L’escale de Bouira du candidat à la présidentielle, Ali Benflis, ne s’est pas faite dans la sérénité souhaitée par le staff accompagnant l’ancien chef du gouvernement qui était attendu dans le centre-ville pour un meeting populaire fortement appréhendé par les populations locales.

Le meeting n’a pu avoir lieu qu’après avoir été programmé dans une salle au niveau du siège de la wilaya avec bien entendu un renforcement du dispositif de sécurité. L’incident de Bouira peut ainsi marquer une séquence inquiétante pour la campagne électorale.
En effet, la ville de Bouira est plongée, depuis le début d’après-midi, dans de violents affrontements entre les services de police, mobilisés en nombre important, et les manifestants venus contester la tenue du meeting du candidat Ali Benflis dans le cadre de la campagne électorale pour la présidentielle du 12 décembre prochain.
Les escarmouches ont commencé dès les premières heures de la matinée, où les forces de l’ordre ont procédé à des arrestations au niveau de l’esplanade de la maison de la culture Ali-Zamoum dont les voies d’accès ont été fermées aux manifestants soupçonnés de vouloir perturber le rendez-vous électoral.
La tension était perceptible dans les artères principales de la ville. Et signe d’une opposition manifeste à la tenue de cette manifestation, c’est une marche populaire qui a été organisée pour la circonstance. Prenant comme point de départ, le centre-ville au siège de la wilaya, la foule grossit de plus en plus et la tension monte crescendo suscitant la crainte auprès des habitants et des commerçants dont certains ont préféré baisser rideau.
De la foule fusaient, pêle-mêle, des slogans hostiles au pouvoir et aussi au candidat qui a dû retarder le coup d’envoi de son meeting dont la tenue est demeurée incertaine jusqu’à 16. Et c’est à cet instant que la police a décidé d’user des tirs de bombes lacrymogènes pour tenter de disperser la foule qui scandait « pas de vote avec la bande ».
Face à l’usage de lacrymogène, les manifestants ont répliqué par les jets de pierres donnant lieu à des affrontements qui ont causé des blessés des deux côtés, a-t-on constaté, dont des cas graves évacués en urgence vers les hôpitaux de la ville. Plusieurs ambulances de la Protection civile et des véhicules de particuliers ont été mobilisés pour évacuer les blessés et les transférer vers les centres de soins les plus proches.
Selon des sources hospitalières, une vingtaine de blessés ont été admis au service des urgences. La plupart ont été touchés par les projectiles lancés des deux parties. Les affrontements ont causé la perturbation du trafic automobile. Des établissements scolaires ont été obligés de libérer les enfants avant la fin des cours. Les services de police ont procédé à plusieurs arrestations où une dizaine de manifestants ont été interpellés, selon une source policière.

Ali Benflis : « J’ai le droit de me porter candidat »
Après donc plusieurs heures d’attente stressante et d’interrogation, le meeting de l’ancien chef du gouvernement a pu se tenir dans une ambiance tendue où l’accès à la salle se faisait dans des conditions difficiles, même pour les représentants des médias qui n’ont pas pu y accéder.
Dans son discours, le candidat Ali Benflis s’est dit navré par les incidents violents enregistrés en dehors de la salle condamnant le recours « à ce genre de comportement qui n’honore pas leurs auteurs ». Commentant les appels lancés à l’extérieur de la salle pour qu’il se retire de la course électorale, il dira que « tout le monde a le droit de choisir librement son chemin ».
« Ceux qui veulent boycotter le scrutin ont le droit de le faire, ceux qui veulent voter ont aussi le droit de le faire», a-t-il dit.
« J’ai le droit de me porter candidat. Voulez-vous que je reste à la maison et je me contente d’observer ce qui arrive à l’Algérie ? », s’est-il interrogé. Il a affirmé que sa venue dans la ville de Bouira s’inscrit dans le cadre de son projet visant à unifier les Algériens. « Je suis porteur d’un projet unificateur des Algériens. Si le peuple me choisira j’ouvrirais les portes du dialogue avec tout le monde », a-t-il promis, ajoutant que l’Algérie « a besoin de tous les Algériens, de tous ses enfants».