La France ne prévoit pas de présenter des excuses officielles à l’Algérie dans le cadre du dossier sur «les questions mémorielles portant sur «la colonisation et la guerre d’Algérie», selon la dénomination du rapport de l’historien Benjamin Stora.

C’est ce qu’a indiqué l’Elysée, hier, après la remise de ce document très attendu au président français Emmanuel Macron. La France envisage des «actes symboliques», mais il n’y aura «ni repentance ni excuses», a, en effet, souligné la présidence française.
Pour plus de 130 années d’un colonialisme sauvage et criminel, la France se contente d’une démarche de reconnaissance de la vérité, mais «il n’est pas question de repentance» ni «de présenter des excuses», a insisté l’Elysée, en réponse au rapport qui cite l’exemple du Japon, qui avait présenté des excuses à la Corée du Sud et à la Chine sur la Seconde guerre mondiale.
Concernant les «actes symboliques» que la France estime suffisants «pour apaiser les mémoires sur la guerre d’Algérie et réconcilier les deux pays», Emmanuel Macron participera à trois journées de commémoration dans le cadre de ce que la présidence française appelle «60e anniversaire de la fin de la guerre d’Algérie en 1962» et non de l’indépendance de l’Algérie. Dans la même logique prêtant à équivoque, il assistera à la «journée nationale des harkis» le 25 septembre. Macron sera présent aussi à la commémoration de la journée du 17 octobre 1961 qui avait vu la police française réprimer une manifestation d’Algériens à Paris, faisant des dizaines de morts et des centaines de blessés. Il assistera, en outre, à la commémoration des Accords d’Evian du 19 mars 1962.
Dans le rapport que lui a commandé le chef de l’Etat français, Benjamin Stora fait part de plusieurs recommandations, dont la mise en place d’une commission «Mémoire et Vérité» chargée d’impulser des initiatives mémorielles communes entre la France et l’Algérie. L’historien spécialiste de l’histoire de l’Algérie durant la période coloniale propose que cette commission soit composée de «différentes personnalités engagées dans le dialogue franco-algérien», comme Fadila Khattabi, présidente du groupe d’amitié France-Algérie de l’Assemblée nationale, Karim Amellal, ambassadeur, délégué interministériel à la Méditerranée, des intellectuels, médecins, chercheurs, chefs d’entreprise, animateurs d’associations… Il propose, en outre, que cette commission organise le recueil de la parole des témoins frappés douloureusement par cette guerre pour établir plus de vérités et parvenir à la réconciliation des mémoires.
Dans le cas de l’Emir Abdelkader, M. Stora propose la construction d’une stèle à l’effigie de celui qui «lutta contre la conquête de l’Algérie par la France au milieu du XIXe siècle, à Amboise (Indre-et-Loire), où il vécut en exil entre 1848 et 1852». Le monument pourrait être érigé à l’occasion du 60e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, en 2022. Le rapport présenté à Macron cite également le cas de l’avocat Ali Boumendjel, dirigeant politique du nationalisme algérien, tué pendant la Bataille d’Alger, en 1957. «Ce geste ferait suite à la déclaration du président Emmanuel Macron concernant Maurice Audin en septembre 2018», est-il souligné. Il est aussi proposé d’œuvrer à la publication d’un «guide des disparus» (Algériens et Européens) de la guerre d’Algérie, sur la base des recherches du «groupe de travail» créé à la suite de la déclaration d’amitié signée lors de la visite du président François Hollande à Alger en 2012. Ce groupe avait été mis en place pour permettre la localisation des sépultures des disparus algériens et français de la guerre d’indépendance. «Il devra poursuivre son travail», insiste le rapport.

«Décloisonnement des mémoires»
Plusieurs autres propositions sont émises par le même rapport, à l’exemple de celles ayant trait aux archives. A ce propos, il est souhaité d’activer le groupe de travail conjoint sur les archives, constitué en 2013, à la suite de la visite du président Hollande en 2012. Le groupe s’est réuni à six reprises, jusqu’au 31 mars 2016. Ce groupe de travail sur les archives devra faire le point sur l’inventaire des archives emmenées par la France et laissées par la France en Algérie. Sur la base de ce travail d’inventaire, certaines archives (originaux) seraient récupérées par l’Algérie. Celles laissées en Algérie pourront être consultées par les chercheurs français et algériens. Le «comité de pilotage» pourrait proposer la constitution d’un premier fond d’archives commun aux deux pays, librement accessible.
Dans une déclaration à l’AFP, Benjamin Stora a expliqué avoir tenté d’œuvrer à un «décloisonnement des mémoires», souvent multiples et conflictuelles entre rapatriés, soldats du contingent et indépendantistes algériens. Il a plaidé pour «des actes, c’est-à-dire ouvrir des archives, identifier des lieux, chercher des disparus, entretenir des cimetières».
«Ce sont des choses qui sont très simples, très pratiques, très évidentes mais qui sont autant de contentieux, de problèmes très lourds entre la France et l’Algérie», a-t-il ajouté.
Pour rappel, en Algérie, c’est le conseiller à la présidence pour les questions d’archives et de mémoire, Abdelmadjid Chikhi, qui a été chargé par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune de travailler sur la question mémorielle, de concert avec Benjamin Stora.