Après le Caire, Tunis ! Les pays voisins de la Libye se réuniront le 1er mars prochain dans la capitale tunisienne pour faire le point sur l’évolution du processus de réconciliation en cours entre les parties libyennes en conflit et la mise en place d’un dispositif politique et institutionnel nécessaire à la préservation de l’unité de leur pays.

La nouvelle de la réunion de Tunis a été donnée mercredi dernier par le chef de la diplomatie tunisienne Khémais Jhinaoui. La rencontre regroupera comme d’ordinaire la Tunisie, l’Algérie, l’Egypte, les voisins les plus engagés dans la recherche d’une sortie de crise en Libye, et sans doute le Tchad, mais avec un niveau de représentation politique et diplomatique moins important. Elle permettra, selon M. Jhinaoui qui s’est exprimé pour l’agence de presse tunisienne TAP, de faire le point des résultats des contacts établis jusqu’ici «en prélude d’une réunion au sommet avant la convocation des parties libyennes à la table de dialogue». 

carte libyeL’objectif est de profiter de l’avancée certes très timide, mais importante obtenue en Egypte en vue de rapprocher les parties en conflit et d’accélérer un processus que le ministre tunisien des Affaires étrangères résume en quatre points essentiels : «Amener les Libyens toutes sensibilités politiques confondues au dialogue ; rejeter toute solution militaire pouvant aggraver la crise en Libye ; inviter les protagonistes, aplanir les litiges et concrétiser l’accord politique.» Il s’agit aussi de continuer à soutenir une solution politique dans ce pays sous l’égide des Nations unies, a souligné également le ministre diplomate tunisien qui reprenait une idée déjà formulée avant lui par le président de la République tunisienne Béji Caid Essebssi le 15 décembre 2016 lors d’une visite à Alger et sa rencontre avec le chef de l’Etat Abdelaziz Bouteflika. «Dialoguer, dialoguer pour éviter l’impasse», avait résumé le président tunisien… En somme, rien de nouveau de ce qui n’est déjà dit depuis fin 2015 et la signature de l’accord de Skhirat au Maroc, rien si ce n’est cette fois l’urgence de tout faire pour accélérer les actions de rapprochement des frères ennemis libyens et la nécessité d’une course contre la montre dans un pays où, on l’a vu au Caire mardi dernier, rien n’est encore réglé définitivement. Au contraire ! A l’ONU, le véto des Etats-Unis contre la nomination du Palestinien Salam Fayyad pour remplacer l’émissaire onusien défaillant Martin Kobler accroit les difficultés de l’organisation à peser efficacement sur le déroulement d’un processus dans lequel sont engagés de très nombreux intervenants, dont certains, intérêts économiques et stratégiques obligent, avec des agendas secrets et n’allant pas dans le sens d’une décantation du terrain libyen déjà très complexe, marqué notamment par une impossibilité, pour les grands protagonistes de la crise libyenne, du moins ceux qui apparaissent en public et négocient en connaissance des médias et des opinions, à se serrer la main et se parler comme le suppose toute opération de négociation…

 

De bons mots pour cacher une réalité complexe et dangereuse
Mardi dernier, on a évoqué dans la capitale égyptienne, et avec espoir, la possibilité d’un échéancier politique et électoral qui verrait les Libyens se rendre aux urnes, mais ni les responsables à Tripoli ni ceux à Benghazi ne sont rencontrés ni mêmes croisés pour donner de la substance à ce scénario davantage applaudi à Alger qu’ailleurs, en raison notamment de l’importance que revêt le dossier libyen pour la sécurité de l’Algérie et de l’engagement très secret de sa diplomatie à tenter de créer des liens et des contacts avec les forces réelles à Tripoli et celles de Tobrouk. Son effondrement, cependant, n’est pas exclu tellement le maréchal Haftar et ses partisans restent campés sur leurs positions : disqualifier les groupes politico-militaires qui constituent encore l’essentiel des forces paramilitaires à Tripoli et dans l’Ouest libyen qui, elles, ne veulent pas entendre parler d’un «pouvoir militaire» en Libye, selon des déclarations de Abdelhakim Belhadj, très influent auprès du gouvernement de Tripoli et surtout des milices de Fajr Libya. A ce sujet, le témoignage du président du gouvernement d’union nationale, GNA, Fayez Sarraj, est frappant : il s’est plaint dans les colonnes d’Echarq Al Awsat d’avoir été snobé par le chef du Parlement de Benghazi Salah Aguila et le maréchal Haftar. «Il n’y a pas eu de rencontre tripartite au Caire comme prévu», a-t-il déclaré au quotidien, précisant que «la partie égyptienne a rencontré chaque partie à part et aucune réunion tripartie n’a eu lieu». «Le principe (de la rencontre) était que toutes les parties s’assoient autour de la même table pour débattre des idées de tout un chacun et non de poser des conditions préalables», a-t-il poursuivi. A défaut, et en attendant que le processus laborieux de réconciliation défendu par les Nations unies et les pays du voisinage, qui semblent prendre acte des faiblesses de l’organisation internationale en multipliant des initiatives propres, et on comprend pourquoi, le gouvernement de Fayez Sarraj, comme son rival de Tobrouk, le maréchal Haftar, multiplie les gestes de séduction en direction des grandes puissances dont l’intérêt peut être utilisé comme un atout que chaque partie veut jeter contre l’autre dans le dangereux jeu libyen. Ainsi, on apprend depuis hier que le gouvernement libyen d’unité nationale sollicite «officiellement» l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord pour demander son «assistance en matière de défense». Selon son secrétaire général, Jens Stoltenberg, «la demande des autorités libyennes portant sur une assistance de l’Otan pour l’aider à entraîner ses forces armées et à mettre en place des institutions de défense et de sécurité est parvenue mercredi» dernier. Il a précisé, lors d’un point de presse à Bruxelles, qu’«elle sera étudiée par le Conseil de l’Atlantique Nord qui représente les 28 pays membres de l’Alliance», et aura une réponse «dès que possible». Certes la requête des autorités de Tripoli répond à une offre faite au début du mois de février dernier par le secrétaire général de l’Alliance atlantique pour les aider à mettre en place les institutions nationales de défense et à lutter contre le terrorisme : «L’Otan est prête à aider la Libye à construire des institutions de sécurité et de défense efficaces, à renforcer sa capacité à lutter contre le terrorisme et à créer des conditions propices à la paix», avait-il déclaré lors d’une conférence de presse à l’issue de sa rencontre au début de ce mois avec le Premier ministre libyen Fayez AlSarraj au siège de l’organisation à Bruxelles. Elle s’inscrit dans les efforts que les Occidentaux, comme les autres, cherchent à déployer pour une normalisation rapide d’un pays pourvoyeur d’insécurité et d’immigration clandestine en Méditerranée. Mais on peut y avoir aussi une mise en pratique d’une politique qui consiste à concurrencer les autorités rivales de Benghazi et Tobrouk, qui font feu de tout bois pour trouver les soutiens dont elles ont besoin, notamment en Russie, la grande menace selon l’Otan, pour faire basculer les rapports de force politiques et diplomatiques en leur faveur. «L’Otan est l’une des institutions sur lesquelles nous comptons pour renforcer nos capacités (sécuritaires), lutter contre le terrorisme, et contre d’autres phénomènes, notamment la migration illégale», avait affirmé le Premier ministre libyen. Mais on peut jurer qu’il ne pense pas qu’à cet aspect.
L’Otan soutient déjà l’opération Sophia de l’UE en Méditerranée sur le plan logistique et d’échange d’informations. Elle pourrait aussi appuyer les efforts de l’UE pour soutenir les Garde-côtes et la Marine libyens si l’Alliance est sollicitée, a dit Jens Stoltenberg. Son appui, a ajouté M. Stoltenberg, pourrait se traduire par «des conseils sur la création d’un ministère de la Défense moderne, d’un Etat-major militaire et de services de renseignement et de sécurité, dirigés par des civils». Une indication intéressante sur une initiative louable si, toutefois, elle n’est pas court-circuitée par des actions parallèles de membres de l’Organisation, dont les Etats-Unis et la France, qui ne rechignent pas au coup de main secret aux forces de M. Haftar.