PAR NAZIM B.
Le processus électoral libyen, qui a traversé de nombreuses incertitudes, peut aborder dès aujourd’hui une étape importante. Celle du dépôt des candidatures puisque la Haute-commission électorale (HNEC) libyenne a annoncé, hier, l’ouverture, à partir d’aujourd’hui, du dépôt des candidatures pour l’élection présidentielle de décembre, suivie de celle des législatives en janvier. Les deux rendez-vous devraient constituer le socle de la sortie de crise et la mise en place de nouvelles institutions.
«Le dépôt des candidatures à l’élection présidentielle sera ouvert du 8 au 22 novembre et celui aux élections parlementaires du 8 au 17 décembre», a annoncé dimanche le directeur de la HNEC, Imad al-Sayeh. «C’est le véritable début du processus électoral».
Les candidatures pour la présidentielle seront acceptées exclusivement dans les bureaux de la commission, à Tripoli (ouest), Benghazi (est) et Sebha (sud) alors que celles pour les législatives pourront être déposées dans tous les bureaux de la HNEC, a ajouté M. Sayeh.
Pour ce double scrutin, plus de 2,83 millions de Libyens, sur environ 7 millions d’habitants, se sont inscrits sur la plateforme en ligne de la HNEC. La distribution des cartes d’électeurs se fera dans les bureaux de vote jusqu’à fin novembre.
La Libye s’est enlisée dans le chaos après le soulèvement de 2011 qui chassa du pouvoir l’ancien dictateur Mouammar Kadhafi. Le pays tente de clore ce chapitre mouvementé à la faveur d’un processus politique, initié en novembre 2020 sous l’égide de l’ONU. Pour la communauté internationale, la tenue des élections est essentielle pour pacifier le pays, qui compte les réserves pétrolières les plus abondantes d’Afrique. Dans un contexte sécuritaire fragile, mener à bien ces scrutins reste toutefois incertain. M. Sayeh a promis que la HNEC ferait tout pour que ces élections soient libres et honnêtes».
Seif al-Islam Kadhafi, fils de l’ancien président, a laissé entendre qu’il pourrait se présenter, au même titre que le maréchal Khalifa Haftar, l’homme fort de l’Est.
Interrogé sur la conformité de ces candidatures et de celle de l’actuel Premier ministre, Abdelhamid Dbeibah, M. Sayeh a affirmé que «tous ceux qui remplissent les conditions requises par la loi peuvent se présenter» pour devenir le premier président libyen élu au suffrage universel.
Cinq personnalités ont déjà pré-annoncé leurs candidatures, l’ancien influent ministre de l’Intérieur, Fathi Bachagha, le diplomate et fondateur du parti Ihya Libya, Aref al-Nayed, l’ex-ambassadeur de Libye à l’ONU, Ibrahim al-Dabbachi, l’ex-ministre de l’Industrie sous Kadhafi et membre du parti, Projet National, Fathi Ben Shatwan, et, à la surprise générale, le célèbre comique libyen Hatem al-Kour.
Sur un autre registre, le Premier ministre libyen Abdelhamid Dbeibah a affirmé, dimanche, que la suspension d’un ministre ne figurait pas parmi les prérogatives du Conseil présidentiel, prenant la défense de sa cheffe de la diplomatie que le CP a suspendue et interdite de voyager. «La nomination, le limogeage, la suspension ou la mise en examen d’un membre de l’exécutif, (…) relèvent des pouvoirs exclusifs du Premier ministre», a souligné M. Dbeibah dans un communiqué.
Le CP a suspendu, samedi, de ses fonctions Najla Al-Mangoush, lui interdisant aussi de voyager pendant la durée d’une enquête sur des «irrégularités administratives», notamment «des décisions d’ordre politique (prises) sans le consulter», a indiqué la porte-parole du CP, Najla Weheba, à la chaîne Libya Panorama.
Le gouvernement de M. Dbeibah a donné pour sa part instruction à Mme Mangoush de «poursuivre son action», réitérant «son appréciation» pour ses efforts dans l’exercice de ses fonctions. Il a également appelé les différents pouvoirs «à respecter la procédure» et à éviter les «conflits d’intérêts» ainsi que les «obstacles» à l’action du gouvernement en cette phase «critique».
Le Conseil présidentiel, formé de trois membres représentant les trois régions de Libye, a été mis en place en février par un processus politique parrainé par l’ONU, en même temps que le gouvernement intérimaire dirigé par Abdelhamid Dheibah, pour préparer les élections présidentielle et législatives de fin d’année, et mettre fin à une décennie de chaos.
Si aucune précision n’a été donnée sur les faits reprochés à Mme Mangoush, des médias locaux ont fait le lien avec un entretien accordé à la BBC, il y a quelques jours, où elle affirmait que Tripoli serait «prêt à coopérer avec les Etats-Unis» pour l’extradition d’un suspect dans l’affaire de l’attentat de Lockerbie en 1988. n