La visioconférence de soutien au Liban s’est soldée hier par une déclaration d’aide à ce pays en proie à une crise multidimensionnelle et martyrisé par l’explosion sur le port de sa capitale, Beyrouth. Le président français Emmanuel Macron, qui a ouvert cette rencontre co-organisée par son pays et les Nations unies, a déclaré que cette aide devait aller «le plus efficacement possible» à la population de Beyrouth et réitéré ses appels à des réformes politiques et économiques.

«Il est important que cette aide puisse aller le plus vite possible aux acteurs publics, privés, aux acteurs non gouvernementaux, à la société civile, compte tenu de ses besoins d’ores et déjà évalués», a dit le chef de l’Elysée, évoquant la nécessité d’un «monitoring étroit» des Nations unies.
Cette Conférence internationale de soutien et d’appui à Beyrouth et au peuple libanais doit mobiliser les principaux partenaires internationaux du Liban et organiser et coordonner le soutien d’urgence de la communauté internationale. Dans l’immédiat, l’Office des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (Ocha) estime à près de 120 millions de dollars les sommes nécessaires pour répondre à l’urgence en matière de santé, de relogement temporaire, de protection, d’hygiène, d’éducation, de sécurité alimentaire et de logistique (avec la mise en place d’installations temporaires pour relancer l’activité sur le port de Beyrouth). Plus de 250.000 personnes sont «hautement vulnérables», note l’Ocha.
Les dégâts matériels se chiffrent eux en milliards de dollars – une estimation de 15 milliards a été avancée par les autorités -, un montant que le Liban, qui ploie déjà sous une montagne de dette excédant 150% de son PIB, ne pourra financer seul. Une trentaine de participants devaient participer à cette visioconférence, dont le président libanais, Michel Aoun, et Donald Trump, qui a tweeté samedi matin que «tout le monde veut aider» le Liban.
Les Premiers ministres espagnol et italien Pedro Sanchez et Giuseppe Conte, le roi Abdallah de Jordanie, le président égyptien Abdelfattah al Sissi ainsi que des représentants de l’Union européenne, de la Chine, ainsi que de la Banque mondiale, du Fonds monétaire international et de la Ligue arabe, entre autres, sont également de la partie.
Dans un climat de tension interne marqué par des manifestations, samedi et dans la journée d’hier, le patriarche de l’Eglise chrétienne maronite du Liban, Bechara Boutros al-Raï, a appelé le gouvernement libanais à démissionner s’il est incapable de réformer sa manière de gouverner. «La démission d’un député ou d’un ministre ne suffit pas (…) Tout le gouvernement devrait démissionner s’il n’est pas capable d’aider le pays à se reconstruire», a-t-il dit lors de son sermon dominical, estimant que la situation créée par l’explosion de mardi sur le port de Beyrouth exigeait des «décisions courageuses».

L’Eglise maronite appelle à la démission du gouvernement
La ministre libanaise de l’Information, Manal Abdel Samad, a annoncé hier sa démission, qu’elle a expliquée par l’incapacité du gouvernement à mettre en oeuvre des réformes et par la catastrophe de mardi. Elle est la première ministre à démissionner depuis la tragédie.
Un député, Nehmeh Efram, a lui aussi annoncé qu’il renonçait à son mandat. Il est le sixième parlementaire à démissionner depuis la catastrophe.
Le patriarche de l’Eglise maronite a également apporté son soutien à la proposition d’élections législatives anticipées avancée samedi soir par le Premier ministre, Hassan Diab. Le Parlement, a dit Bechara Boutros al-Raï, est devenu «incapable de faire son travail». Pour sa part, le président libanais, Michel Aoun, a indiqué que les appels à ouvrir une enquête internationale sur l’explosion meurtrière du mardi à Beyrouth, étaient «une perte de temps», estimant que le processus judiciaire destiné à définir les coupables «devait être rapide».
Michel Aoun considère comme «inutile l’ouverture d’une investigation internationale sur l’explosion survenue le 4 août dans le port du Beyrouth», a annoncé son service de presse sur compte Twitter.
Ces propos interviennent après que «Tayyar al-Mustaqbal» (le Courant du Futur), un mouvement politique d’opposition, a prôné le recours aux experts internationaux. Une enquête internationale «transparente» avait été proposée par le président français Emmanuel Macron lors de sa visite à Beyrouth. Selon les derniers chiffres, l’explosion du 4 août a fait 158 morts et plus de 6.000. <