Le Conseil de sécurité de l’ONU a décidé de prolonger le mandat de la force internationale déployée au Liban d’une année. Ses membres ont voté à l’unanimité, jeudi dernier, une résolution par laquelle ils prorogent le mandat de la FINUL jusqu’au 31 août 2019.

La Finul, qui compte actuellement 11 400 soldats, a été mise en place en 1978 par le Conseil de sécurité pour confirmer le retrait des troupes israéliennes du sud du Liban. Après la guerre de l’été 2006, opposant Israël au Hezbollah, son mandat a été renforcé. Le Conseil l’a chargée de contrôler la cessation des hostilités.
A cette force internationale, le Conseil de sécurité lui demande qu’elle « améliore son efficacité » dans sa zone de déploiement au sud-Liban durant son nouveau mandat. La résolution qu’il a adoptée insiste également sur l’obligation faite à « tous les Etats de prendre toutes mesures pour empêcher que leurs ressortissants, ou leurs territoires, en utilisant navires ou avions, vendent ou fournissent des armes à toute entité ou individu au Liban autres que ceux autorisés par le gouvernement ou la Finul ».
Cette résolution parrainée par la France répond à la demande du gouvernement libanais de « proroger le mandat de la force internationale pour une période d’un an sans amendement ». Par son contenu, le Conseil rappelle toutes les résolutions antérieures sur le Liban, ainsi que les déclarations de son président sur la situation au Liban et les déclarations de presse du 19 décembre 2016, du 27 mars 2018 et du 9 août 2018. Il exprime aussi son ferme soutien à l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance politique du Liban ; il « réaffirme son attachement à la mise en œuvre intégrale de toutes les dispositions de la résolution 1701 (2006) ; condamne avec la plus grande fermeté toutes les tentatives visant à menacer la sécurité et la stabilité du Liban », et met en garde en « soulignant » que les violations de la cessation des hostilités pourraient conduire à un nouveau conflit qu’aucune des parties ou la région ne peut se permettre. Il se déclare toutefois « préoccupé » par les progrès limités accomplis dans la mise en place d’un cessez-le-feu permanent et d’une solution à long terme, comme prévu dans la résolution 1701. Il « appelle » toutes les parties concernées à redoubler d’efforts notamment en recherchant des solutions concrètes avec le coordinateur spécial du secrétaire général et avec le nouveau commandant de la Finul. Le Conseil exprime toutefois « sa profonde préoccupation » face à toutes les violations de ladite résolution, rappelant l’importance du contrôle que le gouvernement libanais devrait exercer sur tout son territoire. Le Conseil réaffirme également la nécessité d’un déploiement efficace et durable de l’armée libanaise dans le sud du Liban et dans les eaux territoriales libanaises à un rythme accéléré afin de mettre pleinement en œuvre les dispositions de la 1701. Il demande aussi au gouvernement libanais d’élaborer un plan visant à accroître ses capacités navales, y compris avec le soutien de la communauté internationale, dans le but de réduire à terme le groupe de travail maritime de la Finul et de transférer ses responsabilités aux forces armées libanaises en liaison étroite avec le renforcement effectif des capacités maritimes.
Interminables tractations politiques et un exécutif qui tarde à voir le jour
Il souligne aussi l’importance et la nécessité de parvenir à une paix globale, juste et durable au Proche-Orient sur la base de toutes ses résolutions pertinentes, y compris les résolutions 242 du 22 novembre 1967, 338 du 22 octobre 1973, 1515 du 19 novembre 2003, et 1850. Il se « félicite » par ailleurs des progrès réalisés en vue de la réactivation des institutions de l’État et de la tenue récente des élections législatives, les premières depuis 2009, tout en appelant « sans plus tarder à la formation d’un nouveau gouvernement » qui tarde à voir le jour.
Plus de trois mois après les premières législatives depuis neuf ans et la reconduction du Premier ministre Saâd Hariri, les tractations s’éternisent. Les causes du retard « sont liées au partage des postes ministériels revendiqués par chaque groupe politique», assure Nadim Mounla, conseiller du Premier ministre désigné. Le Liban est régi par un fragile équilibre entre les différentes communautés religieuses, et les grands partis qui les représentent adoptent par consensus les décisions majeures de la vie politique, ce qui prête le flanc à d’interminables tergiversations.
En 2009, il avait fallu à M. Hariri cinq mois pour mettre en place une équipe ministérielle, contre dix mois à l’ancien Premier ministre Tamam Salam (2013-2014). « Certes nous avons connu pire auparavant, mais le contexte est désormais différent. Nous sommes face à une urgence économique », confie à l’AFP Alain Aoun, député et neveu du chef de l’Etat.
La guerre en Syrie voisine, qui a cristallisé les différends entre partis politiques libanais, n’arrange pas les choses. La formation du gouvernement est également ralentie par le débat épineux sur le type de relations à avoir avec le régime de Bachar al-Assad. Pour certains partis pro-Damas, comme celui du président Aoun ou le puissant mouvement chiite du Hezbollah qui combat en Syrie aux côtés des forces loyalistes, le président Assad, qui enchaîne les victoires dans son pays, est incontournable.
Dans l’autre camp, les partis traditionnellement opposés au régime syrien, comme le Courant du futur –la formation de M. Hariri–, refusent de légitimer le pouvoir de Damas. Cette semaine, Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah qui comptait plusieurs ministres dans le gouvernement sortant, a appelé à se concentrer sur la politique intérieure. « Formez le gouvernement. La question des liens avec la Syrie, nous la discuterons après », a-t-il lancé. Selon les observateurs de la scène libanaise, l’enlisement actuel retarde le déblocage de l’aide accordée au Liban par la communauté internationale. Celle-ci s’était engagée en avril à hauteur de 11,5 milliards de dollars en prêts et dons, dans le cadre de la conférence économique pour le développement par les réformes et les entreprises, CEDRE. Les montants promis sont essentiellement affectés à des projets spécifiques d’infrastructures. Mais ces projets ne peuvent être débloqués avant qu’un gouvernement ne les entérine. Les réactions à l’international n’ont pas tardé à fuser. En juillet, la Banque mondiale –qui a promis quatre milliards de dollars à CEDRE–, précédée par le Conseil de sécurité, ont mis en garde contre les retombées du retard. Mais, assure M. Mounla, le processus du programme CEDRE se poursuit en coulisses. « Un ou deux mois (de retard) supplémentaires ne compromettront pas une stratégie étalée sur dix ans, voire plus», veut-il croire. Mais l’économie libanaise, largement fragilisée par sept ans de conflit en Syrie, s’est encore détériorée depuis le début de l’année. L’impasse actuelle « a un impact indéniable sur les investissements et par conséquent sur la croissance », affirme Marwan Barakat, économiste en chef à la Bank Audi. «Sur onze indicateurs que nous suivons, sept étaient dans le rouge au cours des sept premiers mois de l’année », indique-t-il. Parmi eux, les permis de construire, qui reflètent la santé du secteur immobilier, ont chuté de 20,1%. Les craintes d’une possible dévaluation monétaire se sont aussi accentuées, propulsant les taux d’intérêt bancaires sur les dépôts en livres au-delà de 10% pour enrayer toute dégringolade. La croissance économique avait déjà oscillé autour de 1% ces troisdernières années, contre plus de 9% à la veille de la guerre en Syrie, selon le FMI. La dette du pays atteint 82,5 milliards de dollars, soit 150% du PIB. Mardi, M. Hariri a rappelé « la responsabilité (…) de toutes les parties afin d’éviter une détérioration économique». « Si le gouvernement n’est pas formé bientôt, je dénoncerais tous ceux qui entravent sa formation », a-t-il averti.