Des manifestants en colère au Liban ont tenté de prendre d’assaut samedi soir des agences de la Banque centrale dans deux grandes villes du pays, a rapporté l’agence nationale d’information ANI après une nouvelle dépréciation record de la monnaie nationale sur le marché noir.

Samedi après-midi, deux changeurs interrogés par l’AFP ont indiqué que le dollar s’échangeait à 17.500 livres libanaises sur le marché noir, un troisième citant lui le chiffre de 17.300 livres. Sur les réseaux sociaux, certains utilisateurs ont évoqué le seuil des 18.000 livres. A Tripoli (nord), des dizaines de manifestants ont défilé pour dénoncer la dépréciation et «les conditions de vie difficiles», selon ANI. Des manifestants ont pu «arracher le portail en fer d’une agence de la Banque du Liban et pénétrer dans la cour extérieure», mais «l’armée les a empêchés» d’atteindre le bâtiment, selon la même source. Ils ont aussi mis le feu au portail du Sérail, le siège du gouvernorat du Nord, selon une correspondante de l’AFP, tandis que des contestataires se sont rassemblés devant les domiciles de deux députés et ont tenté en vain de forcer le passage, malgré la présence de gardes. «Quand les manifestants sont arrivés devant le domicile du député Mohamed Kabbara, des coups de feu ont été entendus, provoquant une bousculade, l’armée est intervenue pour (…) éloigner les protestataires», selon l’agence ANI. A Saïda (sud), des manifestants ont également tenté de prendre d’assaut une agence de la Banque du Liban avant d’être repoussés par les forces de l’ordre, selon ANI. Depuis le début de la crise à l’automne 2019, l’une des pires dans le monde depuis 1850 selon la Banque mondiale, la livre libanaise s’est effondrée face au billet vert. Il y a à peine dix jours, elle avait atteint un plus bas historique, frôlant les 15.500 livres pour un dollar. Le taux officiel, observé depuis plus de deux décennies, est lui toujours fixé à 1.507 livres pour un dollar. La crise s’accompagne actuellement d’une pénurie de carburant qui provoque des files interminables devant les stations essence. Le pays connaît une explosion du chômage et de l’inflation, qui ont accéléré une paupérisation à grande échelle, la moitié de la population vivant désormais sous le seuil de pauvreté, selon l’ONU. Alors que le pays commémore le 4 août le premier anniversaire de l’explosion au port de Beyrouth qui a fait plus de 200 morts, un nouveau gouvernement attendu depuis des mois n’a toujours pas été formé.
(AFP)