Les députés refusent de plus en plus de renoncer volontairement à leur immunité parlementaire. Il s’agit d’un fait nouveau depuis l’entame de la procédure mise en branle par le ministère de la Justice en réponse à une des exigences phares du Hirak, l’ouverture des dossiers de corruption. Cette tendance a été notamment perceptible lors des récentes demandes de levée de l’immunité parlementaire concernant trois députés du Front de libération nationale (FLN), Abdelkader Ouali, Kadouri Habib et Mir Mohamed. L’examen, jeudi dernier en commission juridique, des dossiers mettant en cause Kadouri Habib et Mir Mohamed, tous deux députés d’Oran, ne s’est pas soldé par une levée de l’immunité parlementaire de ces deux parlementaires du parti d’Ali Seddiki. La raison est que les deux députés en question ont présenté des arguments les disculpant et ont plaidé l’innocence devant les membres de la commission juridique. « Nous les avons entendus tous les deux et ils n’ont cessé d’insister sur leur innocence et sur le fait qu’ils n’ont rien à voir avec les faits qui leur sont reprochés », révèle à Reporters un membre de la commission juridique, selon lequel « les députés et membres de la commission ont été très sensibles à l’argumentaire
des deux députés FLN d’Oran qui se sont démenés pour prouver leur innocence ». « Ils ont tout de go refusé de renoncer à leur immunité car pour eux rien ne la justifie », soutient notre source. La commission juridique a alors décidé de surseoir à la décision de levée de l’immunité pour les deux élus d’Oran les enjoignant de présenter les preuves contredisant les accusations formulées par le ministère de la Justice. « Prochainement, la commission juridique aura à examiner la viabilité des preuves que présenteront les deux députés d’Oran », explique notre source. Peu avant, soit il y a trois semaines, c’est le député Abdelkader Ouali qui a eu une attitude similaire. « Il a refusé d’entendre parler de levée d’immunité volontaire. Il nous a dit qu’il ne peut consentir à cette demande », relate un membre de la commission juridique. Suite à quoi la présidente de la commission a requis une dizaine de jours supplémentaires le temps que Ouali présente des preuves le disculpant. A travers leur attitude, les trois députés ambitionnent de rééditer l’exploit, inattendu, de Smaïl Benhammadi, député du Rassemblement national démocratique (RND) qui a été le premier parlementaire à refuser de renoncer volontairement à son immunité. Et contre toute attente, le député RND avait réussi à convaincre ses pairs de l’inopportunité de procéder à la levée de son immunité. Cette tendance qui peut sauver bien des députés des mailles de la justice avait cruellement manqué au début du lancement de la procédure par le département de Zeghmati. En effet, l’on se rappelle d’un Mohamed Djemiai, ex-président du FLN et député de Tébessa, très peu combatif à ce propos. Il avait pour rappel annoncé publiquement renoncer volontairement à son immunité avant même l’examen de son dossier devant la commission juridique. C’est aussi le cas de plusieurs sénateurs dont les plus en vue Amar Ghoul, Djamel Ould Abbès et Saïd Barkat qui ont renoncé publiquement à leur immunité.