L’ancien président des Etats-Unis, Barack Obama, a terminé son mandat de chef des armées US en donnant l’ordre de frapper des positions djihadistes dans la région de Syrte en Libye. Cette opération a permis de tuer plus de 80 djihadistes de Daech, selon l’ancien secrétaire d’Etat américain à la défense, Ahston Carter.


Il s’agit, a-t-il dit, d’«un exemple clair de notre engagement pérenne à détruire le cancer Etat islamique, pas seulement en Irak et Syrie mais partout où il apparaît», a déclaré le chef du Pentagone sortant dans une courte intervention devant la presse. Il y avait parmi les djihadistes tués «des gens qui étaient en train de planifier activement des opérations en Europe et ont pu être liés à des attaques qui ont eu lieu en Europe», a précisé M. Carter, sans donner plus de détails. C’est tout sauf anodin qu’un président des Etats-Unis ordonne une mission militaire de ce genre à quelques heures de l’expiration de son mandat et de son retour à la vie de citoyen américain. Cela indique que Washington accorde un intérêt accru au dossier libyen et qu’elle continuera à le faire quelle que soit l’équipe au pouvoir à la Maison-Blanche. Les observateurs qui s’interrogent sur ce que fera le nouveau président américain, Donald Trump qui a pris ses fonctions, hier, disposent au moins de l’indication précieuse que l’Etat-major des armées des Etats-Unis fait grand cas de la Libye et qu’ils ne manqueront pas de le faire savoir à M. Trump qui, par ailleurs, a déclaré lors de sa campagne que l’un de ses objectifs sera d’abattre le groupe de l’Etat islamique, Daech dont les activités terroristes restent encore facilitées par les profondes divisions politiques empêchant un véritable gouvernement d’union nationale – celui-ci existe sur le papier et de manière formelle à Tripoli mais n’a aucun contrôle sur l’est du pays pris en main par les hommes du maréchal Haftar- et une couverture sécuritaire unifiée du pays. Les groupes armés de Misrata, qui formaient l’essentiel des forces ayant chassé l’EI de Syrte au nom du GNA (gouvernement national d’unité), sont encore au face à face avec l’Armée nationale libyenne (ANL) auto-proclamée par le maréchal Khalifa Haftar. La tension entre les deux forces militaires est brutalement montée début décembre, juste après la victoire de Syrte, lors que des milices de Misrata ont participé à une attaque contre la région du Croissant pétrolier, contrôlée par les forces du maréchal Haftar.
Trump, Moscou et le maréchal Haftar
La question essentielle, maintenant, est de savoir ce que fera l’administration Trump au plan politique de la dissension grave qui sépare Tripoli de Benghazi. Il s’agit de voir quelle position elle aura vis-à-vis du maréchal Haftar. Frustré par l’ambiguïté des pays occidentaux, qui oscillent entre soutien aux résolutions de l’ONU avec une reconnaissance de la légitimité du gouvernement de Fayez Al Sarradj à Tripoli, et soutien technique et militaire presque secret à ses hommes, le maréchal Haftar joue maintenant sur deux tableaux : préserver ses relations avec les grandes capitales occidentales, mues par l’intérêt économique, pétrolier surtout et la nécessité d’avoir sur les rivages libyens un gendarme capable de contrôle le flux de migrants vers les côtés européennes, courtiser la Russie. Une probable arrivée de Moscou sur le théâtre libyen serait une donnée non seulement nouvelle mais déterminante de ce que les Occidentaux, les Etats-Unis en premier, pourraient envisager.
Pour rappel, le maréchal Khalifa Haftar s’est rendu à plusieurs reprises à Moscou au cours des six derniers mois. Il est même monté à bord du porte-avions russe Amiral Kouznetsov le 11 janvier dernier quand celui-ci était de retour de la Syrie. Il a eu un entretien par vidéoconférence avec le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou. Un peu plut tôt, fin décembre, un porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères a qualifié le maréchal de «principal personnage militaire et politique» en Libye. Les dernières frappes contre les positions de Daech et ordonnées par l’ancien président Barack Obama étaient-elles un avertissement au maréchal Haftar pour qu’il soit découragé d’aller chercher ailleurs de nouvelles options dans sa guerre contre les djihadistes présents sur le sol de son pays et dans son combat politique contre le gouvernement de Tripoli ?
Rien n’est moins sûr ! Le porte-parole du Pentagone Peter Cook a précisé que les frappes avaient été menées «en accord avec le GNA». Ce gouvernement reste toutefois incapable à s’imposer comme seul acteur de la scène libyenne ni de la sortir véritablement du chaos post-Kadhafi (lire encadré sur la crise de l’électricité dans le pays).
Ce qui a fait dire récemment à un analyste russe de la Haute école d’économie de Moscou, qu’«après l’arrivée au pouvoir du président élu Donald Trump, les deux pays pourraient soutenir énergiquement le maréchal et trouver des points communs dans leur vision de l’avenir de la Libye».