Le maréchal Khalifa Haftar a, lors d’une longue interview accordée à l’hebdomadaire Jeune Afrique, estimé que l’Algérie pourrait bien constituer le médiateur « neutre » qui pourrait jouer un rôle probant dans le processus de normalisation de la Libye.

A la question selon laquelle Alger serait plus proche de Fayez Al-Sarraj, il répondra : « Je suis certain que si les Algériens s’essaient à la médiation, ils le feront de manière neutre. C’est un État arabe, et l’union des Libyens est aussi importante pour Alger que ses divisions lui sont nuisibles ». Il dira néanmoins ignorer pour l’heure si l’Algérie joue un rôle de médiateur. « L’Algérie est un pays frère, mais je ne savais pas qu’il y avait des médiations de sa part. En ce qui me concerne et en ce qui concerne ma partie, l’Algérie n’a jamais été un intermédiaire. Peut-être qu’une initiative se prépare, mais, pour le moment, nous n’en avons pas connaissance ».
L’actuel homme fort en Libye estime dans cette entrevue que Sarraj est l’otage des milices à Tripoli et n’a pas les mains libres. « Il lui est très difficile de prendre des décisions, et plus encore de les exécuter. Tout ce qu’il peut faire est d’accepter des rencontres et de donner des accords verbaux sans lendemain.
À plusieurs reprises nous avons essayé de le pousser à la fermeté, sans jamais obtenir de résultat », estime Haftar. Ce dernier reste toutefois nuancé sur le plan de Ghassan Salamé le représentant de l’ONU en Libye. « Son plan prévoit d’abord que les articles litigieux de l’Accord de Skhirat, maintenant caducs, soient amendés. Cette première étape prendrait déjà une année ou deux. Il prévoit ensuite l’élaboration d’une Constitution, ce qui ne pourra se faire en moins de trois ans. Et, enfin, les élections pourraient avoir lieu, ce qui nous amène bien loin de juillet prochain… Pour nous, il faut organiser les élections avant que les élus ne s’accordent sur une Constitution ». Pour lui les élections doivent être tenues le plus rapidement possible « dans la plus grande transparence, et le vote doit être obligatoire », estime-t-il.

Seif Al-Islam, un pauvre type
Haftar à la tête de l’Armée nationale libyenne (ANL) dit contrôler 90 % du pays. Affirmant pouvoir aligner 75 000 hommes et contrôler le sud du pays et les frontières avec l’Égypte et la Tunisie, il adresse un avertissement sans équivoque :
« Nous donnons la priorité à la voie politique. Quand s’est présentée la possibilité d’une solution par les urnes, nous nous sommes retenus. Nous voulions éviter l’effusion de sang… mais notre patience a ses limites. Et si cette voie se confirme être une impasse, nous avons dans les 10% du territoire qui nous échappent des cellules dormantes qu’il sera facile d’activer ».
A propos du fils de Kadhafi Seif Al Islam dont on annonce un rôle politique important dans le futur, il dira que « beaucoup de naïfs continuent malheureusement de croire en Seif Al-Islam. Certains cherchent à marchander avec lui, mais ce n’est qu’un pauvre type que l’on essaie d’utiliser à des fins vénales. » Khalifa Haftar, pour qui la Libye d’aujourd’hui « n’est pas encore mûre pour la démocratie », est revenu sur le soulèvement à l’origine de la chute de l’ancien régime. « C’était un mouvement national dirigé contre le régime de Kadhafi. J’étais alors aux États-Unis et j’incitais la population à se mobiliser pour la démission de Kadhafi sur la chaîne arabophone Al-Hourra. Mais nous n’avions pas prévu l’intervention de l’Otan, pour laquelle nous n’avons d’ailleurs pas été consultés. Celle-ci a eu des résultats bénéfiques, mais aussi des conséquences très graves. Nous regrettons ainsi des destructions très importantes qui n’étaient pas nécessaires.
Et nous déplorons la fin de Kadhafi, qui n’aurait pas dû mourir de cette manière. » « Quand je suis arrivé en Libye, une semaine après le soulèvement de février 2011, il m’a appelé. Je lui ai dit de faire marche arrière, de remettre le pouvoir au peuple et de s’effacer. Il m’a raccroché au nez. Est alors arrivé ce qui devait arriver », dira-il.