La conférence de Palerme dans la somptueuse villa Igiea où les principaux acteurs de la crise libyenne se sont retrouvés durant deux jours pour tenter de trouver une issue, s’est clôturée sur une note encourageante.

Le plan de paix des Nations unies mis à jour aura « fait consensus » chez les deux principales parties libyennes ; le Conseil présidentiel de Tripoli et ceux de Benghazi, « Haftar compris » annoncera le premier ministre Ahmed Ouyahia à l’issue de la conférence. Ce plan a proposé une conférence nationale au début de l’année prochaine et des élections présidentielle et législatives à convenir. Ouyahia a aussi indiqué que les démarches menées par l’Egypte d’unifier les forces militaires de la Libye « fait également consensus entre les deux principaux centres de pouvoir » dans ce pays. Le Premier ministre a émis le vœu que la conférence nationale qui se déroulera en Libye au printemps prochain puisse redonner la parole au peuple pour résoudre l’équation complexe que vivent les Libyens, à savoir « qui est le gouvernement légitime ». Ce rendez-vous sicilien a été néanmoins marqué par la position du Maréchal Haftar qui s’est distingué par une posture pour le moins ambiguë en étant présent à Palerme sans participer à la conférence. Cette attitude suscitera différentes lectures avec en toile de fond le clivage de plus en plus apparent entre Rome et Paris sur l’épineuse question libyenne. De son côté, l’Algérie par l’entremise du Premier ministre, a dressé la liste des véritables effets bloquants toute solution à la crise : les divisions entre libyens, l’influence de certaines « forces négatives », le faible soutien aux efforts de l’ONU et les nombreuses ingérences étrangères. Des éléments qui constituent autant de barrières pour une solution à la crise actuelle produit de l’intervention de l’Otan en 2011. Ouyahia a consenti que « la tâche de dépasser ces contraintes n’est pas facile, mais elle reste possible si la communauté internationale s’unit autour de quelques points de consensus possibles ». Le consensus reste évidemment l’élément recherché désespérément par les acteurs de la crise libyenne. Encourageant « la nécessité d’inscrire tous les efforts en soutien à ceux des Nations unies », le Premier ministre rappellera la nécessité de revenir au consensus et dépasser les différends. L’ONU propose aujourd’hui une démarche passant notamment par une Conférence nationale au début 2019 et des élections durant les premiers mois de l’année 2019.
« L’arrêt des interférences étrangères »
L’éventualité d’organiser des rendez-vous électoraux crédibles avant la fin de l’année en cours devenant quasi impossible au vu de la situation. D’autant plus que le désaccord entre Paris et Rome sur la question libyenne risque davantage de compliquer les efforts pour une sortie de crise et une remise sur rail d’un processus politique effective. Pour Alger la solution en Libye « exige un rapprochement entre Libyens et que, pour cela, ils devront dépasser leurs divergences et s’accepter dans leur pluralité politique et idéologique ». Un retour à la table des négociations des différents acteurs sans exigences préalables se présente comme la seule alternative possible aujourd’hui. « Dès lors que l’ONU offre aux Libyens une feuille de route pour les rapprocher, elle doit aussi les contraindre à avancer et que le Conseil de sécurité doit exercer sa pression et même des sanctions contre tout acteur libyen qui entraverait la mise en œuvre du Plan de paix » estimera le Premier ministre algérien. La question du rapprochement entre les acteurs libyens reste, en effet, un élément incontournable pour l’avenir du pays. A Palerme, Ouyahia a souligné qu’une telle option « nécessite l’arrêt des interférences étrangères », et que « chaque pays est en droit d’avoir ses propres ambitions en Libye, mais chacun doit admettre que la concrétisation de ces ambitions nécessite d’abord une Libye en paix, dans la préservation de son unité et de son intégrité ». « Sauvons donc d’abord la Libye avec les Libyens et l’ONU », a souligné Ouyahia appelant à « un soutien plein et entier au Plan de l’ONU, qui évitera une situation d’approches séparées et parfois divergentes ». Alger qui appelle les responsables libyens à « dépasser leurs propres ambitions au bénéfice de la Libye et de son peuple ainsi qu’au bénéfice de la stabilité de la région » exhorte la communauté internationale à « réparer les erreurs » commises dans ce pays. Le gouvernement italien entendait faire de ce rendez-vous de Palerme, qui fait suite à la conférence de Paris en mai dernier, l’occasion de resserrer les rangs derrière les Nations unies dont la feuille de route a été présentée jeudi à New York par l’émissaire de l’ONU Ghassan Salamé.