Le Premier ministre Ahmed Ouyahia et le ministre des Affaires étrangères Abdelkader Messahel seront présents aujourd’hui à Palerme en Sicile pour prendre part à la conférence internationale consacrée au dossier libyen et aux moyens de lui trouver une solution durable alors que le processus de normalisation politique et institutionnelle en cours depuis des accords de Skhirat en décembre 2015 connait un retard inquiétant.

Les responsables algériens seront présents aux côtés des principaux dirigeants libyens et des partenaires internationaux engagés dans les efforts déployés pour arracher un consensus auprès des parties libyennes rivales et les amener à s’entendre sur un calendrier électoral considéré comme une voie royale vers la stabilisation de leur pays. A leur tête, les Nations unies et le chef de sa mission d’appui Ghassan Salamé, qui avait parié il y a quelques mois seulement sur la tenue de ces élections à la fin 2018 avant de se raviser et d’élargir ses prévisions à l’année prochaine, en 2019.
Jeudi dernier, lors d’une vidéoconférence avec le Conseil de sécurité, l’envoyé spécial de l’ONU en Libye avait en effet affirmé que le processus électoral dans ce pays devrait démarrer au printemps 2019 après la tenue d’une conférence nationale prévue en début de l’année. M. Salamé, qui soutient que seuls « les Libyens décideront de leur destin», avait considéré quelques jours auparavant que la conférence de Palerme constituait un « signe essentiel de l’appui de la communauté internationale au processus politique». On ne sait pas encore s’il a raison ou non mais les autorités italiennes, à l’origine de la tenue de la Conférence nationale de Palerme, semblent à la fois confiantes en l’avenir et pragmatiques dans leur approche. Pour Rome, il s’agit avant tout d’« identifier les étapes d’un processus de stabilisation ». Son ministre des Affaires étrangères Enzo Moavero Milanesi avait précisé en octobre dernier que les débats se focaliseront sur une « approche inclusive » en vue de ramener la stabilité et la sécurité à la Libye. Il s’agit d’aboutir à une solution commune entre les parties protagonistes libyennes appelées à dépasser leurs différences d’opinion. Sur ce point, on peut au moins noter qu’il existe entre l’approche italienne et algérienne une convergence qu’il s’agit de mettre en avant d’autant plus que l’Algérie est considérée comme un partenaire de poids dans la recherche d’une sortie de la crise dans laquelle se débat violemment la Libye, menaçant par sa position géographique et l’ampleur de ses problèmes la sécurité en Méditerranée, au Maghreb et au Sahel. Alger et Rome coordonnent de façon permanente leurs efforts sur la situation dans ce pays et insistent sur la nécessité d’accompagner les efforts des Nations unis en vue d’arriver une solution.
Suspense autour de la présence de Haftar
Afin de disposer de tous les atouts, le Premier ministre italien a convié une partie importante des protagonistes libyens pour des discussions avant le début aujourd’hui de la conférence de Palerme. Il avait tenu à souligner que cette rencontre internationale est «pour la Libye et non pas sur la Libye ». Pour autant, sa mission demeure difficile et susceptible de se heurter aux logiques concurrentielles en vigueur dans le champ des acteurs libyens. C’est pour cette raison et pour d’autres que le président du Conseil italien, Giuseppe Conte, s’est rendu hier dimanche à Benghazi pour rencontrer le maréchal Khalifa Haftar, homme fort de l’est libyen aux ambitions de pouvoir affichées même s’il y a eu dans ses interventions récentes des déclarations laissant penser qu’il serait prêt à soutenir un plan international pour la tenue d’élections. Selon le gouvernement italien, M. Haftar avait été reçu fin octobre à Rome où il avait confirmé sa participation à la conférence, mais il semblerait qu’il serait à la recherche de garanties pour peser davantage dans le processus de normalisation recherché par l’ONU et les partenaires internationaux et régionaux.
Sa présence aujourd’hui en Sicile n’est d’ailleurs pas assurée car selon des médias libyens proches de l’Armée nationale libyenne (ANL) autoproclamée par le maréchal Haftar, ce dernier aurait décidé plus tard de boycotter la réunion, sans qu’aucune raison ne soit avancée. M. Conté est arrivé à Benghazi pour discuter avec le maréchal « des derniers développements de la conférence de Palerme », a indiqué à ce sujet l’AFP un haut responsable de l’ANL mais sans autre détail. Comme lors du sommet de Paris en mai dernier, M. Haftar est invité autour de la même table avec le chef du gouvernement d’union nationale (GNA) internationalement reconnu, Fayez al-Sarraj, le président du Parlement, Aguila Salah, et celui du Conseil d’Etat, équivalent d’une chambre haute à Tripoli, Khaled al-Mechri.