Le président turc Recep Tayyip Erdogan a effectué hier mercredi une visite surprise à Tunis, où il a évoqué avec son homologue tunisien le conflit en Libye et les tensions régionales suscitées par un récent rapprochement entre Ankara et le gouvernement libyen d’union nationale(GNA).

M. Erdogan, qui a rencontré pour la première fois le président tunisien Kais Saied, entré en fonctions le 23 octobre, a déclaré lors d’une conférence de presse avoir évoqué la coopération avec la Tunisie pour aider à un règlement du conflit libyen. « Nous avons discuté des moyens de coopérer pour parvenir à un cessez-le-feu en Libye et relancer le processus politique », a dit le président turc, dont le pays appuie militairement le GNA, reconnu par l’ONU. « L’impact des développements négatifs en Libye ne se limite pas à ce pays mais touche aussi les pays voisins, en tête desquels la Tunisie », a ajouté M. Erdogan. « Il est nécessaire de faire instaurer un cessez-le-feu en Libye le plus rapidement possible », a-t-il insisté.  M. Erdogan a par ailleurs appelé la Tunisie, mais aussi le Qatar et l’Algérie à participer à la conférence internationale sur la Libye que doit organiser l’ONU début 2020 à Berlin. De son côté, Kais Saied a souligné « la complexité accrue » de la crise libyenne, et évoqué « le soutien du président Erdogan à une initiative tunisienne sur la Libye ». Annoncée lundi par M. Saied dans un communiqué, cette initiative appelle « tous les Libyens à s’asseoir à la table des négociations pour parvenir à une formule de sortie de crise ».  La Libye est déchirée entre deux pouvoirs rivaux: le GNA, basé à Tripoli (ouest), et dans l’est un pouvoir incarné par le général Khalifa Haftar, qui a lancé début avril une offensive pour conquérir la capitale. Celui-ci est soutenu par l’Arabie saoudite, l’Egypte et les Emirats arabes unis, des pays avec lesquels la Turquie entretient des relations tendues ou fraîches. La Turquie a été critiquée pour avoir conclu le mois dernier un accord militaire avec le GNA, ainsi qu’un accord de juridiction maritime, également en novembre. Ce dernier accord a notamment été dénoncé par la Grèce, qui y voit une atteinte à sa souveraineté maritime. Commentant les informations faisant état de la présence de mercenaires soudanais et russes aux côtés des forces pro-Haftar, M. Erdogan a déclaré: « Je me demande ce qu’ils font en Libye et à quel titre ces 5.000 Soudanais et ces 2.000 autres de la compagnie russe Wagner s’y trouvent. Qu’ont-ils à faire sur place et quelles sont leurs connexions? » « Si la Turquie est invitée (à envoyer des troupes), nous accepterons l’invitation car nous au moins nous avons un accord » avec le GNA, a poursuivi M. Erdogan. Dimanche, le président turc avait déjà déclaré que son pays augmenterait son soutien militaire à Tripoli si nécessaire, et sous toutes ses formes. « Nous évaluerons tous les types de soutien militaire, y compris au sol, sur mer et dans les airs si nécessaire », avait dit le dirigeant turc.n