La librairie Chaïb Dzaïr de l’ANEP a rendu un vibrant hommage à la moudjahida Djamila Amrane, née Danielle Minne, décédée le 11 février dernier à l’âge de 78 ans, qui a tant donné à la Révolution algérienne.

Sid Ali Sekhri, qui a modéré la rencontre, a d’emblée rappelé que la disparition de la «grande moudjahida», décédée le 11 février 2017, a «coïncidé avec la Journée du Chahid et le jour de l’exécution par la guillotine de Fernand Yveton». Il affirmera que la défunte a ainsi rejoint «sa mère, la grande moudjahida Jacqueline Guerroudj avec qui elle partagea le combat pour l’indépendance de l’Algérie et les geôles de la prison de Serkadji à l’âge de 17 ans». Issue d’un milieu communiste français, nourrie d’idéaux de justice et d’internationalisme, a-t-il rappelé, «elle est allée jusqu’au bout de ses idées et de ses valeurs en rejoignant la Révolution algérienne et ses objectifs d’indépendance». «Elle fait partie de ces êtres capables de s’arracher de leurs origines et de résister aux discours colonialistes, pour s’engager aux côtés du peuple algérien, car considérant que c’est un combat des plus justes. Un engagement plein, en devenant membre du Réseau Bombes du FLN avant de rejoindre le maquis de la wilaya III où elle sera arrêtée à Bordj-Bou-Arreridj. Elle assistera à l’exécution de la moudjahida Raymonde Peschard et du professeur Belhocine», a encore déclaré le modérateur. L’héroïne, qui a chanté «Le temps des cerises» et «Kassaman» est l’auteure, entre autres, de «Formidables essais sociologiques rigoureux» préfacés par Pierre Vidal-Naquet et André Mandouze où, au passage, elle rend hommage aux femmes algériennes en leur portant une profonde attention et soulignant leur rôle pendant la guerre de Libération», dira encore Sekhri. Elle publiera également un ouvrage, tiré de sa thèse universitaire, portant sur 88 entretiens de différentes moudjahidate. Cet ouvrage a été réalisé entre 1978 et 1986 sous le titre «Des femmes dans la Guerre d’Algérie» (ED. Karthala 1994, Réed. Barzakh 2015). Dans ce livre elle parle des femmes qui ont rejoint leurs maisons après 1962. Présente à la rencontre-hommage, son amie la plus proche, Louisa Ighil Ahriz, dira avec pleins d’émotions que «Djamila Danielle me rappelle les moments atroces que nous avons vecus. Je la revois encore dans certaines prisons, nous étions très proches, même quand l’administration pénitentiaire essayait de nous séparer, nous avions toujours quelqu’un pour nous mettre en contact». L’historien Soufi a préféré lui parler de l’historienne qui a travaillé sur les mémoires, les témoignages des acteurs vivants et les archives que le ministère des moudjahidine a mis à sa disposition. «Elle était à l’origine d’un mouvement novateur dans l’écriture de l’histoire», a-t-il relevé. Les conférenciers clôtureront cet hommage en informant que c’est le colonel Amirouche en personne qui lui a donné le nom de Djamila et que c’est Yacef Saâdi et Abdelkader Guerroudj qui l’ont aidée pour rejoindre les rangs du FLN.