En ce mois d’août, la capitale libanaise est aussi chaude et humide qu’Alger en cette période. Les touristes ou hommes d’affaire algériens de passage au Liban ne risquent pas d’être dépaysés côté climat ! Côté encombrements non plus d’ailleurs.

Dès la sortie de l’aéroport Rafik-el-Hariri, exclusivement international, les lignes intérieures étant inexistantes, les voyageurs sont confrontés à des embouteillages interminables, rendant la circulation difficile sur les principales artères de Beyrouth. Cela dit, l’encombrement a des avantages pour les touristes. Cela leur permet d’avoir le temps de mieux observer la ville. Découvrir, par exemple, le camp Sabra et Chatila, toujours occupé par quelques Palestiniens, situé à proximité de l’aéroport. Il ressemble, en fait, plus à un cantonnement de bidonvilles qu’à un véritable campement, entachant ainsi une capitale qui se veut moderne et qui se construit. Une ville qui se reconstruit plutôt après avoir été détruite par la guerre quelques années plus tôt. Des immeubles flambants neufs ont remplacé les anciens édifices, dans une architecture très recherchée, développée en longueur. La ville étant petite, de même que tout le pays, le moindre espace est exploité et mis en valeur. De même que les sites touristiques et archéologiques, très bien préservés. Des atouts que le pays exploite pour attirer les touristes. D’ailleurs, afin de s’assurer leur affluence, ces derniers n’ont pas à trop se préoccuper du visa. Ils peuvent l’obtenir, une fois sur place, à l’aéroport Rafik-el-Hariri. Toujours en matière du tourisme, des hôtels de marques internationales mais aussi locales se multiplient dans la région de Jounieh surtout. Un quartier résidentiel, habité en grande partie par des chrétiens. Une région qui donne autant sur la mer que sur le mont du Liban où ce que les autochtones appellent «Djebel Loubnane».

Un pays qui se construit
Là, plusieurs hôtels sont édifiés, entre et 4 et 5 étoiles, occupés pour la plupart par des touristes en cette saison estivale. Le vieux quartier de Jounieh, tout en pierres, est transformé, durant la saison estivale, en une sorte de braderie, abritant artisans, jeunes vendeurs ambulants, restaurants, cafés et une grande scène sur laquelle se produisent différents groupes de musique. L’un de ces groupes a même repris des chansons algériennes, « Zina de Babylone », que tout le monde semble connaître par cœur. Les artisans ont l’art et la manière d’attirer les touristes. Bons parleurs, ils réussissent souvent à bien vendre aux clients. L’endroit scintille de milles lumières, nécessitant une consommation importante d’électricité. Une énergie qui semble, pourtant, manquer au Liban. Ce déficit est constaté en particulier dans l’ancienne ville phénicienne Sidon ou Saïda, qui surplombe la mer au Sud du Liban, habitée par des musulmans pour la plupart. La ville abrite l’un des sites touristiques phares du pays, à savoir la forteresse templière, construite en 1227 par les Croisés. On l’appelle aussi la forteresse de terre sainte ou bien le château de la mer. Dans le vieux marché de la ville, beaucoup de commerces sont dépourvus d’électricité, boucheries y compris. Cependant, «les boucheries ne souffrent pas trop du manque d’électricité, car elles égorgent les bêtes sur place et vendent la viande le même jour. La viande n’a pas le temps de pourrir», assure l’un des habitants de ce vieux quartier qui tient un café. Ce dernier, tout en proposant de délicieuses citronnades aux touristes, tourne en boucle les chansons de Fairouz. Ici, contrairement à Jounieh et même à Beyrouth, on arrive à sentir le parfum du vieux Liban. «Les Libanais, notamment chrétiens, veulent tellement ressembler aux Européens qu’ils ont mis un trait sur leurs traditions», déplore un Libanais d’origine arménienne. Le quartier des Arméniens est très différent des autres quartiers de Jounieh ou de Beyrouth.

L’electricité vaut de l’or
Les magasins et les boutiques sont à l’européenne ainsi que les trottoirs tout en pavés. A Beyrouth ou à Jounieh, les trottoirs sont pratiquement inexistants. Les Libanais ne semblent pas aimer marcher et préfèrent prendre un taxi même si leur destination est à quelques mètres. Si on se réfère aux grandes affiches de nourritures ou de produits cosmétiques et fashion suspendues au-dessus des routes principales de Jounieh ou de la capitale, on pourrait dire que les Libanais sont une population de consommateurs par excellence. Sans oublier les bolides de luxe de marques internationales. Quel contraste avec les minibus empruntés par le petit peuple. «Ici, les apparences comptent plus que tout. Les gens contractent des dettes pour acheter des voitures de luxe et se pavaner avec. Même pour fréquenter les lieux très branchés, on contracte des dettes ! L’essentiel, c’est de se montrer», confient des Libanais, issus de la basse classe. A propos des minibus, ils n’obéissent pas à un timing bien précis. Etant privé, chaque propriétaire fixe les horaires qui lui conviennent. Les autochtones s’en accommodent bien. Mais ce n’est pas le cas des étrangers. D’autant plus que ces derniers payent plus cher les prix de transport que les habitants. Les taxis sont excessivement chers pour les touristes. Pour un aller simple de 30 minutes de Beyrouth à Jounieh, le chauffeur exige 20 dollars ! De façon générale, la vie est excessivement chère au Liban et la valeur de leur devise est en dégringolade. En plus d’une économie faible, le pays doit faire face aux conflits, palpables, entre les différentes confessions religieuses. A Beyrouth, surtout, on peut percevoir cette différence religieuse par la présence de plusieurs églises et de multiples mosquées côte-à-côte. De la route principale de la capitale, les étrangers sont plutôt surpris de voir les croix des églises pointées à proximité des minarets. Dans les quartiers habités par la communauté chrétienne, l’appartenance religieuse est affichée non seulement par la présence des églises mais aussi par les sculptures de différentes dimensions de Marie la vierge, de Jésus et des saints. Une réplique très ressemblante de la basilique Notre-Dame d’Afrique se dresse sur le rocher «Harissa», à Jounieh, baptisée la basilique Notre-Dame de Liban.

Un tourisme solide
Elle est construite à côté d’une vieille chapelle, érigée en sanctuaire, surmontée d’une statue géante de Marie la vierge, donnant sur Beyrouth à gauche et sur Jounieh à droite. Un lieu de pèlerinage qui attire en particulier les touristes étrangers de confession chrétienne. Parmi les confessions religieuses aussi, les Druze. Une communauté à part, très secrète, très renfermée sur elle-même, nous dit-on. Même les Libanais des autres confessions ne connaissent pas grand-chose de leurs pratiques religieuses. «D’après les informations que nous avons pu récolter, les Druzes ont pris ce qui les arrange de l’islam, du christianisme et de judaïsme. Ils ne font pas carême, par exemple, durant le Ramadhan, mais célèbre la fête de l’Aïd el Adha. Ils ne se marient qu’entre eux et ne fréquentent pas les étrangers. Ils s’habillent à l’ancienne dans des costumes traditionnels», relève un guide touristique. Ce dernier, d’ailleurs, se montre très réticent à dévoiler certains aspects de l’histoire du Liban. La guerre civile notamment. Il donne des versions différentes sur l’appellation de certains endroits, tels que Oued el Mout, «le ruisseau de la mort», qui alimente Beyrouth en eau potable. Selon lui, il est baptisé ainsi en raison des inondations que provoque l’oued en période de pluies, détruisant les récoltes agricoles. Mais d’après un Syrien résidant au Liban depuis des années, ce oued est baptisé ainsi en raison des cadavres de musulmans qui flottaient dans ses eaux durant la guerre civile. C’est dans le village Dir el Qamar, dressé sur le mont Liban, dans la région du Chouf, à 38 km de Beyrouth, où on peut apercevoir les Druzes dont la tenue traditionnelle ressemble à s’y méprendre à celle des Mozabites avec la même «arraqiya». C’est dans la région de Chouf aussi où se situe l’ancienne ville «Beiteddine», habitée en majorité par les maronites, capitale de l’émirat du mont Liban. Le palais royal, édifié au XIXe siècle, est très bien conservé, dont une aile a été aménagée comme résidence d’été pour le président de la République. D’ailleurs, tous les sites touristiques, archéologiques, tels que Byblos, sont bien préservés et mis en valeur. En matière de tourisme, nos agences de voyage ont beaucoup à apprendre de leurs homologues libanais ainsi que des responsables officiels chargés de ce secteur d’ailleurs. Dans chaque site touristique au Liban, un espace est aménagé pour l’artisanat et autres animations. Les touristes du coup profitent aussi bien des sites que des loisirs. Dans la région des cèdres, par exemple, sur les hauteurs du Liban, où la dépouille du philosophe et artiste-peintre Khalil Gibran Khali repose dans une vieille grotte aménagée en couvent d’abord, puis en musée, les touristes, après avoir visité les lieux, font une halte du côté des artisans où sont exposés toutes sortes de bibelots fabriqués à base de bois de cèdre. Au Liban, les opérateurs ne se contentent pas d’attirer les touristes, ils les poussent à revenir et pourtant, tout le pays peut être visité en une matinée ! Ils ont tout simplement l’art et la manière qui manquent terriblement à nos agences. Alors que le partenaire libanais remplit parfaitement sa part de contrat, une fois le touriste sur le sol libanais, nos opérateurs s’y prennent à la dernière minute pour régler la paperasse des visas et remettre les billets d’avion. Des voyageurs nationaux se plaignent de n’avoir obtenu leurs billets d’avion que le jour même du départ ver le Liban, à l’aéroport d’Alger. «On nous a dit que les frais du visa sont compris dans le prix du voyage. Ensuite, on nous a prévenus, bien plus tard, que le visa est octroyé à l’arrivée, au Liban, et que les frais nous seront remboursés. Mais certains n’ont pas été remboursés ! Ce qui nous a stressés, alors qu’on était censés nous détendre. Franchement, ce n’est pas sérieux !», rapportent des touristes algériens ayant séjourné au Liban.