Il semblerait que le doute ait rongé le dernier soupçon de sérénité dont jouissait l’Equipe nationale. La défaite (1-2), enregistrée jeudi contre la Tunisie, fait mal. Très mal même. Un résultat majoritairement rédhibitoire pour espérer ne pas revenir à la maison après un premier tour dans la Coupe d’Afrique des nations 2017 (14 janvier – 05 févier au Gabon) prenant des allures de cauchemar. Que ce soit pour les résultats ou dans le contenu, les Verts sont devenus méconnaissables. Le temps perdu et les contretemps n’ont pas aidé la sélection à regagner la confiance des Algériens ni poncer une notoriété écornée.


Il y a des divorces qui détruisent les foyers. Et celui entre Christian Gourcuff et le Club Algérie c’en est, manifestement, un. « Faut savoir que certains techniciens ont eux-mêmes, décidé de partir. On ne les a pas virés, comme Christian Gourcuff qui a choisi de quitter la sélection. Malheureusement, son départ a coupé, ne serait-ce qu’un peu, la bonne dynamique qu’on avait. Après, c’est difficile de se relever, d’autant plus qu’on n’a pas beaucoup de temps pour refaire une équipe comme à l’époque de Vahid Halilhodzic qui a eu assez de temps pour rebâtir une équipe. Il va donc falloir repartir d’en bas pour trouver les meilleures solutions et reconstruire une équipe compétitive. Il n’y a pas de formule magique », pour Adlène Guedioura, l’EN est en train de toucher le fond puisqu’il se retrouve à parler de reconstruction. Qui mieux qu’un joueur pour analyser la situation quand le sélectionneur en chef, Georges Leekens en l’occurrence, avoue, quasiment, son impuissance et remet l’échec sur les délais courts qu’il a eus pour reprendre des «Fennecs» sonnés. Déstabilisés par le chamboulement qu’a connu la barre technique en 6 mois avec des rênes sur lesquelles se sont succédé 3 coachs. Le technicien belge se rend finalement compte qu’« une équipe ne se forme pas du jour au lendemain. Il faut travailler à long terme et tout faire pour se ressaisir.» Toutefois, ce qu’il faut reconnaître, c’est que le successeur de Milovan Rajevac n’avait rien promis avant le début de la messe continentale à part « tout faire pour aller le plus possible » dans le tournoi gabonais. A-t-il, au moins, essayé de tirer la quintessence du potentiel de son groupe pétri de qualité et présenté comme l’un des favoris pour le sacre finale? Certainement pas !

À contre-emploi…

Dans les sorties d’après-matchs, le sélectionneur d’« El-Khadra » essaie toujours d’expliquer les raisons de la défaillance en relevant les erreurs commises par les joueurs sur le rectangle vert. « Ce qui me dérange le plus, c’est quand tu fais une phase offensive et que tu encaisses un but sur la contre-attaque suivante. Ce sont des choses que tu dois éviter. Nous avons offert des cadeaux à la Tunisie. Et dans ce genre de match, on ne doit pas offrir de cadeaux à notre adversaire. Ce n’est pas normal que le joueur de la Tunisie puisse se retourner comme il a fait sur une remise en touche», a-t-il regretté au sortir de l’opposition perdue contre les « Aigles de Carthage ». Pour celui à qui incombe l’aspect technico-tactique, «il est important d’avoir un équilibre entre la défense et l’attaque. Et je suis convaincu qu’on va retrouver cet équilibre. Il faut aussi savoir opérer des changements sur l’équipe, surtout lorsqu’on voit les erreurs commises aujourd’hui. Si on encaisse beaucoup de buts, on ne peut pas gagner. Mais bon, il faudra se remettre au travail pour se ressaisir.» L’équilibre, un élément que Leekens recherche depuis le 02 janvier dernier et qu’il n’a pas réussi ou, disons-le clairement, su trouver. La stabilité du dispositif dépend de l’utilisation du potentiel en présence en essayant de tirer le maximum des facultés de chaque élément. On pense ici, et en premier lieu, à Nabil Bentaleb qui n’a été que l’ombre de lui-même en deux sorties. Le joueur de Schalke 04 (Bundesliga/Allemagne) a semblé trop limité dans ses fonctions. Lui qui a tendance à jouer porté vers l’avant avec le team allemand. L’ancien sociétaire de Tottenham pouvait apporter plus s’il avait évolué un cran plus haut au lieu d’être cantonné à la tâche de la récupération. Son but contre le Nigéria, le 12 novembre dernier à Uyo (défaite 3-1) dans les éliminatoires de la Coupe du Monde 2018 en Russie, sa banderille face à la Mauritanie et ses 5 réalisations en 21 apparition en club, étaient œuvres d’un Bentaleb placé près de la surface de réparation adverse. Et ça, Leekens ne l’a, apparemment, pas constaté, lui qui avait annoncé qu’il mettrait « en place un dispositif en fonction des qualités et la forme » de ses protégés. Ce ne fut pas le cas.

Ni activité ni réactivité

Le milieu de terrain de 22 ans n’était pas le seul à avoir joué à contre-emploi. Il y a aussi Rachid Ghezzal qui s’est retrouvé sur le flanc gauche de l’attaque alors qu’il est plus percutant à droite quand il joue avec l’Olympique Lyonnais. Une position qui a empêché le gaucher d’apporter sa plus-value pour donner plus de densité aux attaques algériennes où Islam Slimani a semblé trop esseulé devant depuis le début de la compétition. Un 2e attaquant? Le sélectionneur n’y a pas pensé malgré la présence de Bahghdad Bounedjah et Sofiane Hanni parmi les éventuelles pièces de rechange. Ce dernier fait toujours la différence quand il pénètre sur la pelouse. Ce fut le cas contre la Mauritanie (impliqué dans deux des trois buts) et jeudi contre les Tunisiens avec la réduction du score. Le numéro 10 du Royal Sporting Club Anderlecht méritait certainement plus de temps de jeu. Généralement, les « managers » réagissent souvent lorsqu’ils voient que leur équipe souffre. Remplacements ou replacements, essayer de trouver les solutions est indispensable. Principalement lorsqu’il y a de quoi faire coté remplaçants. Au moment où Yacine Brahimi et consorts étaient en train de perdre la mise, Leekens s’est, étrangement, contenté de changements de poste. Une attitude qui en dit long sur le manque de réactivité chez l’entraîneur. Pas de risques notables de pris ou de tentatives de jouer un dernier coup de poker alors que les chances de qualification s’amenuisaient au fil des minutes. Pas entreprenants dans le jeu, peu (pas du tout) réactifs après avoir été menés au score, les « Guerriers du Sahara », se sont égarés dans un immense désert tactique. La victoire du Sénégal (2-0), plus tard dans la soirée au détriment du Zimbabwe, annonce la tempête de sable qui empêchera, grandement et sauf miracle, d’entrevoir la porte des quarts pour les Dz. Après tout, avec ce jeu médiocre, on ne mérite pas de passer…n