La concertation entre Alger et Paris sur le complexe dossier libyen semble bien en marche. Le ministre des Affaires étrangères, Abdelkader Messahel, a reçu hier à Alger, l’ambassadeur Frédéric Desagneaux, désigné récemment par le président français Macron en qualité d’envoyé spécial pour la Libye. Paris semble avoir touché l’importance de la case Alger dans le traitement de la question libyenne, un dossier que la France tente de reprendre en main.

M. Messahel a tenu à l’occasion de rappeler l’approche algérienne pour une solution politique de la crise libyenne à savoir « le dialogue inclusif comme seul moyen de règlement sous l’égide des Nations Unies ». Lequel processus doit aboutir à la mise en place d’institutions capables « de préserver la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Libye ainsi que son unité et la cohésion de son peuple, de même qu’à faire face aux nombreux défis auquel est confronté ce pays à commencer par la menace terroriste ». Le chef de la diplomatie a rappelé à cet effet les efforts déployés par l’Algérie pour rapprocher les différents acteurs libyens. Et la nécessité d’accompagner le représentant spécial du secrétaire général des Nations Unies pour la Libye Gassane Salamé qui devrait se déplacer incessamment en Algérie pour davantage de concertation sur la question. L’envoyé français s’est d’ailleurs « félicité » de la qualité et de la « régularité » de la concertation bilatérale algéro-française sur le dossier libyen. Sur le terrain la situation sécuritaire demeure toujours fragile. Le ministère libyen de l’Intérieur a annoncé avoir préparé un plan militaire et de sécurité afin de sécuriser la capitale Tripoli et sa banlieue, quelques jours après l’attentat-suicide revendiqué par Daech contre la Haute commission électorale libyenne. Mercredi des kamikazes ont attaqué le siège de la Haute commission électorale faisant 15 morts et 21 blessés.
Cette attaque est survenue alors que le gouvernement soutenu par l’ONU, en collaboration avec la Mission d’appui des Nations Unies en Libye (MANUL), s’apprête à organiser des élections parlementaires et présidentielles en Libye d’ici la fin de l’année, conformément aux recommandations du directeur de la MANUL, Ghassan Salamé.

L’inquiétude migratoire

Les Libyens tentent de remettre de l’ordre notamment sur l’épineux dossier de l’immigration. Le président du Conseil présidentiel du Gouvernement d’union nationale Fayez Al-Sarraj, a appelé à mettre sur pied un projet d’investissements conjoints entre la Libye et l’Italie, afin de mieux lutter contre l’immigration clandestine. Pour Al Sarradj, la mise en place d’un projet d’investissements conjoints pourrait contribuer à résoudre le problème de l’immigration clandestine pour les deux pays. « La promotion de la pêche maritime et la création de projets économiques et touristiques le long de la côte libyenne, ajoutées au développement de la région sud et à une gestion plus décentralisée, auront sans aucun doute un impact très positif sur les flux migratoires », a-t-il déclaré. En raison de l’insécurité et du chaos qui règnent en Libye, ce pays est devenu un important point de passage pour les milliers d’immigrés clandestins qui cherchent à traverser la Méditerranée pour atteindre l’Europe. Un phénomène qui met sous pression les pays de la rive nord de la méditerranée. Par ailleurs, les efforts de Tripoli de se sortir d’une situation de blocage politique et sécuritaire se font sentir de plus en plus. Le ministre libyen des Affaires étrangères Mohamed Siala a appelé la communauté internationale à soutenir la demande libyenne au sein du Conseil de sécurité de l’ONU de
« lever l’interdiction sur l’importation de certains types d’armes nécessaires à la lutte antiterroriste ». Des armes nécessaires à la lutte antiterroriste et à l’équipement de la garde présidentielle, a fait noter le chef de la diplomatie libyenne. L’activité de groupes extrémistes dont Daech est toujours perceptible sur l’un des plus grands territoires d’Afrique.   

Le cas Haftar

Le maréchal Khalifa Haftar considéré comme un personnage incontournable de la Libye poste Kadhafi semble définitivement hors-jeu dans l’échiquier politique de ce pays. Alors que son retour de France où il se faisait soigner pour un AVC avait suscité moult interrogations, son effacement médiatique prolongé confirme que son avenir politique est bien compromis. Dans une déclaration au journal «Al-Arabi Al-Jadid» dans son édition du dimanche, l’ex-conseiller politique du maréchal Khalifa Haftar, Mohammed Bouïssir, a affirmé que l’état de santé du chef de l’Armée nationale libyenne ANL
« ne lui permet pas de reprendre ses fonctions dans un proche avenir, après l’AVC qu’il a eu ». De quoi donner du crédit aux rumeurs sur son éventuel remplacement piloté notamment par certains acteurs étrangers. Son successeur le plus probable serait le général-major Abdeslam El-Hassi, commandant des opérations au sein de l’Armée nationale libyenne, une éventualité qui exclurait d’emblée l’actuel chef d’état-major, le général-major Abderrezak Nadhori.