Après le report des élections en Libye, qui devaient se tenir fin décembre dernier, les appels de leur tenue se multiplient afin de rompre avec la période de transition qui dure dans ce pays en crise. Mais l’attente risque d’être plus longue que prévue face aux demandes formulées par des partis politiques en guise de préalable aux joutes présidentielles.

Par Feriel Nourine
La haute autorité électorale a déjà demandé un délai de six à huit mois pour que ces élections soient crédibles, mais le temps risque d’être plus long pour aller dans les urnes et en finir avec des élections qui se font désirer. Ce scénario n’est désormais pas écarté après l’appel lancé hier par le chef du gouvernement intérimaire libyen Abdelhamid Dbeibah pour l’élaboration d’une Constitution avant les élections présidentielle et législatives. « Nous avons plus que jamais besoin d’une Constitution qui protège le pays et ses citoyens et qui régisse les élections », a affirmé M. Dbeibah lors d’un colloque à Tripoli, intitulé « La Constitution d’abord », réunissant plusieurs notables de l’Ouest libyen. Les Libyens « veulent des élections libres qui respectent leur volonté et non la prolongation de la crise avec une nouvelle transition », a-t-il poursuivi. Or cette volonté ne saurait être exaucée sans base constitutionnelle, estime l’intervenant. « Notre problème, aujourd’hui, c’est l’absence d’une base constitutionnelle ou d’une Constitution », a alors martelé M. Dbeibah devant les chefs des principales institutions, parmi lesquels Khaled el-Mechri, président du Haut-conseil d’Etat, et Seddik al-Kebir, gouverneur de la Banque centrale. « Certaines parties ont aggravé la crise » avec des lois « taillées sur mesure » en faveur de plusieurs candidats au détriment d’autres, a-t-il dénoncé, en référence à la loi électorale promulguée sans vote, en septembre, par le président du Parlement, Aguila Saleh, un allié du maréchal Khalifa Haftar, l’homme fort de l’Est, tous deux candidats à la présidentielle. Un responsable de la commission chargée de la rédaction de la Constitution, Daou al-Mansouri, a rappelé que cette commission, élue au suffrage universel en 2014, avait soumis, en juillet 2017, au Parlement un projet définitif de Constitution devant faire l’objet d’un référendum. Un projet resté lettre morte, la Chambre des représentants n’ayant toujours pas organisé de référendum sur la Constitution libyenne, supprimée au lendemain du coup d’Etat de Kadhafi en 1969. Le président du Parlement a proposé, mardi dernier, la mise en place d’une nouvelle commission composée d’experts libyens et étrangers afin de rédiger un nouveau projet de Constitution, et demandé à la commission parlementaire chargée du suivi des élections de fixer, avant fin janvier, une date « définitive » pour les élections. Pour rappel, la présidentielle du 24 décembre et les législatives prévues dans la foulée ont été reportées sine die sur fond de désaccords entre camps rivaux, un pouvoir à l’Est incarné par le Parlement et l’homme fort Khalifa Haftar, et un autre, à l’Ouest, autour du Gouvernement d’unité nationale d’Abdelhamid Dbeibah basé à Tripoli. Quelque 2,4 millions de Libyens avaient récupéré leur carte d’électeur, sur une population de 7 millions, en vue d’un double scrutin longtemps attendu comme l’aboutissement d’un processus de paix parrainé par l’ONU pour sortir le pays d’une décennie de chaos depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011.