Compte à rebours en Libye. Une dizaine de jours séparent désormais les Libyens de leur rendez-vous avec la première élection après une transition qui, si elle s’est accélérée depuis une année, n’a pas effacé les clivages politiques en cours depuis la chute du régime Kadhafi en 2011.

Synthèse DE Kahina Terki
A ce premier scrutin présidentiel, prévu officiellement pour le 24 décembre, près de 2,5 millions d’électeurs sont appelés à participer. Il reste que le terrain devant accueillir cette opération décisive pour les Libyens ne semble pas encore préparé. A dix jours du vote, la campagne électorale n’a pas encore commencé et la publication de la liste définitive des candidats a été reportée sine die, ce qui relance les pronostics les plus pessimistes quant à la tenue du scrutin dans les délais. Y aura-t-il un report ? Le gouvernement libyen se dit «prêt» à organiser l’élection. Dans les faits, la loi électorale demeure contestée par les parties libyennes concernées, le calendrier électoral a été modifié pour faire avancer l’élection présidentielle avant celle des législatives et certaines des figures en lice pour la présidence de la Libye à l’image du maréchal autoproclamé Khalifa Haftar sont soupçonnées de ne pas respecter le verdict des urnes s’il n’est pas en leur faveur. Dans les coulisses, des observateurs avancent également la donnée selon laquelle de nombreux acteurs internationaux engagés en faveur d’une telle ou telle partie libyenne ne sont pas favorables à la tenue d’une élection présidentielle en date du 24 décembre prochain. Des institutions fragmentées, l’absence d’Etat et de forces de sécurité et armées unifiées ou légitimes sont, par ailleurs, de véritables contraintes à l’organisation d’une consultation électorale sans risques. Pour Amanda Kadlec, ancienne membre du groupe d’experts de l’ONU sur la Libye, des questions de fond restent en suspens : «le seuil minimum d’infrastructures et les exigences de sécurité pour une élection libre et équitable ne sont pas réunis à ce stade», affirme-t-elle. «Des élections dans ces conditions juridiques et politiques déstabiliseraient certainement la Libye», observe Anas el-Gomati, directeur du Sadeq Institute. «Une victoire électorale de Seif (le fils de Mouammar Kadhafi) ou de Haftar entraînerait une guerre (provoquée) par ceux qui se sont opposés à Kadhafi en 2011 ou à l’assaut de Haftar sur Tripoli en 2019. La candidature de Dbeibah (le Premier ministre de la transition) est également contestée, il s’est engagé à ne pas se présenter, et ses opposants contesteraient sa victoire», résume-t-il. Le 1er décembre, le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a déclaré que les élections ne doivent pas être «une part du problème» avant de désigner l’Américaine Stephanie Williams en tant que Conseillère spéciale pour la Libye, après la démission du Chef de la Mission d’appui des Nations Unies dans ce pays (MANUL), le Slovaque Ján Kubiš. La diplomate qui connait bien le dossier libyen mène «les bons offices, les efforts de médiation et l’engagement avec les parties prenantes libyennes régionales et internationales afin de poursuivre la mise en œuvre du plan à trois volets (politique, sécuritaire et économique) de dialogue intralibyen et de soutenir la tenue d’élections présidentielle et parlementaires en Libye», selon un communiqué de l’ONU. n