Au moins 12 personnes, 14 selon des sources sanitaires, ont trouvé la mort et sept autres ont été blessés dans l’attaque de la Haute commission électorale libyenne à Tripoli, hier, mercredi.

Selon des sources sécuritaires libyennes, quatre individus armés ont mené une attaque dans le bâtiment de la Haute commission électorale nationale (HNEC). « Ils ont abattu les gardes avant de tirer sur les personnes présentes sur les lieux », a précisé Mohamad al-Damja, un haut responsable de sécurité à Tripoli.
A l’arrivée des forces de sécurité, au moins deux kamikazes se sont fait exploser, a ajouté al-Damja, notant que le siège de la HNEC a été gravement endommagé et que les forces de sécurités contrôlent la situation. Dans un communiqué, le gouvernement d’union nationale (GNA) a notifié qu’il s’agit d’une « attaque terroriste » qui « n’empêchera pas le GNA de continuer à apporter son soutien à la HNEC ». « De telles attaques terroristes ne dissuaderont pas les Libyens d’avancer dans le processus de consolidation de l’unité nationale et de construction de l’Etat du droit et des institutions », a dénoncé pour sa part la Manul, mission onusienne en Libye, appelant « les autorités libyennes à poursuivre et traduire les auteurs de l’attaque en justice le plus rapidement possible ».
Cette attaque revendiquée par l’Etat islamique (Daech) est intervenue au lendemain de la 4e réunion du Quartet qui regroupe la Ligue des Etats arabes, l’Union africaine(UA), l’Union européenne (UE) et les Nations unies (ONU). Ce Quartet a réaffirmé, à l’issue d’une réunion au Caire, son engagement en faveur de la souveraineté, de l’indépendance, de l’intégrité territoriale et de l’unité nationale de la Libye, soulignant la volonté de poursuivre leurs efforts coordonnés et complémentaires à l’appui d’un processus politique inclusif, facilité par l’ONU, dans le cadre général de l’Accord politique libyen. Sa réunion a été présidée par le Secrétaire général de la Ligue des Etats arabes, Ahmed Aboul Gheit, en présence du Haut Représentant de l’UA pour le Mali et le Sahel, Pierre Buyoya, la cheffe de la diplomatie de l’UE, Federica Mogherini et Ghassan Salamé, représentant spécial du secrétaire général de l’ONU et chef de la mission d’appui de l’ONU en Libye. Le Premier ministre libyen a exprimé sa « satisfaction concernant le communiqué conjoint de la réunion du Quartet sur la Libye, qui souligne l’importance de l’organisation d’élections présidentielle et législatives avant la fin de cette année, afin de mettre fin aux étapes de transition et à l’état de division politique du pays ».
Néanmoins, l’attaque d’hier illustre encore une fois la fragilité et la complexité extrême de la situation libyenne depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011. Ses auteurs cherchaient clairement à saboter le processus de préparation électorale laborieusement mis en place dans un contexte où deux autorités se disputent aujourd’hui le pouvoir en Libye: le gouvernement d’union nationale (GNA) reconnu par la communauté internationale et basé à Tripoli, et un gouvernement parallèle exerçant son pouvoir dans l’est du pays avec le soutien du puissant maréchal Khalifa Haftar dont le sort politique est aujourd’hui lié à son état de santé. Le Quartet a d’ailleurs reconnu, dans un communiqué, que leur tenue «nécessite un contexte sécuritaire et politique favorable dans lequel toutes les parties s’engagent préalablement à respecter les résultats » des scrutins. D’après des sources libyennes, le siège de la HNEC a pris feu et a été gravement endommagé mais son président Imed al-Sayeh a assuré qu’une copie de la base de données des électeurs était « sauvegardée en lieu sûr ». « La commission est toujours forte et toujours capable d’organiser n’importe quel scrutin », a-t-il dit. Aucune date pour des élections n’a été encore fixée. Celles-ci doivent aussi être précédées par un référendum sur un projet de Constitution et la rédaction d’une loi électorale. En attendant, 2,4 millions d’électeurs ont été enregistrés par la HNEC, sur une population de 6 millions. L’Algérie a condamné « avec force » l’attentat. « Notre pays qui a toujours soutenu la Libye dans ses efforts de rétablissement de la paix, de la sécurité et de son unité nationale, demeure convaincue que cet acte lâche et ignoble, qui vise à saper les avancées réalisées, n’entamera en rien la détermination des Libyens à aller de l’avant sur la voie du dialogue et de la réconciliation nationale », a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Abdelaziz Benali Cherif.