Les Nations unies ont demandé hier mercredi 100 millions de dollars pour mieux protéger, en Afrique, les migrants qui tentent de rejoindre la Méditerranée pour se rendre en Europe, à l’heure où l’escalade des conflits multiplie les candidats au départ.

Par Agnès PEDRERO
Cet appel intervient alors que le Comité des droits de l’Homme de l’ONU, dont les avis ne sont pas contraignants, a accusé hier l’Italie d’avoir trop tardé à secourir des migrants en Méditerranée en 2013, lors d’un naufrage qui a coûté la vie à 200 personnes. En 2020, 1.064 décès ont été enregistrés dans la zone centrale et occidentale de la Méditerranée, selon l’ONU. Face à ce drame, «la priorité absolue est d’offrir des alternatives sûres et viables à ces dangereux périples caractérisés par les abus et la mort», souligne le Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR). Désireuse de renforcer la protection des réfugiés en route vers la Méditerranée dans les pays africains, l’agence lance un appel d’un peu plus de 100 millions de dollars (82.500 euros). Le HCR se dit «profondément préoccupé» par l’escalade des conflits et l’ampleur des déplacements au Sahel, par les nouveaux mouvements de population dans l’Est et la Corne de l’Afrique, et par l’augmentation des arrivées par mer dans les îles Canaries. La violence au Sahel a déjà forcé à ce jour environ 2,9 millions de personnes à fuir, selon le HCR. En l’absence de perspectives de paix et de stabilité dans la région, «il est fort probable» que d’autres mouvements de population se produiront de nouveau et que beaucoup continuent à tenter la périlleuse traversée maritime vers l’Europe, s’inquiète l’organisation.

Pandémie
En outre, la pandémie de Covid-19 n’a pas mis un frein aux envies de départ des migrants, selon l’envoyé spécial du HCR pour la situation en Méditerranée centrale, Vincent Cochetel. Au contraire: l’impact socio-économique du Covid a poussé un plus grand nombre de personnes à tenter la traversée de la Méditerranée, a-t-il expliqué lors d’une conférence de presse. Quelques 70.650 personnes sont parties en 2020 de Libye (+58%), Tunisie (+310%) et Algérie (+209%), soit globalement 141% de plus que l’année précédente, selon le HCR. Avant de tenter la traversée, nombreux sont ceux qui fuient vers d’autres pays sur le continent africain. «Beaucoup de ces personnes fuient les violences et la persécution et ont des besoins immenses et urgents en matière de protection. Il est essentiel qu’un soutien vital ainsi que des services de protection leur soient assurés dans les pays vers lesquels elles ont fui initialement», a indiqué M. Cochetel. «Nous recevons des témoignages poignants des brutalités et des abus dont sont victimes les réfugiés et les migrants sur les routes qui mènent à la Méditerranée. Beaucoup sont la proie de trafiquants et de passeurs et sont maltraités, extorqués, violés, et parfois tués ou laissés pour morts», a-t-il souligné. L’appel de fonds lancé par le HCR découle du plan d’action stratégique pour 2021 lancé par l’organisation, qui vise à accroître l’accès, l’identification et l’assistance aux réfugiés le long de leurs itinéraires, ainsi qu’à améliorer l’accès à l’éducation et aux moyens de subsistance dans les pays d’asile. «Il est, pour nous, presque trop tard pour intervenir lorsque les gens arrivent en Libye ou dans le Sahara occidental. Il faut investir (…) tout au long du parcours, et pas seulement dans les Etats côtiers», a relevé l’envoyé du HCR. Afin de limiter le recours aux dangereux périples terrestres et maritimes, le HCR appelle par ailleurs les Etats à favoriser les voies d’accès sûres et légales pour les réfugiés, y compris par le biais du regroupement familial. «Nous devons développer les capacités d’asile dans plusieurs pays, y compris en Afrique du Nord, où le cadre juridique pour les réfugiés reste inexistant», a insisté M. Cochetel.
(Source AFP)