Depuis le 30 mai dernier au moins, plusieurs personnalités de la transition en libyenne se sont rendus en Algérie pour discuter du déroulement du processus mis en place pour l’organisation d’élections dans leur pays à la fin de l’année – les premières depuis la chute de Kadhafi – et de solliciter l’appui des autorités algériennes.

Par Salim Benour
Deux responsables politiques libyens sont depuis hier en visite de travail de deux jours en Algérie. Il s’agit de deux membres du Conseil présidentiel libyen, Moussa al-Kouni et Abdullah Al-Lafi. Leur déplacement à Alger fait suite au déplacement, le 30 mai dernier, de la ministre des Affaires étrangères Nadjla al-Mangouche et du Premier ministre Abdelhamid Dbeibah. Il confirme le regain d’activité politique et diplomatique avec Tripoli et les autorités libyennes de transition chargées d’organiser des élections en décembre prochain, et mettre un terme au désordre institutionnel et sécuritaire dans le pays depuis la chute du dictateur Kadhafi en 2011. Dans une déclaration récente, le chef de l’Etat a indiqué que « les frères Libyens ont demandé à ce que la réconciliation libyenne se fasse en Algérie, et c’est ce qu’a confirmé le chef du gouvernement d’union nationale en Libye lors de sa dernière visite en Algérie ». Abdelmadjid Tebboune signale une dynamique nouvelle et d’autant plus intéressante à suivre qu’il s’inscrit désormais dans un contexte absolument nouveau confirmé par ses soins quand il a déclaré à la chaine qatarie Al Jazeera que l’Algérie était prête à intervenir au cas où Tripoli allait être prise par les troupes du maréchal autoproclamé Haftar. Le président de la République a rappelé que l’Algérie a refusé que Tripoli « tombe aux mains des mercenaires », précisant qu’« elle était prête à intervenir d’une façon ou d’une autre pour empêcher sa chute ».« Quand nous avons dit que Tripoli était une ligne rouge, nous l’avons fait sciemment et les concernés ont saisi le message », a-t-il affirmé, rappelant la position de l’Algérie qui a appelé, à la Conférence de Berlin, à la tenue d’élections générales en Libye sous l’égide des Nations Unies ».
L’indication importante de M. Tebboune est que l’option militaire de soutien au gouvernement de la transition est désormais confirmée en cas de besoin, ce qui atteste d’une orientation diplomatique et stratégique nouvelle pour l’Algérie en ce qui concerne la Libye où le processus de transition est encore fragile. Preuve en est l’attaque terroriste ayant ciblé un barrage de la police libyenne à l’entrée de la ville de Sebha (750 km au sud de Tripoli), en faisant plusieurs morts et blessés. « C’est un rappel fort que la grande présence des groupes armés et des éléments terroristes ne fait qu’aggraver les risques d’instabilité et d’insécurité en Libye et dans la région », a mis en garde, dans un communiqué, le chef de la Mission d’appui des Nations unies en Libye (Manul), Jan Kubis. Il a réitéré l’appel pour le lancement d’urgence des opérations d’unification des institutions militaires et de sécurité en Libye afin de renforcer la sécurité des frontières et de faire face à la menace terroriste et des activités criminelles. Pour rappel, un accord a été conclu en octobre 2020 entre les camps rivaux dans l’est et l’ouest de la Libye. Un gouvernement unifié et transitoire a été formé dans la foulée sous l’égide de l’ONU, pour mener le pays à des élections législatives et présidentielle prévues à la fin de l’année. La conférence de Berlin prévue le 23 juin prochain devra servir à soutenir le processus en cours dans le cadre de la transition actuelle et appuyer l’agenda du gouvernement Dbeibah. n