Si rien de nouveau n’est signalé depuis quelques semaines du théâtre libyen, sa gravité fait cependant bouger les lignes diplomatiques des pays concernés par le conflit…

Côté algérien, la nouvelle donne est dans l’initiative prise par la Russie et son ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, d’inviter son homologue algérien Sabri Boukadoum pour un tour de table sur la situation en Libye. Mercredi, 22 juillet, les deux hommes se sont rencontrés à Moscou pour affirmer à l’issue de leurs discussions que leurs pays sont d’accord pour un règlement politique du conflit dans le pays voisin. «Les blindés ne peuvent être la solution en Libye et la crise dans ce pays doit être réglée par le dialogue et le retour à la table des négociations», a déclaré le chef de la diplomatie algérienne, Sabri Boukadoum. «Un cessez-le-feu immédiat et la suspension de tous les combats» sont une étape indispensable, selon M. Lavrov qui a appelé lui aussi au retour à un dialogue inclusif afin d’inverser la tendance actuelle marquée par une aggravation des tensions entre les camps libyens rivaux et leurs sponsors internationaux déclarés ou cachés.
Cette évolution constatée à Moscou est importante. Elle l’est d’autant plus que l’Algérie et la Russie ne possèdent pas une «feuille de route commune» selon les propos tenus par M. Lavrov, c’est-à-dire qu’ils n’ont pas les mêmes positions sur le conflit libyen, mais que sa complexité les incite à converger vers des scénarios d’apaisement et laisser la primauté aux discussions politiques. L’Algérie qui n’a pas d’ambition géopolitique et géoéconomique en Libye, qui reste à «équidistance» entre les parties libyennes en conflit, peut ainsi voir la Russie, qui est dans l’attitude d’exprimer et de défendre une ambition d’influence et de puissance dans la région, peser de son avis sur les pays avec lesquels elle a la même vision en partage et les inciter à ne pas sortir de leur logique de dissuasion.
Il est surtout question ici de l’Egypte et de sa promesse d’intervenir dans l’Est libyen et de ne pas laisser tomber Khalifa Haftar et ses troupes si les forces du GNA de Tripoli, soutenues par la Turquie, avancent jusqu’à Syrte, déclarée «ligne rouge». Sur ce pays, qui semble partager avec la Russie un semblant de feuille de route commune, tous les deux étant réputés comme des soutiens différents l’un de l’autre, mais opérationnels en faveur de M. Haftar, Moscou peut se prévaloir d’avoir de l’écoute. Et l’inciter à ne pas outrepasser le stade de la dissuasion face au GNA et à son soutien turc tant que ces parties n’avancent pas leurs pions et demeurent en retrait par rapport à Syrte.
Eviter l’embrasement…
L’enjeu à court terme est de maintenir le statuquo actuel et l’équilibre des forces des parties libyennes en conflit sur le terrain. Pour le moyen et le long terme, il s’agit d’empêcher un basculement qui déstabiliserait l’ensemble de la région en relançant les canaux de discussion pour un retour à la référence en la matière : la conférence de Berlin et ses recommandations en janvier dernier.
C’est d’ailleurs ce qui semble se dessiner sur le terrain à travers la réaction de M. Lavrov et de la diplomatie russe de lancer de cette initiative qui conforte les «pays du voisinage» qui tous ne voient pas d’un bon œil la présence militaire turque dans l’Ouest libyen et cherchent comme l’Algérie une solution pacifique au conflit pour éviter un embrasement. «Tout ce qui impacte la Libye impacte l’Algérie, l’intérêt de tous réside en la paix dans ce pays», a déclaré à Moscou le ministre algérien des affaires étrangères Sabri Boukadoum. Un rappel qui semble être entendu par la partie européenne puisque mercredi, 22 juillet, la porte-parole du service européen pour l’action extérieure (SEAE), Nabila Massrali, a appelé à Bruxelles à une solution politique négociée en Libye.
La porte-parole a indiqué dans un communiqué que «les appels à l’action des acteurs régionaux du conflit libyens doivent cesser», soulignant que «les menaces de recourir à l’intervention militaire sont dangereuses, aggravent encore la confrontation directe entre les parties libyennes et entraineront une nouvelle escalade». Selon la porte-parole du SEAE, «la seule réponse dans l’intérêt de la Libye, des Libyens et de toute la région est d’intensifier les efforts collectifs en vue d’une solution politique négociée». Et d’ajouter : «Nous avons tous pris des engagements forts dans le cadre du processus de Berlin dirigé par l’ONU sur la Libye, il est grand temps de les traduire en actions concrètes et d’arrêter l’ingérence étrangère en Libye». La porte-parole conclut en indiquant que «l’UE continuera de tendre la main à toute les parties prenantes internationales, régionales et libyennes pour les encourager à revenir à l’esprit de compromis de Berlin et aux négociations politiques qui devraient ouvrir la voie à une transition dirigée par la Libye qui est la seule option pour apporter la stabilité et la paix pour le peuple libyen». <