Le Premier ministre libanais Hassan Diab en poste depuis janvier dernier après la démission de Saad Hariri et de son équipe a annoncé, hier soir, la démission de son gouvernement après le départ de plusieurs membres de son équipe sous la pression de la rue qui rend la classe politique responsable de l’explosion dévastatrice au port de Beyrouth. La déflagration gigantesque qui a fait au moins 160 morts, plus de 6 000 blessés et détruit une partie de la capitale, le 4 août, était la catastrophe de plus dans un pays mis à genoux par une crise économique inédite aggravée par l’épidémie de la Covid-19.

A la tête du gouvernement depuis près de sept mois, M. Diab s’est adressé à la nation à 19H30 locales (16h30 GMT) pour annoncer la démission de son équipe contestée. Durant une réunion du cabinet, «la plupart des ministres étaient en faveur d’une démission», selon Vartiné Ohanian, ministre de la Jeunesse et des Sports. Depuis dimanche, et face aux protestations d’une population éreintée, quatre ministres ont déjà présenté leur démission, celui des Finances Ghazi Wazni, celle de la Justice Marie-Claude Najm, celle de l’Information Manal Abdel Samad et celui de l’Environnement Damianos Kattar. Le départ général de l’Exécutif ne devrait, cependant, pas satisfaire le mouvement de protestation populaire qui réclame le départ de toute la classe politique accusée depuis des mois de corruption et d’incompétence.
Samedi, M. Diab avait indiqué qu’il était prêt à rester dans ses fonctions pendant deux mois, jusqu’à l’organisation d’élections anticipées dans un pays dominé par le mouvement armé du Hezbollah, un allié de l’Iran et du régime de Bachar al-Assad, en Syrie. Mais la pression de la rue est trop forte. Lors des manifestations samedi et dimanche, réprimées par les forces de sécurité, les protestataires ont appelé à la «vengeance» et réclamé des comptes à une classe politique totalement discréditée et qui n’a apporté aucune aide significative à la population après l’explosion. Les élections anticipées ne sont pas une des principales revendications de la rue, car le Parlement est contrôlé par les forces traditionnelles qui ont élaboré une loi électorale calibrée pour servir leurs intérêts.» Tous veut dire tous», ont clamé ces deux derniers jours les manifestants, appelant au départ de tous les dirigeants. Des effigies de nombreux d’entre eux, dont Michel Aoun et Hassan Nasrallah, ont été accrochées à des cordes de pendus lors des rassemblements.

Désespoir des familles des disparus
Six jours après ce drame, les autorités n’ont toujours pas répondu à la principale question : pourquoi une énorme quantité de nitrate d’ammonium était entreposée au port, au beau milieu de la ville ? C’est un incendie dans l’entrepôt où étaient stockées 2 750 tonnes de nitrate depuis six ans sans «mesures de précaution», de l’aveu même de Hassan Diab, qui a provoqué l’explosion. Le président Michel Aoun, lui-même contesté, a rejeté une enquête internationale. Et les autorités n’ont pas communiqué sur le déroulement de l’enquête locale.
Alors que les Libanais continuent d’enterrer leurs morts, les secouristes ont désormais perdu tout espoir de retrouver des survivants de l’explosion. Au grand désespoir des familles des disparus qui accusent les autorités d’avoir tardé à organiser les recherches. Moins de 20 personnes sont toujours disparues selon les autorités. Dimanche soir, des habitants ont allumé des bougies sur une corniche surplombant le port pour rendre hommage aux victimes. Dans le même temps, des heurts ont opposé dans le centre-ville pour la deuxième journée consécutive manifestants et forces de sécurité qui ont tiré gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc.
Le drame a relancé la contestation populaire déclenchée le 17 octobre 2019 pour également dénoncer la corruption des dirigeants mais qui s’était essoufflée avec la pandémie de coronavirus. La communauté internationale, qui depuis des années réclame au pouvoir libanais des réformes et une lutte contre la corruption, a bien montré, lors d’une visioconférence dimanche co-organisée par la France et l’ONU, qu’elle ne lui faisait plus confiance. Elle a annoncé qu’elle allait «directement» distribuer à la population les 252,7 millions d’euros d’aide aux victimes de l’explosion.<