En moins de 24 heures, deux personnalités de la culture algérienne, symboles de l’âge d’or du cinéma et de la télévision, Lyazid Khodja et Farid Kessaissia, plus connu sous le nom de Farid le rockeur, ont succombé à une crise cardiaque. Farid le Rockeur est décédé dans la matinée d’hier, à l’âge de 62 ans.

Par Sihem Bounabi
Selon le témoignage de son frère Sofiane sur une chaîne TV privée, «ces derniers jours, Farid voulait se retirer du milieu artistique. Il était en colère contre le travail bâclé». Il avait ajouté : «Mon frère n’était pas contre les jeunes artistes, comme on a voulu l’accuser, mais était opposé à la médiocrité artistique. Il critiquait à haute voix, mais n’était pas méchant», a relevé Sofiane Kessaissia. D’autres informations relayées sur les réseaux sociaux affirment que, hypertendu, Farid le Rockeur était également en colère contre certains producteurs qui le faisaient courir pour payer ses prestations.
Farid Kessaïssia a commencé sa carrière de comédien au milieu des années quatre-vingt. C’est au début des années 90 qu’il devient populaire suite à sa collaboration avec l’équipe d’Aziz Smati, de Mohamed-Ali Allalou et de Khaled Louma, sur les ondes de Radio nationale et de la Télévision publique dans des émissions devenues cultes, à l’instar de «Contact», «Rock dialna», «Bouzenzel» et «Bled Music». Les années 2000 ont été marquées par sa collaboration avec Djaffar Gacem dans, notamment «Nass Mellah City» et «Djemai Family». Son dernier passage, en 2018, dans un sitcom en tant que guest star dans «Dar Laajeb» d’Amine Boumediène, diffusé par El Bilad TV. Avant cette funeste nouvelle du décès tragique de Farid le rockeur, le monde du cinéma algérien était déjà sous le choc de la disparition du réalisateur et directeur de la Filmathèque Mohamed-Zinet, Lyazid Khodja, qui a également succombé à une crise cardiaque en France. Eprouvé par cette nouvelle, le cinéaste Hassen Ferhani a tenu à exprimer sa tristesse dans un post en témoignant : «Ce grand Monsieur nous a toujours encouragés. Rares sont les gens comme Lyazid à mettre à disposition sa salle pour héberger des cinéclubs sans aucune contrepartie.» Né à M’sila en 1945, Lyazid Khodja a fait partie de la première promotion de l’Institut de cinéma d’Alger (de 1964 à 1966), avant de poursuivre ses études en France. Après quelques expériences en France, il revient en Algérie et entre à la faculté pour suivre des études de sociologie. Il obtient, en 1973, une licence à la faculté de Lettres et des Sciences sociales d’Alger. Auteur de plusieurs courts-métrages, il s’implique dès lors totalement dans le développement du cinéma. Il est successivement monteur dans les films «Les Hors-la-loi», de Tewfik Farès, et «Nahla» de Farouk Belloufa, en 1978, producteur du film «les Enfants du Néant» de Brahm Tsaki, en 1990, puis réalisateur de «Si M’hund l’Insoumis», co-réalisé avec Rachid Benallal en 2006.
Actif dans le domaine du cinéma et de l’audiovisuel, Lyazid Khodja était également exploitant indépendant de la salle de la filmathèque Mohamed-Zinet de l’Office Ryad El Feth, qui a souvent abrité des cycles thématiques, des événements cinématographiques, des cinéclubs et des projections-débats. n