Khalifa Haftar, maréchal autoproclamé et homme fort de l’Est libyen, a annoncé sa candidature à la présidentielle du 24 décembre prochain. Il est le 3e homme politique à exprimer son ambition de briguer la magistrature suprême dans un pays où de nombreuses incertitudes pèsent encore sur le respect du calendrier électoral

Par Anis Remane
Lundi, 15 novembre, la Haute commission électorale libyenne (HNEC) a annoncé l’ouverture du dépôt des candidatures pour l’élection présidentielle prévue pour le 24 décembre prochain et pour laquelle plus de 2,83 millions de Libyens se sont inscrits. La procédure s’est effectuée sur la plateforme de la Haute commission, ont précisé ses responsables alors que l’annonce des candidatures se sont multipliés durant ces derniers jours. La dernière en date, mardi 16 novembre, a été celle du maréchal Khalifa Haftar. «Je déclare ma candidature à l’élection présidentielle, non pas parce que je cours après le pouvoir mais pour conduire notre peuple en cette période cruciale vers la gloire, le progrès et la prospérité», a-t-il déclaré dans son allocution télévisée depuis Benghazi, son fief. Le 22 septembre, le maréchal Haftar, 77 ans, s’était provisoirement retiré de ses fonctions à la tête de l’autoproclamée Armée nationale libyenne (ANL), comme le stipule la loi électorale, pour pouvoir se présenter à la présidentielle.
La loi électorale en question, critiquée par les détracteurs du maréchal Haftar, lui permet de se porter candidat à la présidentielle et de pouvoir retrouver son poste militaire s’il n’était pas élu. Le militaire, accusé par ses adversaires de vouloir instaurer une dictature militaire, cherche à conquérir le pouvoir par les urnes après l’échec retentissant de son aventure militaire aux portes de Tripoli, siège du gouvernement reconnu par l’ONU, en 2019. Dans son discours mardi, Il a affirmé que l’élection de décembre était «le seul moyen pour sortir la Libye du chaos».
Sa candidature survient deux jours après celle de Seif al-Islam Kadhafi, le fils de l’ex-dictateur Mouammar Kadhafi. Le dossier de son entrée en lice, malgré la polémique qu’elle a suscité en raison de sa condamnation à mort dans son pays pour crimes de guerre et de sa poursuite par la Cour pénale internationale pour «crimes contre l’humanité», a été accepté dimanche 14 novembre par la Haute commission électorale qui a indiqué que Seif al-Islam a «soumis les documents de sa candidature au bureau de l’administration électorale à Sebha (sud), remplissant ainsi les formalités légales». Seif al-Islam n’a pas fait d’apparition publique depuis près de 10 ans. Il est à ce jour le troisième candidat à l’élection présidentielle, le bureau de la commission dans la capitale, Tripoli, ayant reçu le dossier de candidature d’Abdul Hakim Bayou, premier dossier de candidature à la présidentielle du directeur de la société Al-Hamra affiliée à l’Autorité libyenne d’investissement.

Dbeibah : candidature au «moment opportun»
Le chef du gouvernement de transition, qui avait déclaré à son arrivée aux affaires le 16 mars 2021 qu’il ne se présenterait pas aux élections, cultive le suspense et n’exclut pas de se porter candidat alors que les observateurs de la scène libyenne affirment de lui qu’il a gagné de précieux points en redynamisant le secteur économique et en encourageant l’affairisme. «J’annoncerai mon éventuelle candidature à la présidence au moment opportun», a déclaré Abdelhamid Dbeibah, lundi 15 novembre à l’occasion de la création du Conseil national de la jeunesse, réitérant son rejet des deux lois électorales promulguées par la Chambre des représentants.
Dbeibah a déclaré que les jeunes détermineront sa décision quant à la participation aux prochaines élections, indiquant qu’il annoncera son éventuelle candidature au «moment opportun». Il a ajouté que tous souhaitent des élections, mais la Chambre des représentants a élaboré des lois électorales «taillées sur mesure pour certains partis et certaines personnes», précisant : «Nous ne pouvons accepter cette loi viciée», allusion à la candidature de Khalifa Haftar. «Nous voulons un parlement juste qui soit au service de tous les Libyens, et une loi électorale équitable qui fasse l’unanimité parmi les Libyens. Nous voulons que les élections soient organisées sur une base constitutionnelle et des lois impartiales acceptées par tous», a-t-il ajouté.
La Haute commission électorale a ouvert la porte au dépôt de candidature, lundi, et ce jusqu’au 22 novembre pour les élections présidentielles, et jusqu’au 7 décembre pour les élections législatives. Cette décision a été prise malgré la poursuite des différends sur la loi électorale entre la Chambre des représentants, d’une part, et le Haut Conseil d’État (un parlement consultatif), le gouvernement d’unité et le Conseil présidentiel, d’autre part, ce qui menace la tenue des élections dans les délais. <