Le chef du gouvernement intérimaire en Libye a prêté serment hier lundi. Plus d’un mois après sa désignation dans le cadre d’un processus politique parrainé par l’ONU, Abdelhamid Dbeibah et ses ministres ont juré «de préserver l’unité, la sécurité et l’intégrité» de la Libye, lors de cette cérémonie au siège provisoire du Parlement, installé en 2014 dans la ville portuaire de Tobrouk située à quelque 1.300 kilomètres à l’est de la capitale Tripoli.

Par Anis Remane
M. Dbeibah doit gérer la transition dans un pays en proie à une crise multiforme et qui est devenu depuis la chute du «guide» et dictateur Mouammar Kadhafi le terrain de jeu de puissances internationales sur fond d’enjeux géopolitiques et géoéconomiques colossaux. Composé de 35 portefeuilles, dont cinq confiés à des femmes, son gouvernement d’unité nationale aura la charge de conduire les affaires du pays jusqu’aux prochaines élections prévues le 24 décembre 2021. Après le vote de confiance «historique» des députés obtenu mercredi dernier, il remplace aussi bien le Gouvernement d’union nationale (GNA) de Fayez al-Sarraj, installé en 2016 dans l’Ouest et reconnu par l’ONU, que le cabinet parallèle d’Abdallah al-Theni –non reconnu par la communauté internationale–, basé dans la Cyrénaïque, région contrôlée de facto par les forces du maréchal Khalifa Haftar. MM. Al-Sarraj et Al-Theni n’étaient pas présents à la cérémonie.
Se voulant «représentatif de tous les Libyens», le gouvernement Dbeibah est composé de deux vice-Premiers ministres, 26 ministres et six ministres d’Etat. Cinq ministères dont deux régaliens, les Affaires étrangères et la Justice, ont été attribués à des femmes, une première pour ce pays de quelque 7 millions d’habitants. L’ensemble de l’équipe exécutive s’est fixé douze objectifs durant cette période de transition. Il s’agit, entre autres, d’assurer la souveraineté à travers l’ensemble du territoire libyen, d’évacuer les mercenaires et forces étrangères du pays, sécuriser les frontières, d’améliorer le quotidien des Libyens et d’instaurer une réconciliation nationale.
Plusieurs ambassadeurs ainsi que le président du Parlement Aguila Saleh ont assisté à la cérémonie, alors qu’un important dispositif de sécurité était déployé dans la ville. «Le moment de nous serrer la main est venu», a dit M. Saleh, en appelant à une «réconciliation nationale» et à «tourner la page du passé». «Nous devons être le noyau de la réconciliation d’ici les élections à la fin de l’année», a dit pour sa part Mohamed al-Manfi, le président du Conseil présidentiel désigné le 5 février dernier à l’issue des pourparlers qui ont eu lieu à Genève sous les auspices des Nations unies.
Défi sécuritaire
Abdelhamid Dbeibah, un notable de la cité portuaire et marchande de Misrata (ouest), n’a pas attendu la cérémonie d’investiture pour prendre ses marques. Il a tenu samedi une réunion à la primature à Tripoli et a inauguré une conférence nationale sur la lutte anticoronavirus, promettant de remédier à une mauvaise gestion de la pandémie. Le jour même, il a ordonné aux sociétés d’investissement et autres institutions financières de geler toute opération jusqu’à nouvel ordre. Mais les défis restent colossaux. Malgré la fin des combats entre les deux camps libyens à l’été 2020, suivie par la signature d’un accord de cessez-le-feu en octobre, la Libye reste minée par les luttes d’influence, le poids des milices et la présence de mercenaires étrangers, ainsi que par la corruption. Les infrastructures sont à plat, les services défaillants et les habitants très appauvris dans un pays qui dispose des réserves de pétrole les plus abondantes d’Afrique. Le nouveau gouvernement est attendu au tournant face aux attentes pressantes d’une population dont le quotidien est rythmé par les coupures de courant, les pénuries de liquidités et l’inflation. M. Dbeibah devra aussi s’assurer du départ des 20.000 mercenaires et combattants étrangers toujours stationnés en Libye. Le Conseil de sécurité de l’ONU a réclamé vendredi «le retrait sans plus tarder de toutes les forces étrangères et des mercenaires de Libye». n