L’escale de l’envoyé spécial de l’ONU pour la Libye, Ghassan Salamé, à Alger a été courte. Elle a toutefois permis de relever un point important : le souhait d’Alger à être constamment informé des actions menées par le chef de la MANUL en vue d’une normalisation politique et institutionnelle dans le pays voisin, en proie au chaos depuis la chute du régime de Kadhafi en 2011.

Sur cette question, l’envoyé spécial du secrétaire général des Nations unies a déclaré que «l’Algérie est en droit légitimement de s’intéresser à la situation en Libye eu égard aux liens profonds qui unissent les deux pays». La conviction, pour M. Salamé, d’avoir en Algérie des interlocuteurs de poids et, en la personne du chef de la diplomatie, M. Abdelkader Messahel, un bon connaisseur des acteurs de la crise libyenne, constitue un autre point également important. La concertation avec le ministre des Affaires étrangères algérien est «importante», a indiqué à ce sujet l’envoyé spécial onusien. Autre aspect significatif à signaler, le soutien algérien au plan d’action adopté par l’ONU en septembre 2017 pour la tenue en Libye d’élections locales, la tenue d’un référendum pour une nouvelle Constitution et la préparation de l’élection présidentielle.
Autant de chantiers qui connaissent des «avancées diverses», a commenté de manière diplomatique Ghassan Salamé pour dire leur extrême difficulté. La Libye, faut-il le rappeler, est un pays en situation sécuritaire précaire. Il est disputé entre le gouvernement de Tripoli, légitime mais fragile, et le pouvoir de Benghazi incarné par le maréchal Haftar, homme imprévisible et qui se voit surtout en maître du pays. D’une tranchée à l’autre, des acteurs internationaux nombreux et importants avec le risque, réellement craint par la diplomatie algérienne, d’une multiplication des intérêts et des agendas de règlement de la situation. D’où l’observation algérienne formulée par M. Messahel que «la situation actuelle a besoin de plus de travail sur le terrain». En face, le chef de la MANUL affirme que sa «détermination à réussir sur tous les plans est plus forte que jamais».  L’objectif à court terme est d’organiser des élections locales et législatives pour une reconstruction des institutions de proximité et du Parlement, avant la présidentielle envisageable à partir de 2019, selon une source. «Ne pas réussir à organiser les élections prolongera la crise libyenne», a prévenu Ahmed Aboul Gheit, secrétaire général de la Ligue arabe, le 30 avril dernier, au cours d’une réunion du quartet (Union africaine, Union européenne, Ligue arabe et Nations unies) au Caire. Deux jours plus tard, comme en réponse à l’appel du quartet, quatre hommes prenaient d’assaut la Haute commission électorale libyenne à Tripoli et ouvraient le feu, avant de se faire exploser dans l’enceinte du bâtiment. L’attentat, revendiqué par Daesh, a, rappelle-t-on, fait 12 morts. Il a rappelé combien la Libye reste menacée par le chaos et combien elle reste encore une source d’insécurité pour ses voisins, dont l’Algérie. L’exercice militaire effectué par les forces de l’ANP (lire article de Rachid Bouarroudj) pour simuler une riposte contre une attaque non conventionnelle le prouve.