Le maréchal Khalifa Haftar, homme fort de l’est libyen, a indiqué jeudi dernier qu’il appuyait la tenue d’élections en Libye en 2018, comme le souhaite la communauté internationale et figurant au centre du plan d’action de l’envoyé spécial des Nations unies, Ghassan Salamé.

En même temps, il n’a pas caché sa menace de s’emparer du pouvoir si le processus politique n’aboutit pas : deux discours et un double jeu qui inquiètent les observateurs de la scène libyenne.

Dans une déclaration à la chaîne de télévision Libya Al Hadath, considérée comme son «bras médiatique» selon les observateurs, M. Haftar a rejeté «les allégations tendancieuses» selon lesquelles il est opposé à une solution politique en Libye et planifierait un coup d’Etat pour instaurer une dictature militaire. Au contraire, «c’est nous qui avons poussé le monde à accepter à contrecœur le processus électoral comme une solution fondamentale et de principe» à la crise en Libye, a-t-il dit. Il a appelé à la tenue d’élections présidentielles et législatives «sans atermoiements, fraudes ou falsifications», accusant ses rivaux, au pouvoir dans l’ouest du pays, de retarder le processus électoral.
Les déclarations du maréchal libyen avait été précédées par une campagne de ses partisans, l’appelant à prendre le pouvoir par «procuration du peuple». Jeudi soir, M. Haftar a fait savoir que «cette procuration» pourrait être une option probable si «tous les mécanismes classiques permettant une transition pacifique du pouvoir via des élections libres et démocratiques sont épuisés». En novembre dernier, ses partisans ont annoncé avoir réuni, dans une pétition, plus d’un million de signatures pour un Haftar président. Dans un pays qui ne compte que six millions d’habitants, le chiffre annoncé était fortement mis en doute. Ces mêmes partisans ont saccagé récemment des centres électoraux. Puis, des demandes ont été formulées à la Haute Commission électorale libyenne pour déménager son siège à Benghazi, ce qui a rajouté à la confusion et à l’incertitude. Depuis son discours du 18 décembre annonçant la fin de l’accord politique de Skhirat, et avec lui toutes les institutions qui en découlent, l’homme fort de l’est libyen multiplie les signaux contradictoires face aux élections générales prévues en 2018. Alors qu’il assure lors ses rencontres avec les responsables internationaux son soutien au scrutin, tout ou presque, sur le terrain indique le contraire. Dans son dernier rapport, International Crisis Group dénonce ces méthodes, et note que l’attitude de Haftar est de nature à accroître la tension. Il semble «s’accrocher avec ténacité à son ambition de devenir le dirigeant militaire de la Libye ou son prochain président» indique le rapport.
Appuyés par un parlement élu en 2014 et basé dans l’est du pays, le maréchal Haftar et le gouvernement parallèle de l’est libyen n’ont jamais reconnu la légitimité du gouvernement d’union nationale (GNA) de Fayez al-Sarraj, issu de l’accord politique inter libyen signé en 2015 à Skhirat (Maroc). Le GNA, installé à Tripoli et soutenu par la communauté internationale, n’a pas obtenu la confiance de l’assemblée élue, ce qu’exige pourtant l’accord de Skhirat.