Le Département d’Etat américain a envoyé vendredi dernier un sérieux coup de pouce à la diplomatie onusienne pour la résolution de la crise en Libye et montré son rejet d’une multiplication des agendas concernant ce pays et les moyens de lui rendre la stabilité de ses institutions politiques et de gouvernance.

En effet, le secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson a appelé vendredi dernier «tous les acteurs libyens à participer de manière constructive» à la médiation de l’ONU. Il recevait le Premier ministre du gouvernement d’union Fayez al-Sarraj, reçu également par le président Donald Trump. M. Tillerson «a réaffirmé le soutien total des Etats-Unis au Premier ministre Sarraj, au gouvernement d’union (GNA) et à l’accord sur la transition politique», a déclaré le département d’Etat dans un communiqué.
«Toute tentative de court-circuiter le processus politique sous l’égide de l’ONU ou d’imposer une solution militaire au conflit ne ferait que déstabiliser la Libye», offrant de nouveaux espaces aux groupes djihadistes dont l’Etat islamique «pour menacer les Etats-Unis et nos alliés», a conclu le communiqué département d’Etat. L’Accord de Skhirat de décembre 2015 demeure «le seul cadre viable pour une solution politique» durant le processus de transition en Libye et toutes «les tentatives visant à contourner le processus politique facilité par l’ONU ou à imposer une solution militaire au conflit ne feraient que déstabiliser la Libye et créer des opportunités pour l’Etat islamique et d’autres groupes terroristes de menacer les Etats-Unis et ses alliés», a, pour sa part, souligné la porte-parole du département d’Etat, Heather Nauert.
Ce dernier a précisé que M.Tillerson et le responsable libyen ont évoqué «la nécessité que tous les acteurs libyens et internationaux soutiennent le plan d’action» de l’émissaire de l’ONU Ghassan Salamé afin de «faire progresser le processus de réconciliation nationale et jeter les bases pour que la Libye puisse organiser des élections nationales réussies». Le 20 septembre dernier, Ghassan Salamé a présenté une nouvelle feuille de route pour résoudre la crise en Libye. Elle prévoit une nouvelle Constitution qui devra être soumise à référendum puis ouvrir la voie à des élections. Mais la formation du nouveau conseil présidentiel en Libye demeure l’un des points d’achoppement sur lesquels buttent les négociations parrainées par l’ONU dans le cadre de l’amendement de l’accord politique libyen (LPL).
Lors d’une précédente session de pourparlers à Tunis, les parties rivales libyennes, en l’occurrence l’Assemblée parlementaire à Tobrouk et le Conseil d’Etat à Tripoli, se sont mises d’accord sur le principe de la formation d’un conseil présidentiel composé de trois membres et d’un nouveau gouvernement qui devraient exercer la fonction exécutive jusqu’à à la tenue des élections législatives et présidentielle.
Malgré les progrès réalisés sur les questions relatives au processus constitutionnel, à la composition du pouvoir exécutif et aux fonctions militaires et sécuritaires, les discussions sont bloquées pour chacun de ces trois aspects sur un point particulier, avait récemment déclaré l’émissaire de l’ONU. La déclaration des Etats-Unis sur la Libye conforte la position algérienne sur la crise dans ce pays voisin, une démarche une nouvelle fois défendue hier samedi par le ministre des Affaires étrangères, Abdelkader Messahel, au cours d’un entretien, à Rome, avec Ghassane Salame, en marge de la troisième édition de la Conférence internationale «Rome-Mediterranean dialogues» qui a débuté jeudi dernier dans la capitale italienne. M. Messahel a, à cette occasion,» réitéré le soutien ferme de l’Algérie aux efforts des Nations unies pour le règlement de la crise libyenne, dans le respect de son unité, de sa souveraineté et de son intégrité». Il a ajouté que l’Algérie «qui maintient des contacts réguliers avec les acteurs libyens poursuit ses efforts visant à accompagner les frères libyens sur la voie du dialogue et de la réconciliation».
M. Salame a admis que la situation dans ce pays «demeure complexe du fait des défis que constituent le terrorisme, le crime organisé ainsi que la migration qui connaît actuellement une ampleur sans précédent». Il a assuré qu’il reste «déterminé à tout mettre en œuvre pour mener à terme sa feuille de route pour le règlement de la crise libyenne et permettre la reconstruction du pays et de ses institutions».n