La politique budgétaire proposée par le Projet de loi de finances complémentaire (PLFC) 2020 ne rompt pas, tout compte fait, avec la trajectoire suggérée initialement dans la loi de finances 2020. Le gouvernement, qui avait compté sur une approche austère, a fini par tempérer ses ardeurs, ne baissant que de peu les dépenses de fonctionnement inscrites dans le PLFC, soit de quelque 141 milliards de dollars seulement, ce qui équivaudrait à une baisse de 3% seulement comparativement au budget initialement prévu dans la loi de finances 2020. Dans le PLFC, examiné mardi et mercredi dernier par les membres de la chambre basse du Parlement, en attendant sa validation aujourd’hui dimanche en plénière, il est indiqué que les dépenses de fonctionnement (hors masse salariale et hors transferts sociaux) baisseraient de 141 milliards de dinars (environ -3%) soit -150 milliards de dinars de baisse de dépenses courantes et + 9 milliards de dinars pour couvrir l’impact de la revalorisation du SNMG, alors que les dépenses d’équipement baisseraient de 309 milliards de dinars (-10,5%) en passant de 2 929,7 milliards de dinars à 2 620,3 milliards de dinars. Nous sommes bien loin des 50% de baisse proposés initialement par le gouvernement qui, dans cette coupe, disait vouloir épargner la masse salariale et les transferts sociaux. Le gouvernement semble se rendre compte qu’une coupe d’une telle ampleur dans le budget de fonctionnement hors salaires et hors transferts sociaux serait, soit irréalisable, étant donné que ces deux postes de dépenses représentent l’essentiel du budget de fonctionnement, ou bien peu utile, c’est-à-dire que les économies grappillées au moyen de cette coupe n’aideraient aucunement à réduire le déficit budgétaire qui, de toute façon, grimpera forcément sous l’effet de la hausse des besoins en financement pour couvrir l’impact de la crise sanitaire sur l’économie. Le budget révisé dans le cadre du PLFC prévoit justement un déficit budgétaire en hausse même avec la baisse des dépenses prévue. En effet, le déficit budgétaire devrait atteindre -1 976,9 milliards de dinars, soit -10,4% du Produit intérieur brut (PIB), contre une prévision initiale de -1 533,4 milliards de dinars, soit -7, 2% du PIB, prévue dans la loi de finances 2020. Au plan de comptes extérieurs, là aussi, le gouvernement semble dire la chose et son contraire, puisque, dans sa politique d’encadrement du commerce extérieur, il était évident que le but recherché est celui de réduire les déficits, à savoir le déficit commercial et plus globalement celui de la balance des paiements. Cette approche rompt avec la décision d’autoriser le retour à l’importation des véhicules par les concessionnaires, prévue dans le PLFC 2020. Bien que les niveaux d’importation soient en baisse, soit un plafond de 2 milliards de dollars par an, à en croire les précisions du ministre de l’Industrie et des Mines, cette valeur équivaut à la facture des importations des kits SKD-CKD destinés aux usines de montage automobile. Ces 2 milliards de dollars affectés annuellement aux importations de véhicules contrastent ainsi avec la volonté de réduire le déficit commercial et ramèneraient, par la même, l’objectif de 4,7 milliards de dollars des importations de marchandises à seulement 2,7 milliards, alors que la valeur globale des importations culminerait à 35,5 milliards de dollars au lieu de 33 milliards de dollars prévus dans le cadrage macroéconomique du PLFC. Le déficit de la balance des paiements pourrait ainsi grimper au-delà des seuils prévus dans le PLFC et entraînerait mathématiquement une érosion plus prononcée des réserves de change.
Il est évident que pour préserver le stock en devises, il fallait adopter des mesures de ruptures qui, de prime abord, sont quasi-inexistantes dans le PLFC. H. o M.