocher les frères ennemis libyens, des efforts contrecarrés à chaque fois, essentiellement par Khalifa Haftar, «l’homme fort de l’Est», pour vaincre et gagner Tripoli, surtout en 2019 où il a fallu l’intervention armée de la Russie et de la Turquie pour que le belligérant de l’Est se retire de Benghazi.
La Libye a entamé samedi une nouvelle période de transition après l’élection d’un exécutif «uni et intérimaire» qui aura pour mission de mettre en place un gouvernement, ériger le scrutin national prévu en décembre et faire oublier une décennie de désordre, de confusion et de guerre généralisée à tout le territoire libyen. Néanmoins, des experts de la chose libyenne estiment que la nouvelle autorité «aura très peu de pouvoir sur le terrain et beaucoup de mal à exercer une quelconque influence dans l’Est de la Libye et, même dans l’ouest, où ils feront face à une forte opposition. Ce n’est pas un exécutif qui peut unir la Libye», notera Wolfram Lacher, chercheur à l’Institut allemand des affaires internationales et de sécurité.
Le vote de Genève n’a pas été un long fleuve tranquille, car la liste de M. Dbeibah faisait figure d’outsider face à celle de l’influent président du Parlement Aguila Saleh et du puissant ministre de l’Intérieur Fathi Bachagha. «La façon dont cet exécutif a été formé signifie que les quatre personnes élues n’ont pas vraiment d’intérêt commun autre qu’accéder au pouvoir et s’y maintenir», soulignera aussi M. Lacher. Tarek Megerisi, analyste politique au Conseil européen des relations internationales, lui non plus n’est pas emballé par cette autorité surtout par «le processus des Nations unies qui a produit une nouvelle autorité à laquelle, franchement, personne ne se serait attendu». Surtout que les Libyens ne cessent de dénoncer le non-renouvellement des fines fleurs politiques du pays dans un quotidien ponctué par la corruption, les pénuries de liquidités et d’essence, les coupures d’électricité et l’inflation. <

L’Algérie se félicite de la formation de l’Autorité exécutive provisoire

L’Algérie s’est félicitée hier samedi du «progrès réalisé dans le dialogue politique libyen mené sous l’égide de l’Organisation des Nations-Unies et de la formation de l’Autorité exécutive provisoire», exprimant sa «pleine disposition à œuvrer avec l’Autorité pour la réalisation de la sécurité, de la stabilité et des aspirations du peuple libyen frère», a indiqué un communiqué du ministère des Affaires étrangères. L’Algérie a également formé le vœux, selon la même source, de voir «ce pas positif contribuer à mettre un terme à l’indivision et à resserrer les rangs libyens en prévision des échéances électorales importantes prévues la fin de l’année». Tout en réitérant sa «solidarité constante avec le peuple libyen frère et sa position rejetant toute forme d’ingérence dans les affaires internes libyens», l’Algérie a affirmé, selon la même source, «son appui permanant aux efforts pacifiques visant l’instauration de la paix et de la stabilité dans ce pays frère, suivant une approche inclusive garantissant la souveraineté de la Libye, son indépendance et son unité territoriale».