Deux puissantes explosions successives, provoquant un immense champignon de fumée dans le ciel, ont secoué, hier, Beyrouth faisant de nombreuses victimes, selon un bilan non exhaustif, et semant la panique dans la capitale libanaise.

L’origine des explosions, qui ont brisé les vitres de nombreux immeubles et magasins à des kilomètres à la ronde, n’était pas connue mais les hypothèses d’une tentative de déstabilisation du pays ne manquent pas. Des vidéos chocs diffusées sur les réseaux sociaux montrent une première explosion suivie d’une autre qui provoque un gigantesque nuage de fumée. Selon des témoins, les déflagrations ont été entendues jusqu’à la ville côtière de Larnaca, à Chypre, distante d’un peu plus de 200 km des côtes libanaises.
«L’explosion a eu lieu dans le port de Beyrouth et a provoqué des dizaines de blessés», a indiqué une source de sécurité, sans fournir davantage de détails. Les médias locaux ont diffusé des images de personnes coincées sous des décombres, certaines couvertes de sang. Des témoins ont raconté avoir vu dans le secteur du port des dizaines de blessés à terre.
Le secteur du port a été bouclé par les forces de sécurité, qui ne laissent passer que la défense civile, les ambulances aux sirènes hurlantes et les camions de pompiers, selon les agences de presse. Aux abords, les dégâts matériels et destructions sont importants. Et les sirènes de la défense civile retentissent dans toute la ville.
Après les explosions, de nombreux habitants dont certains blessés, marchaient à pied vers des hôpitaux dans plusieurs quartiers de Beyrouth. Dans le quartier d’Achrafieh, des blessés se sont rués vers l’hôpital Hôtel Dieu. Devant le centre médical Clémenceau, des dizaines de blessés dont des enfants, parfois couverts de sang, attendent d’être admis. Presque toutes les vitrines des magasins du quartier de Hamra (ouest) ont volé en éclats tout comme les vitres des voitures. Des voitures, avec leurs airbags gonflés, et aussi des bus ont été abandonnés au beau milieu des routes et de l’autoroute proche du port, rapportent les correspondants de presse.
Le 14 février 2005, un attentat spectaculaire provoqué par une camionnette bourrée d’explosifs avait ciblé le convoi de Rafic Hariri, le tuant ainsi que 21 autres personnes et faisant plus de 200 blessés. La déflagration avait provoqué des flammes hautes de plusieurs mètres, soufflant les vitres des bâtiments dans un rayon d’un demi-kilomètre. Vendredi, le Tribunal spécial pour le Liban (TSL), basé au Pays-Bas, doit rendre son verdict dans le procès de quatre hommes, tous membres présumés du puissant mouvement libanais Hezbollah, accusés d’avoir participé en 2005 à l’assassinat de Rafic Hariri. Le Liban connaît sa pire crise économique depuis des décennies, marquée par une dépréciation monétaire inédite, une hyperinflation, des licenciements massifs et des restrictions bancaires drastiques, qui alimentent depuis plusieurs mois la grogne sociale. Il y a une semaine, après des mois de calme relatif, Israël a dit avoir déjoué une attaque «terroriste» et ouvert le feu sur des hommes armés ayant franchi la «Ligne bleue» séparant le Liban et Israël, avant qu’ils ne repartent côté libanais. Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a attribué l’infiltration au Hezbollah, un mouvement armé que l’Etat hébreu considère comme son ennemi. Accusé de «jouer avec le feu», le Hezbollah a démenti toute implication. <