La réunion consultative sur la Libye tenue hier à Alger s’est terminée par la conclusion que seuls les Libyens doivent s’entendre entre eux pour sortir leur pays de la crise qui le ronge depuis plus d’une décennie. Autre position unanime : la nécessité de faire partir les forces étrangères de leur territoire. Une aspiration qui se heurte à la réalité des enjeux internes et externes en cours sur le terrain.

Par Feriel Nourine
Le ministre des Affaires étrangères Ramtane Lamamra a réitéré, hier, la position de l’Algérie à l’égard de la crise libyenne en affirmant que la solution à la situation dans ce pays voisin est entre les mains des Libyens et qu’elle ne peut se régler que dans le cadre d’un dialogue entre eux.
Le règlement de cette crise «ne saurait intervenir qu’à travers un processus inter-libyen, avec le soutien de la communauté internationale, notamment les pays voisins», a insisté, une nouvelle fois, M. Lamamra lors de l’allocution qu’il a prononcée à l’ouverture des travaux de la réunion ministérielle des pays voisins de la Libye.
Ce rendez-vous diplomatique, organisé à l’initiative de l’Algérie, se poursuit aujourd’hui en présence des ministres des Affaires étrangères de sept pays, en l’occurrence la Libye, la Tunisie, l’Egypte, le Soudan, le Niger, le Tchad et la République du Congo, auxquels se sont joints le Secrétaire général de la Ligue arabe, Ahmed Aboul Gheit, le Commissaire aux Affaires politiques, à la Paix et à la Sécurité de l’Union africaine, Bankole Adeoye, et l’envoyé spécial du Secrétaire général de l’ONU pour la Libye, Jan Kubis.
Une feuille de route pour la tenue des élections le 24 décembre
Tout ce beau monde s’emploie à établir une feuille de route pour la tenue des élections en Libye, le 24 décembre prochain, à travers une réunion «inscrite dans le cadre de l’activation des résolutions du Conseil de sécurité relatives à la crise libyenne ainsi que les recommandations de la Conférence de Berlin, prévoyant de permettre aux pays voisins de s’acquitter de leur rôle dans le contexte des efforts internationaux et régionaux pour aider le peuple libyen frère», a rappelé le chef de la diplomatie algérienne, non sans mettre en avant la période «cruciale» actuelle dans l’histoire du peuple libyen qui, a-t-il souligné, «nous impose indubitablement une solidarité absolue et un soutien efficace pour lui permettre de préserver sa souveraineté et l’unité de son territoire, de même qu’une action devant mettre un terme à toutes les interventions étrangères dans ses affaires internes».
C’est d’ailleurs sur ces interventions étrangères et l’impact néfaste qu’elles produisent en Libye que se sont focalisées les interventions faites hier. Sur ce registre préoccupant, M. Lamamra n’a pas hésité à évoquer des manœuvres auxquelles s’attellent des puissances étrangères en Libye en vue d’y renforcer leur influence et de faire de ce pays une plateforme qui servira à redessiner les équilibres internationaux au détriment des intérêts stratégiques de la Libye et de ses voisins. C’est pourquoi, «nous devons traiter et interagir avec les développements de la situation en Libye selon une approche proactive et une vision claire», a-t-il préconisé, insistant sur le fait que «notre sécurité et notre stabilité à tous sont étroitement liées à la sécurité et à la stabilité de la Libye et sa prospérité dépend de la nôtre». Et d’ajouter qu’«une Libye stable et forte constituera sans nul doute le pilier de la sécurité et de l’intégration économique régionales», a-t-il soutenu.
«Notre sécurité étroitement liée à la sécurité de la Libye» Abondant dans le même sens, la ministre libyenne des Affaires étrangères, Najla Al-Manqoush, dira que les intentions étrangères dans son pays «vont à l’encontre des aspirations du peuple libyen».
De son côté, le Commissaire aux Affaires politiques, à la Paix et à la Sécurité de l’Union africaine (UA), Bankole Adeoye, a réitéré le soutien de l’organisation panafricaine aux efforts des parties libyennes visant à rétablir la paix et la stabilité dans le pays, appelant les institutions libyennes à «redoubler d’efforts afin de consolider et de préserver la continuité de l’Etat libyen et de protéger son économie», précisant que toute intervention étrangère devait cesser et ce, dans l’intérêt du peuple libyen.
Le représentant de l’UA a félicité, en outre, au nom du président de la Commission africaine Moussa Faki, les efforts déployés par l’Algérie dans l’organisation de cette importante réunion, estimant que ces consultations représentaient une occasion pour «réunir les voisins et les représentants du continent (africain) et travailler dans un esprit collectif». Il ajoutera que «cette rencontre est importante et stratégique car elle traduit les efforts africains visant à rétablir la paix et la stabilité en Libye». «La Libye était stable, ce qui avait bénéficié à beaucoup de pays, a rappelé M. Adeoye, avant de faire remarquer que la stabilité de ce pays est dans l’intérêt de ses voisins et de l’Union africaine. «Il est temps que nous mettions les choses à leurs places», a-t-il martelé.
L’envoyé spécial de l’ONU pour la Libye, Jan Kubis, a, lui aussi appelé les pays du voisinage à s’impliquer dans les efforts déployés en vue d’assurer le départ des mercenaires et des forces étrangères présents en Libye. En ce sens, il ajoutera que l’organisation qu’il représente «est prête à appuyer les Libyens dans le processus de désarmement, la réintégration (des combattants libyens dans les forces armées) et le retrait des combattants étrangers», a-t-il dit. M. Kubis a, en outre, relevé que «toutes les parties libyennes ont affiché leur attachement aux élections du 24 décembre» et que le peuple libyen accorde «une importance vitale» à ce rendez-vous électoral pour sortir de la crise qu’il traverse», a-t-il soutenu.

L’ONU appelle «ne pas perdre de temps»
Dans cette perspective, il a mis en évidence la nécessité d’un cadre juridique pour aller aux élections. «Le gouvernement (libyen) a pris les dispositions nécessaires pour la tenue des élections, mais nous avons besoin d’un cadre juridique. Les députés sont actuellement en train de finaliser la loi électorale et il nous reste encore très peu de temps. Je les ai invités à prendre leurs responsabilités et à ne pas perdre de temps», a déclaré le même intervenant à l’ouverture des travaux de la réunion des pays du voisinage libyen tenue à l’initiative de l’Algérie.
«Le gouvernement d’Union nationale a dégagé le budget nécessaire à la tenue des élections, mais il est important qu’il y ait un cadre juridique le plus tôt possible», a insisté le représentant de l’ONU, estimant, en outre, que la présence d’observateurs étrangers était «importante» pour s’assurer du bon déroulement des élections, invitant les pays voisins de la Libye à désigner eux aussi des observateurs pour superviser l’opération électorale.
A noter qu’avant l’entame des travaux de cette réunion, hier, Ramtane Lamamra s’est entretenu avec son homologue égyptien Sameh Choukri. La rencontre d’Alger contribuera au retour de la stabilité et de la sécurité en Libye, ainsi qu’à la préservation de sa souveraineté et de ce pays, a estimé M. Choukri, soulignant que «l’Egypte et l’Algérie poursuivront une coordination étroite en vue d’atteindre cet objectif».