Escalade de violence en Libye où des dizaines de roquettes se sont abattues hier sur la capitale Tripoli après l’échec subi la veille par les forces du maréchal Khalifa Haftar, qui a perdu deux villes stratégiques dans l’ouest libyen. Pour les forces du Gouvernement d’union nationale (GNA), reconnu par l’ONU, il ne fait point de doute que les forces du maréchal Haftar ont voulu «venger leur défaite» en bombardant la capitale.


Cette séquence est venue visiblement marquer une évolution dangereuse en Libye minée par des conflits fratricides depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011 et des affrontements meurtriers depuis le lancement, en avril 2019, par le maréchal Haftar, l’homme fort de l’Est libyen, d’une offensive contre Tripoli, siège du GNA.
Exacerbé par des ingérences armées étrangères et des actions militaires aux objectifs occultes, le conflit libyen tend à s’inscrire dans la durée jusqu’à étouffer les chances de succès des efforts diplomatiques multiples initiés par différents acteurs.
«Les milices criminelles et les mercenaires (du maréchal Haftar) ont déversé leur colère sur les quartiers de Tripoli pour venger leur défaite, tirant des dizaines de missiles et de roquettes sur la capitale sans discrimination», a indiqué lundi soir Mohamad Gnounou, porte-parole des pro-GNA. Lundi, les forces pro-GNA se sont emparées en quelques heures des deux villes côtières de Sorman et Sabratha, respectivement à 60 et 70 km à l’ouest de Tripoli, à mi-distance entre la capitale et Ras Jedir, à la frontière avec la Tunisie. Elles ont ensuite repris le contrôle d’autres petites villes plus au sud, dans un nouveau revers pour le maréchal Haftar, homme fort de l’est libyen, privé désormais de tout accès à la côte ouest du pays.
Depuis, les explosions de roquettes retentissent sans interruption dans la capitale, notamment dans le périmètre de l’aéroport de Mitiga, dans la banlieue-est, où des maisons ont été endommagées. Les explosions ont continué à résonner toute la nuit et mardi matin, selon des journalistes de l’AFP sur place.
La perte de Sorman et Sabratha constitue un nouveau revers pour les forces du maréchal après la perte l’été dernier de Gharyane, leur base arrière dans l’Ouest libyen.
Lundi soir, le commandant des forces pro-GNA dans la région occidentale, Oussama al-Jwili, a déclaré que la conquête des deux villes avait été décidée après avoir reçu des informations sur l’intention du maréchal Haftar d’avancer plus à l’ouest pour prendre la ville de Zouara puis le poste frontalier de Ras Jedir.
Les forces du GNA cernent désormais la base aérienne stratégique d’al-Watiya, située plus au sud et utilisée par le maréchal Haftar pour faire décoller des avions et comme base arrière pour ses forces.
Par ailleurs et à l’est de Tripoli, des combats font rage depuis quelques jours entre Misrata et Syrte. Dans ces contrées, ce sont les forces pro-Haftar qui se sont emparées en janvier de Syrte (450 km à l’est de Tripoli), tentent toujours d’avancer vers Misrata, à 250 km plus à l’ouest. Cette nouvelle escalade de la violence intervient dans un contexte d’aggravation de la situation humanitaire au moment où le pays doit lutter contre la pandémie du nouveau coronavirus.
Dans ce registre sanitaire et jusqu’à présent, 25 cas de contamination, dont un décès ont été confirmés à travers le pays, selon les statistiques du Centre de lutte contre la maladie, basé à Tripoli.
La crise libyenne a été, faut-il le souligner, marquée par les tentatives de médiation entreprises jusqu’ici par l’ONU et qui ont échoué alors que l’émissaire pour la Libye, Ghassan Salamé, a démissionné début mars. L’ONU ainsi que plusieurs pays occidentaux ont appelé en vain à une trêve afin de se concentrer sur la lutte contre le nouveau coronavirus.<