L’ex-ministre et universitaire libanais soutenu par le puissant mouvement chiite Hezbollah, musulman sunnite de confession mais rejeté par le bloc sunnite en raison du soutien que lui apporte le Hezbollah chiite, Hassan Diab, a été désigné Premier ministre avant-hier jeudi.

M. Diab a récolté 69 voix lors des consultations parlementaires, en majorité du Hezbollah et de ses alliés, dont le Courant patriotique libre (CPL) fondé par le président Aoun et le parti chiite Amal de M. Berri. En revanche, il n’a pas obtenu le soutien des hauts responsables sunnites, au premier rang desquels le parti (Courant du Futur) du Premier ministre démissionnaire Saad Hariri.
 Un temps pressenti pour être reconduit dans ses fonctions, l’ancien Premier ministre Hariri a dit mercredi qu’il renonçait à sa succession. « J’ai sérieusement oeuvré à répondre à la demande (des manifestants, ndlr) d’un gouvernement de technocrates, que je considérais comme le seul capable de résoudre la grave crise sociale et économique », a commenté M. Hariri. Mais selon lui, l’opposition de ses rivaux politiques à sa proposition l’a poussé à renoncer.  Des dizaines de soutiens de M. Hariri se sont rassemblés après l’annonce du président devant la résidence de M. Diab pour chanter des slogans en faveur de leur champion. « Nous sommes ici pour dire que nous rejetons Hassan Diab car il n’a reçu le soutien que de six parlementaires sunnites », explique à l’AFP l’un d’entre eux.   M. Hariri a répondu en appelant ses supporters à la retenue et à ne pas descendre dans la rue. Un appel qui n’a pas été écouté puisque des écoles sont restées fermées à Tripoli et des manifestants ont bloqué hier vendredi plusieurs axes routiers au Liban pour dénoncer la désignation d’un Premier ministre soutenu par le mouvement chiite Hezbollah.
Agé de 60 ans, le nouveau Premier ministre Hassan Diab, un universitaire et ancien ministre de l’Education peu connu du grand public, a été désigné jeudi au terme d’un vote lors de consultations parlementaires menées par le chef de l’Etat, Michel Aoun, conformément à la Constitution.
Vers un gouvernement au « visage du Liban »…
Sa nomination a été soutenue par le Hezbollah et ses alliés, dont le parti du président, mais n’a pas recueilli le soutien du principal bloc parlementaire sunnite du pays, présidé par le Premier ministre sortant Saâd Hariri. La désignation de M. Diab, qui se présente comme indépendant et « technocrate », intervient deux mois après le début le 17 octobre d’un mouvement de contestation inédit contre la classe dirigeante ayant entraîné 12 jours plus tard la démission de M. Hariri. M. Diab, cité par la chaîne de télévision allemande Deutsche Welle, a promis de « former un gouvernement de technocrates indépendants (…) qui ne ressemblent pas aux anciens gouvernements », comme l’exigent les contestataires. M. Diab a été ministre de l’Education dans un cabinet dominé par le Hezbollah et ses alliés en 2011, après l’effondrement d’une coalition déjà dirigée à l’époque par Saad Hariri. « C’est ridicule » d’affirmer que le prochain gouvernement sera dominé par le Hezbollah, a assuré M. Diab, assurant que son cabinet « portera le visage du Liban et ne sera pas le gouvernement d’une seule faction politique ». Au bord de l’effondrement économique, le Liban vit depuis le 17 octobre au rythme d’un soulèvement populaire inédit contre l’ensemble de la classe dirigeante, accusée de corruption et d’incompétence. Ayant obtenu la démission de M. Hariri et de son gouvernement le 29 octobre, les manifestants réclament inlassablement la formation d’un cabinet de technocrates indépendants du sérail politique au pouvoir depuis la fin de la guerre civile (1975-1990). La Banque mondiale prévoit une récession pour 2019 (au minimum -0,2%). La communauté internationale a conditionné toute nouvelle aide financière à la formation d’un cabinet réformateur. Et un gouvernement dominé par le Hezbollah, cible de sanctions par les Etats-Unis qui le considèrent comme une organisation «terroriste», risque de compliquer l’accès à cette aide.n