Un signe de mauvais augure. Au lendemain de l’expiration de l’accord politique interlibyen arraché à la fin de l’année 2015 à Skhirat au Maroc sous l’égide des Nations unies, le maire de la ville de Misrata, troisième plus grande ville de Libye, a été tué. 

 

L’édile a été enlevé et assassiné dimanche dernier dans la soirée. Selon les services de sécurité de la ville, Mohamad Eshtewi a été appréhendé par ses ravisseurs et assassins à sa sortie de l’aéroport de Misrata. Son cadavre criblé de balles a été abandonné dans une rue, ajoutent les services de sécurité. Le frère de la victime, qui se trouvait dans le même véhicule au départ de l’aéroport, a été blessé, mais ses jours ne sont pas en danger, selon la même source.
M. Eshtewi dont le meurtre n’avait pas été revendiqué jusqu’à hier, jour de son inhumation, rentrait d’un voyage officiel en Turquie, en compagnie d’autres membres du Conseil municipal, tous élus en 2014 et dont le mandat doit expirer fin 2018. Son assassinat témoigne de la situation préoccupante en Libye et de la difficulté pour ce pays à retrouver un semblant de stabilité lui permettant de relancer un processus politique désormais en sursis. Gravement, peut-être tant les enjeux sont considérables dans ce pays et l’hostilité entre les grands acteurs de la crise, Fayez al-Sarraj à Tripoli et Khalifa Haftar l’homme fort de l’Est libyen, demeure aiguë. En l’absence de revendication et d’indications claires sur les motivations de l’assassinat du maire de Misrata, ville clé dans le jeu politique complexe en Libye, il est prématuré d’évaluer son impact sur le cours prochain des évènements. Il n’en demeure pas moins que la réaction inquiète hier de l’envoyé spécial de l’ONU dans le pays, Ghassan Salamé, est significative. Sur son compte Twitter, Ghassan Salamé, a exprimé «sa profonde tristesse et sa ferme dénonciation» de ce meurtre».
Jeudi dernier, le Conseil de sécurité a réaffirmé que, deux ans après sa signature à Skhirat, le 17 décembre 2015, l’Accord politique libyen demeure le «seul cadre viable pour mettre un terme à la crise politique en Libye» et qu’il est fondamental de l’appliquer en vue de la tenue des élections et de l’aboutissement de la transition politique. Dans une déclaration lue par son Président pour le mois de décembre, le Japonais Koro Bessho, le Conseil «rejette les délais erronés qui ne font que saper le processus politique mené sous les auspices de l’ONU». Toute tentative, y compris de la part des parties libyennes, de porter atteinte au processus politique est «inadmissible».
Il réaffirme son appui au Plan d’action des Nations unies présenté à New York, le 20 septembre 2017, par Ghassan Salamé, visant à assurer la mise en place d’une gouvernance «stable, unifiée, représentative et efficace» dans le cadre de l’Accord politique libyen. Le cœur du Plan d’action est la préparation des élections dans le pays pour lesquelles la «Haute Commission électorale nationale de la campagne d’inscription sur les listes électorales» a été lancée tout récemment, signe «positif» selon les Nations unies. La Chambre des députés travaille également à la préparation d’une nouvelle loi électorale et d’une nouvelle Constitution libyenne, deux chantiers décisifs auxquels le Conseil de sécurité apporte son «soutien indéfectible». Mais son initiateur, M. Salamé qui «va jusqu’aux poètes» pour être au contact de tous les interlocuteurs libyens de poids, «les autorités locales», les «groupes armés», insiste-t-il après une visite à Tripoli, n’est pas au bout de ses peines de médiateur. Pour les Nations unies, il «importe d’unifier et de renforcer, «sous contrôle civil», les forces armées libyennes et d’avoir des institutions économiques nationales libyennes, qui devront continuer de fonctionner dans l’intérêt de tous les Libyens». Aux yeux du Conseil de sécurité, le Gouvernement d’entente nationale (GNA) de Fayez al-Sarraj, doit être le «seul» à exercer un contrôle effectif sur ces institutions.
Sur le terrain, cependant, la réalité est toute autre et le meurtre du maire de Misrata, pour lequel il a élé décrété trois jours de deuil, vient la rappeler de manière dramatique. On comprend dès lors pourquoi le Conseil de sécurité exclut de parler de «délais», une approche «erronée», lit-on dans sa déclaration du 14 décembre, et pourquoi il demande «à tous les Libyens de respecter le cessez-le-feu, conformément à la Déclaration conjointe publiée à l’issue de la réunion à Paris le 25 juillet 2017».n