PAR NAZIM B.
Les mesures d’élargissement au profit de la centaine de détenus d’opinion, qui ont pu retrouver leurs familles dès mercredi soir, traduisent-elles une intention d’apaisement chez les autorités ?
Le nombre peut le suggérer tandis que dans les milieux militants engagés dans le mouvement populaire, on demeure sceptiques compte tenu du nombre de ceux qui demeurent encore en prison depuis plusieurs mois et des dernières arrestations suivies de mise en détention provisoire.
A l’évidence, c’est le contexte de la célébration de la fête de l’Indépendance et de la Jeunesse qui a servi de prétexte pour de telles mesures attendues du reste depuis longtemps. Mais il va sans dire que la question des détenus continue de constituer un facteur qui galvanise la contestation citoyenne contre les institutions. D’où, vraisemblablement, la volonté du gouvernement à lâcher du lest dans une période marquée par une montée des protestations pour diverses raisons, crise de l’eau potable, de liquidité bancaire, d’emplois et de recrutement dans le Sud…
C’est ainsi que 30 détenus «condamnés définitivement dans des affaires d’attroupement, de troubles à l’ordre public et d’autres actes y afférents» ont été graciés depuis mercredi dernier par décret présidentiel. Dans le même sillage, le premier magistrat du pays a décrété des mesures de grâce complémentaires en faveur de 71 autres détenus condamnés pour les mêmes actes «relâchés pour rejoindre leur famille» dès mercredi dernier.
Le 4 juillet, pour rappel, le président Tebboune avait décidé la libération des jeunes détenus dans une mesure d’élargissement annoncée la veille de la célébration de la fête d’Indépendance. Dix-huit prisonniers avaient été alors élargis et l’opération devait se poursuivre pour les autres, selon le ministère de la Justice. Avant ces mesures, le Comité national pour la libération des détenus (CNLD) avait parlé de 300 détenus pour des faits liés au mouvement populaire, un chiffre élevé qui a constamment suscité la désapprobation des avocats et des militants politiques.
«Gracier une dizaine de détenus d’opinion poursuivis pour attroupement, oui, mais cela reste insuffisant. Nous réclamons la libération de l’ensemble des détenus d’opinion. Tout comme, il faudrait que cesse toute cette répression qui cible les manifestants», avait soutenu Saïd Salhi, vice-président de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme, à l’annonce mardi de mesures d’élargissement pour les détenus. Il s‘agit, également, pour le même avocat, de «respecter les droits de l’homme et d’abroger toutes les lois liberticides», citant à titre d’exemple, l’article 87 bis du code pénal «qui constitue une menace avérée contre les droits humains».
Pour d’autres voix parmi les avocats et les acteurs politiques de l’opposition démocratique, ces mesures d’élargissement «ne valent rien si les poursuites contre les manifestants et autres acteurs politiques se poursuivent».