La communauté internationale a apporté son soutien hier à Paris, au Premier ministre, Saad Hariri, pour remettre le Liban sur les rails et lui éviter d’être aspiré dans la lutte d’influence régionale entre Iran et Arabie saoudite. «Il faut aider le Liban pour assurer sa sécurité et faire en sorte qu’il soit dissocié des autres crises de la région», a déclaré le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, sur les ondes de France Inter avant l’ouverture de la réunion.

«Le Liban est un pays souverain. Il faut qu’il le reste et qu’il n’y ait pas d’intervention extérieure qui vienne perturber sa stabilité», a-t-il insisté.
Le président français Emmanuel Macron, qui a aidé Saad Hariri à sortir de la crise provoquée par sa démission surprise et à reprendre ses fonctions, ouvrira cette réunion dans la matinée au Quai d’Orsay en présence du secrétaire d’État américain Rex Tillerson.
«C’est une forme de consécration, de relégitimation pour M. Hariri. La communauté internationale entérine le retour à une situation normale pour lui», analyse Hasni Abidi, directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen (CERMAM) à Genève. Les autres pays du Groupe international de soutien au Liban (GISL) – Russie, Chine, Grande-Bretagne, Allemagne, Italie-seront également représentés à la réunion, à un niveau non précisé, ainsi que l’Egypte, acteur clé du Monde arabe.
Saad Hariri, soutenu par Riyad, a démissionné le 4 novembre en accusant le puissant mouvement chiite du Hezbollah, qui fait partie de son gouvernement, et son allié iranien de «mainmise» sur le Liban. Sur l’échiquier régional, les pays arabes dénoncent l’influence militaire croissante de Téhéran – du Liban au Yemen en passant par la Syrie et l’Irak – à travers ses «bras armés», Hezbollah en tête. «Le message à l’Iran ce sera +ne poussez pas le Hezbollah à des actions à la fois au Liban et en dehors qui sont déstabilisatrices pour le Liban+», souligne une source diplomatique européenne qui participera à la réunion de Paris.
L’Arabie saoudite, soupçonnée d’avoir poussé Saad Hariri à la démission dans son obsession à contenir et contrer l’Iran, est aussi invitée à jouer un rôle plus constructif au Liban.
En donnant l’impression de retenir Saad Hariri contre son gré et de le chapeauter, Riyad a surtout contribué à fédérer les Libanais derrière leur Premier ministre et à le remettre en selle. «Le message à l’Arabie ce sera : +Jouez le jeu. Si vous avez peur de l’Iran au Liban, il faut renforcer l’Etat libanais en aidant son économie, son armée+», ajoute la source européenne.
Saad Hariri est revenu sur sa démission après avoir engagé des consultations avec tous les acteurs libanais, Hezbollah en tête, pour réaffirmer la «dissociation» ou «distanciation» du Liban des crises régionales. «La +dissociation+ sera le maître mot» de la réunion de Paris, note-t-on au Quai d’Orsay, même si l’on concède que le Hezbollah ne va baisser pour autant la garde militairement. La décision intempestive du président américain Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme la capitale d’Israël risque en outre de compliquer la donne. «La défense de Jérusalem est un des arguments du Hezbollah», constate Hasni Abidi. La réunion de Paris doit aussi déboucher dans les prochains mois sur un soutien accru à l’armée libanaise, socle de l’unité nationale, et à l’économie libanaise, souligne-t-on au Quai. «Elle est de nature à rassurer les bailleurs de fonds et de potentiels donateurs, comme la Banque Mondiale, le FMI…», estime Hasni Abidi. Le gouvernement libanais issu des législatives prévues en 2018 devra lancer un ambitieux programme de modernisation des infrastructures, chiffré à plusieurs milliards de dollars, nécessitant des financements internationaux.