Pour que l’opération mains propres lancée contre la « Issaba » ne soit pas seulement un slogan, ni une chasse aux sorcières, le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) estime que l’ancien président, Abdelaziz Bouteflika, doit être entendu par la justice. Le RCD a jeté un pavé dans la mare en appelant à la convocation l’ex-chef de l’Etat poussé à la démission.
«Abdelaziz Bouteflika, le chef de l’Etat déchu, doit être entendu sur ses actions et sur l’activité de ses collaborateurs», écrit le parti de Mohcine Belabbas, dans un communiqué publié hier, à l’issue d’une réunion de son secrétariat national. Pour le RCD, «c’est l’unique gage de crédibilité pour que ce qui est présenté comme une opération mains propres ne soit pas dans les faits une chasse aux sorcières».
Le RCD estime que la justice «doit déjà commencer à réfuter le caractère sélectif de ces interpellations en convoquant toute la issaba», si réellement on veut qu’elle s’exerce avec toute l’indépendance requise, y compris vis-à-vis de l’opinion publique.
Pour argumenter, il a fait remarquer que les tribunaux «sont instruits pour faire défiler devant les juges et les caméras «cachées» des médias aux ordres, des figures «choisies» de l’ancien régime». Ceci dit, et dans un Etat de droit, «personne n’aurait été surpris», souligne le parti, de la «comparution des Ouyahia, Sellal, la cohorte de ministres cornaqués par les Bouteflika ou de Kouninef, Haddad, Tliba et Zoukh devant la justice. Et la liste est longue».
En appui à son appel à la convocation de l’ancien président, qui a dirigé l’Algérie pendant 20 ans, le RCD s’interroge s’«il y a des obstacles pour que la justice convoque l’ex-chef de l’Etat pour l’entendre?». Et c’est la question sur laquelle la justice «est attendue», indique-t-il, avant de se demander : «Se peut-il que le chef de l’état-major qui a pris la tête de la croisade contre la «bande» ait une réponse ?».
En effet, le parti ne ménage pas le chef d’état-major de l’ANP, général de corps d’armée et vice-ministre de la Défense nationale. Le secrétariat national du RCD dit avoir «pris acte» de ce qu’il qualifie d’«offensive du chef d’état-major de l’Armée, Ahmed Gaïd Salah, pour contourner les revendications du mouvement populaire et de son obstination à organiser une élection présidentielle sous un nouveau rapport de force clanique».
Le constat qu’il décrit n’est d’ailleurs guère reluisant. «La reprise en main des médias lourds, après un court intermède de flottement», à «l’usage de dispositifs répressifs, de plus en plus violents», et dont l’objectif est de «contrer les actions du mouvement populaire», préfiguraient déjà les dernières sorties de celui qu’il désigne comme «porte-parole du pouvoir de fait». «Le chef de l’Armée, au prix d’un déni de la réalité, continue à vouloir imposer ses vues et ses «solutions» à coup de menaces et autres anathèmes contre tous les courants politiques progressistes et les activistes qui réclament un véritable processus de construction d’un Etat de droit», assène le RCD.
S’agissant du mouvement populaire, le parti de Mohcine Belabbas pense que la jeunesse algérienne «a fait preuve de maturité, de patience et de détermination», et que le choix du pouvoir de fait de s’en tenir à un agenda essentiellement électoral, qui met au centre la lutte pour le pouvoir alors que l’éclosion démocratique du 22 février autorise tous les espoirs, «ne peut durablement rythmer la vie de la nation». D’où son appel à « la mobilisation la plus large» pour investir tous les espaces de luttes et de débats et à la solidarité «pour venir à bout des prétentions des tenants de la contre-révolution». Après le 14e vendredi des manifestations, le RCD parle d’une «panique» qui s’est emparée des centres de décision, ce qui indique, selon lui, que «la détermination des populations est la seule voie pour en finir avec un système politique inique».n