La crise libyenne est à nouveau au centre des discussions internationales et fait l’objet aujourd’hui à Berlin sous l’égide des Nations unies de la deuxième conférence en complément de la première qui s’est tenue le 19 janvier 2020 dans la capitale allemande. L’enjeu est de capitaliser les résultats de ce premier round berlinois et pousser plus loin les puissances impliquées vers davantage d’efforts politiques et diplomatiques pour que les Libyens puissent voter le 24 décembre prochain, selon le calendrier onusien prévu, et parvenir à la mise à jour du dispositif politico-institutionnel leur permettant de stabiliser leur pays et relancer sa machine économique dont celle, essentielle, des hydrocarbures.

Par Anis Remane
Outre le respect du calendrier électoral, qui porte sur la tenue d’élections présidentielles et législatives, il s’agit également de redoubler d’efforts pour s’attaquer au problème visiblement plus complexe de l’évacuation des forces étrangères établies dans le pays, comme le souhaite la majeure partie des Etats du voisinage libyen, dont l’Algérie. Lundi 21 janvier, dans un entretien à Die Welt, le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas, a déclaré que «les forces et mercenaires étrangers doivent quitter la Libye progressivement sur un pied d’égalité». «Si nous voulons que les Libyens puissent jouir de l’autodétermination il faut que les forces étrangères s’en aillent», a-t-il ajouté, soulignant que «ce procédé est le seul à même d’éviter de créer un déséquilibre militaire dans le pays». «Le retrait des mercenaires et forces étrangères sur un pied d’égalité évitera de créer un déséquilibre militaire en Libye qui pourrait être utilisé par l’une des parties en conflit pour lancer une attaque surprise sur l’autre».
Le propos du chef de la diplomatie allemande confirme ainsi que le processus de réconciliation entre les parties libyennes en conflit n’est pas encore garanti et que des risques subsistent pour que le cessez-le-feu en vigueur depuis octobre 2020 entre le gouvernement de transition à Tripoli et le maréchal autoproclamé Khalifa Haftar en Cyrénaïque soit rompu. Il signale également que les puissances étrangères engagées pour ou contre ces deux parties trainent des pieds quant à l’évacuation de leurs forces. Heiko Maas regrette «le fait que les pays ayant promis de procéder au retrait de leurs forces et mercenaires de la Libye avant le 20 octobre 2020 n’ont pas tenu leur promesse». Les divisions entre les deux pouvoirs rivaux, en Tripolitaine et en Cyrénaïque, ont resurgi ces dernières semaines et l’envoyé des Nations unies pour la Libye, Jan Kubis, a lui-même reconnu en mai que les progrès concernant l’unification des institutions divisées et le retrait des forces étrangères étaient au «point mort».
En décembre 2020, l’ONU estimait à quelque 20.000 le nombre de mercenaires et combattants étrangers en Libye: des Russes du groupe privé Wagner, des Tchadiens, des Soudanais, des Syriens… Plusieurs centaines de militaires turcs sont eux aussi présents en vertu d’un accord bilatéral conclu avec le précédent gouvernement de Tripoli. Fin avril, la Ligue des Etats arabes, l’ONU, l’Union européenne et l’Union africaine avaient réclamé ensemble un retrait des forces étrangères. Une référence implicite à la Russie, la Turquie ou les Emirats arabes unis.
Pour autant, des signaux de progrès sont apparus durant ces derniers jours. Le gouvernement d’Abdelhamid Dbeibah, qui participe pour la première fois aujourd’hui au sommet de «Berlin II», a procédé à la réouverture de la route côtière reliant la Libye à la Tunisie à l’Ouest et l’Egypte à l’Est. Même si une partie de cette route stratégique reste encore sous le contrôle des forces pro Haftar, sa remise en service constitue une avancée symbolique importante.
L’émissaire spécial américain pour la Libye a déclaré, lundi, que les Etats-Unis discutent avec certains des acteurs clé du conflit en Libye du retrait des forces étrangères en amont des élections présidentielle et législatives de la fin de l’année. Richard Norland a souligné que l’un des principaux enjeux du double scrutin est de mettre en place un gouvernement légitime, crédible et aux pleins pouvoirs afin qu’il puisse contraindre les acteurs étrangers à retirer leurs soldats de Libye. «Ce sera un développement très important (…) mais nous ne suggérons pas qu’il faille attendre l’année prochaine pour tenter d’effectuer des progrès», a-t-il dit en amont du sommet berlinois d’aujourd’hui auquel prendra part le secrétaire d’Etat américain Antony Blinken. n