Le Parlement libyen devrait tenir une séance de travail pour discuter du vote de confiance du futur gouvernement que le Premier ministre par intérim Abdelhamid Dbeibah doit présenter pour conduire les affaires du pays jusqu’à l’organisation des élections prévues le 24 décembre prochain.

Cette séance devrait avoir lieu le 8 mars prochain, selon le président du Parlement Aguila Saleh, personnage clef de l’Est libyen et proche du maréchal autoproclamé Khalifa Haftar. «Il a été décidé de convoquer le Parlement pour discuter d’un vote de confiance au gouvernement lundi 8 mars à 11h00», a annoncé dans un communiqué Aguila Saleh. La séance aura lieu à Syrte, à mi-chemin entre l’Est et l’Ouest, «si la Commission militaire conjointe 5+5 (la) sécurise», a précisé M. Saleh en référence à un groupe composé de cinq responsables militaires de chacun des deux camps rivaux mis en place dans le cadre d’un processus de négociations sous l’égide de l’ONU. «Si cela s’avérait impossible, la session aura lieu au siège temporaire du Parlement à Tobrouk» (est), a-t-il ajouté.
M. Dbeibah a été désigné Premier ministre le 5 février par 75 délégués libyens de tous bords réunis à Genève sous l’égide de l’ONU. Jeudi dernier, il avait déclaré avoir transmis au Parlement «la structure et la vision» de son gouvernement, mais sans fournir de noms de ministres. Selon une feuille de route onusienne, il avait jusqu’à vendredi pour soumettre un gouvernement au Conseil présidentiel et au Parlement, mais il rencontre visiblement toujours des problèmes pour former son équipe. Le tableau s’est même quelque peu compliqué hier après les déclarations d’experts de l’ONU qui ont évoqué le versement de pots-de-vin à au moins trois participants.
Selon l’AFP qui dit avoir obtenu un extrait du rapport final du Comité des experts de l’ONU chargés de l’embargo sur les armes et des sanctions pour la Libye, deux membres du Forum du dialogue politique (FDPL) ont «offert des pots-de-vin de 150.000 à 200.000 dollars à au moins trois participants en échange d’un engagement à voter pour M. Dbeibah comme Premier ministre». L’un d’eux a «éclaté de colère dans le hall d’un hôtel à Tunis en apprenant que certains participants auraient pu recevoir jusqu’à 400.000 à 500.000 dollars pour leurs votes en faveur de Dbeibah, alors qu’il n’avait reçu que 200.000 dollars», est-il précisé dans l’annexe 13 de ce rapport encore confidentiel qui doit être remis formellement aux 15 membres du Conseil de sécurité d’ici la mi-mars.
Accusation de corruption
Un participant à ce Forum ayant requis l’anonymat a affirmé à l’AFP avoir été témoin de la scène. Il s’est dit indigné d’une «corruption inacceptable au moment où la Libye traverse une crise majeure». Ce Forum (FDPL) a été lancé en novembre dernier à Tunis sous les auspices de l’ONU dans l’optique de mettre sur pied un exécutif unifié, et sortir ainsi la Libye d’une décennie de chaos. Les participants avaient trouvé un accord pour la tenue d’élections présidentielle et législatives à la fin de cette année, mais pas sur les critères de sélection du futur exécutif unifié. Début février, les 75 participants du Forum ont finalement désigné une autorité intérimaire composée du Premier ministre Abdel Hamid Dbeibah et d’un Conseil présidentiel de trois membres.
En novembre, des organisations libyennes avaient appelé à enquêter sur des «allégations de corruption» visant, selon elles, à influencer le processus de sélection des futurs responsables. Un groupe d’experts des Nations unies avait alors été saisi. «Dès que nous aurons des informations sur ces allégations, vous serez les premiers informés», avait promis l’ancienne émissaire par intérim de l’ONU en Libye Stephanie Williams en s’adressant aux participants du dialogue politique. Dans une lettre consultée par l’AFP et adressée le 20 février à l’actuel envoyé spécial onusien Jan Kubis, deux participantes au Forum, Sayida Kamel Yaacoubi et Azza Mahmoud Assid, ont appelé à rendre public le rapport d’experts afin de lever le voile sur cette affaire qui «porte atteinte à (leur) dignité».
Le futur exécutif est censé remplacer aussi bien le Gouvernement d’union nationale (GNA) de Fayez al-Sarraj, installé en 2016 à Tripoli (ouest) et reconnu par l’ONU, que les autorités rivales basées dans l’Est. <