“[Democracy is] a government
of laws, and not of men”
(John Adams, 2è Président américain).

“Democracy is never a final achievement. It is a call to an untiring effort”
(J.F. Kennedy).

“Freedom of the press is one of the great bulwarks
of liberty, and can never be restrained by despotic government”
(George Mason, propriétaire terrien et homme politique américain).

Par Arezki Ighemat, Ph.D en économie Master of Francophone Literature (Purdue University, USA)
L’Algérie est confrontée aujourd’hui plus que jamais à de multiples crises : une crise sanitaire sans précédent qui enregistre, au 11 décembre 2020, 90 579 cas de covid-19 et 2 564 décès (selon Worldometer, December 11, 2020) ; une crise économique qui, combinée à la chute récente des prix du pétrole, a des effets dévastateurs sur les individus et les entreprises ; et une crise politique, qui était déjà notable et qui s’est accentuée avec la maladie qui frappe le Président Tebboune, créant un vide constitutionnel des plus risqués. Chacune de ces crises à elle seule est un facteur de déstabilisation du pays, mais c’est surtout leur combinaison — qui fait l’effet d’une bombe à retardement et qui, si elle n’est pas désamorcée dans un délai relativement court — qui risque de conduire à une situation de non-retour. En vue d’affronter toutes ces crises, l’Algérie doit combler, dans les meilleurs délais possibles, trois déficits dont elle souffre depuis sa naissance en tant qu’entité politique indépendante : un déficit en diversification sur le plan économique, un déficit en démocratie et un déficit en matière de Droit. Si ces déficits ne sont pas résorbés de façon substantielle et dans un temps relativement court, l’Algérie ne sera pas en mesure d’affronter les crises multiples évoquées ci-dessus et risque d’entrer dans un long tunnel dont le bout ne sera pas aisé à apercevoir. Du côté positif, l’Algérie a des atouts nombreux et variés qui, s’ils étaient exploités et mis au service du développement, peuvent lui éviter ce tunnel. Ces atouts, s’ils sont mis en valeur ensemble et en même temps, peuvent lui garantir non seulement une sortie de crise sans douleur, mais lui assurer un développement au niveau national et lui faire retrouver sa place d’antan au plan international. Ces atouts sont : ses ressources économiques — qui ne se réduisent pas, comme on peut le penser, au pétrole et au gaz — mais à de nombreuses autres comme nous le verrons plus loin; ses ressources humaines — qui sont sous-exploitées et profitent plutôt aux pays développés ; et sa position géostratégique — qu’elle a perdue ces dernières décennies en faveur de pays voisins comme le Maroc ou la Tunisie. Le présent article se propose d’examiner tour à tour ces déficits et ces atouts et voir comment l’Algérie peut résorber les premiers et mettre en valeur les derniers.



Les déficits : Diversification, Démocratie et Droit
L’Algérie souffre d’une maladie commune à la plupart des pays mono-exportateurs que les économistes appellent le « Dutch Disease » (la maladie hollandaise) due à sa trop grande dépendance de la production et de l’exportation de pétrole et de gaz, les deux produits qui lui procurent la source de sa survie. A eux seuls, ces deux ressources représentent autour de 30% de son PNB, 97% de ses exportations totales et environ 60% de ses recettes. Au point qu’il est très difficile d’imaginer l’Algérie sans l’exportation de ces deux ressources qui sont, en quelque sorte, l’oxygène qui lui permet de subsister en tant qu’économie. Pour l’instant, ces ressources sont encore là et sont encore en mesure de satisfaire une partie des besoins de consommation de sa population et des biens d’équipement dont a besoin son économie. Cependant, ces ressources ne sont pas éternelles et ne sont prévues de durer que quelques 20 ou 25 ans, selon les estimations. L’autre menace que cette hyper-dépendance à l’égard des hydrocarbures fait courir au pays est constituée par les fluctuations fréquentes et subites du prix du pétrole, comme celle de 1986 ou tout récemment celle de janvier 2019 qui a vu le prix descendre jusqu’à atteindre 20 dollars en avril 2020. Si l’Algérie a un répit relatif quant à l’épuisement de ces ressources, répit qui lui donne encore le temps de changer de cap et de modèle de développement, les chutes fréquentes du prix des hydrocarbures, quant à elles, ont pour effet de réduire drastiquement son Fonds de Stabilisation des Revenus qui a vu son niveau passer de 143 856 millions de dollars en Novembre 2015 à 48 491 millions de dollars en Octobre 2020 (Knoema, December 2020). Et cela à un moment où le pays doit affronter une crise sanitaire existentielle et subvenir aux besoins de ses citoyens qui ont perdu leur travail et ceux des entreprises qui ont été obligées de fermer leurs portes à cause de la pandémie du Covid-19. Face à ces menaces, l’Algérie doit repenser entièrement son modèle économique et réduire sa dépendance vis-à-vis des hydrocarbures. Cela passe nécessairement par l’investissement dans les autres secteurs et vecteurs de développement que sont, entre autres, l’agriculture, la petite et moyenne industrie, les énergies nouvelles et le tourisme. Avec l’augmentation de la population algérienne au cours des cinq dernières décennies, les besoins en produits alimentaires n’ont pas cessé de croître à un rythme quasi Malthusien, obligeant les autorités à importer, à coup de devises fortes, des quantités de plus en plus grandes de biens pour nourrir les 40 millions d’habitants. L’Algérie était déjà un grand importateur de ces produits, et elle aura besoin d’importer davantage encore à l’avenir. Pour éviter de tomber dans une dépendance totale de ces importations, l’Algérie devra recentrer une partie importante de ses investissements dans l’agriculture. La petite et moyenne industrie sont le second secteur qui doit recevoir une portion des investissements, car c’est le secteur qui est le plus créateur d’emplois et qui permettra de réduire la facture d’importation en équipements. L’Algérie doit aussi se tourner vers les énergies nouvelles (énergie solaire, éolienne, électrique, nucléaire, etc.) en vue de réduire sa dépendance des hydrocarbures qui sont « capital-intensive » (consommateurs de capital) et « labor-saving » (qui emploient peu de travailleurs) et qui, en outre, sont très polluantes. Enfin, l’Algérie doit aussi investir dans le tourisme qui est une source non négligeable de devises et qui est aussi créateur d’emplois dans un pays où le chômage bat son plein, atteignant les 30% ou plus et touchant majoritairement les jeunes et les diplômés.
Le deuxième grand déficit dont souffre l’Algérie est le déficit démocratique. Ce déficit existe dans plusieurs domaines. Un des domaines où le déficit est crucial est celui des libertés individuelles et des libertés collectives. Sur le plan individuel, la liberté la plus bafouée est la liberté d’expression. Ceci n’est pas nouveau, mais depuis deux ou trois décennies, la situation dans ce domaine a empiré. Ce déficit s’est encore aggravé depuis l’avènement du Hirak le 22 février 2019. Des dizaines de militants qui ont participé à ce mouvement ont été interpelés et mis en prison sous le prétexte « d’atteinte à la sécurité nationale » alors qu’ils n’ont fait qu’exercer un droit que la Constitution leur reconnaît, y compris la récente Constitution du ler Novembre 2020 : le droit de manifester et de faire connaître leurs griefs. L’autre liberté malmenée est la liberté de presse. Des journalistes de la presse écrite et audiovisuelle ont été emprisonnés pour avoir critiqué certaines actions ou interventions des pouvoirs publics. Le cas le plus discuté au niveau national comme au niveau international est celui de Khaled Drarerni, un journaliste algérien reporter dans deux médias français, qui a été emprisonné pour avoir filmé des manifestations du Hirak. Ces cas sont souvent l’objet de protestations de la société civile nationale et d’ONG internationales comme Reporters Sans Frontières qui réclament que ces atteintes à la liberté de presse s’arrêtent. Comme le souligne George Mason dans la citation indiquée en haut de l’article : « Freedom of the press is one of the great bulwarks of liberty, and can never be restrained by a despotic government” (La liberté de presse est un des remparts de la liberté, et ne peut jamais être restreinte par un gouvernement despotique). Le déficit démocratique existe aussi dans les institutions de l’Etat. Dans une réelle démocratie, les trois pouvoirs (Exécutif, Législatif, et Judiciaire) sont indépendants. Chacun de ces pouvoirs exerce ses fonctions et ses prérogatives dans les domaines qui lui sont propres et n’intervient pas dans les affaires et les décisions des autres pouvoirs. En Algérie, il y a une confusion totale entre ces pouvoirs. Deux d’entre eux—le Pouvoir Exécutif et le Pouvoir Judiciaire—sont connus pour intervenir dans les décisions des autres. Le Pouvoir exécutif intervient dans les décisions aussi bien du Législatif que celles du Judiciaire. Au point que les manifestants du Hirak ont utilisé deux slogans significatifs de l’absence d’indépendance des pouvoirs : « Le Parlement est une caisse enregistreuse ou un clan de béni-oui-oui » et la Justice est une « Justice par téléphone » (voulant dire par-là que le Pouvoir exécutif donne des instructions par téléphone, notamment aux juges pour qu’ils statuent selon les instructions données). Le troisième domaine où le déficit démocratique est présent est celui des élections. Tout le monde en Algérie pense que les élections—qu’elles soient présidentielle, législatives, wilayales, ou municipales—ne se déroulent pas selon les règles édictées par la Constitution et les lois sur les élections. Cela commence par les campagnes électorales qui sont souvent financées par des fonds et des personnalités occultes. Par ailleurs, les électeurs sont souvent manipulés pour qu’ils votent selon la volonté et les desiderata des pouvoirs publics. En outre, le remplissage des urnes est souvent reporté par les observateurs nationaux et internationaux. Le quatrième domaine où le déficit démocratique se manifeste est celui de la société civile et des partis politiques. La société civile est omniprésente dans la plupart des domaines de l’activité sociale : associations caritatives, religieuses, culturelles, économiques, etc. L’Algérie est, dans la région MENA, le pays où il y a le plus d’organisations civiles sociales. Cette pléthore a été encouragée par la loi de 1990 sur les associations, complétée par la loi de 2012. Malheureusement, les activités de ces associations sont souvent entravées par les pouvoirs publics lorsqu’elles sont jugées trop critiques du système en place. Un certain nombre d’associations sont carrément cooptées par le gouvernement et font le jeu de ce dernier. D’autres, notamment celles qui refusent d’entrer dans le « moule » tracé par le gouvernement, sont réduites à leur minimum ou dissoutes et leurs gestionnaires sont souvent accusés de malversations ou emprisonnés. Il en est de même des partis politiques auxquels le même choix est offert : se faire coopter ou disparaître et leurs dirigeants inquiétés ou emprisonnés.
Le troisième déficit démocratique majeur est l’absence d’un Etat de Droit, ce n’est pas que les lois n’existent pas en Algérie. Le pays a eu plusieurs Constitutions, la plus récente étant celle du ler Novembre 2020 adoptée sous la présidence de Abdelmadjid Tebboune. Et les lois existent dans tous les domaines de l’activité sociale. Le problème est dans l’application de ces lois. En effet, les lois sont appliquées de façon inégale selon la catégorie sociale de ceux auxquels elles doivent s’appliquer : les riches ou les pauvres, les militaires ou les civils, les lettrés ou les non lettrés, les amis ou ceux qui ne le sont pas, la famille ou les autres, etc. Certaines lois ne sont pas du tout appliquées à certaines catégories de la population qui sont considérées au-dessus des lois.
C’est ainsi que les procès récents de hauts fonctionnaires de l’Etat et oligarques pour corruption ont montré que, pendant plusieurs années, voire plusieurs décennies, ces personnes ont bénéficié d’une grande impunité. C’est la première fois dans l’histoire de l’Algérie que des personnes de rang de Premier ministre, ministre, chef de services sécuritaires et entrepreneurs ont été jugés et emprisonnés. Ainsi donc, lorsqu’on dit que l’Algérie n’est pas un Etat de Droit, on ne veut pas dire qu’il n’y a pas de Droit et de lois. Cela veut dire que les lois ne sont pas appliquées de manière équitable ou pas du tout. L’Algérie a donc besoin d’un système judiciaire qui soit indépendant et en mesure d’appliquer le Droit de manière équitable à tous les citoyens, quelle que soit la catégorie sociale à laquelle ils appartiennent. Compte tenu du laxisme qui a prévalu depuis l’indépendance dans ce domaine, ce défi est l’un des plus difficiles à réaliser.

Les atouts : les ressources naturelles, les ressources humaines et la position géostratégique
L’Algérie a d’énormes ressources naturelles dont elle exploite une infime partie : pétrole, gaz naturel, énergie solaire, minerai de fer, zinc, plomb, silicone, hélium, phosphates, uranium, baryte, gypse, or, diamant, argent, tungstène, kalolin, quartz, calcaire, marbre, sable, benzonite, ciment, pierre concassée, sel, manganèse, azote, ammoniaque, urée, pouzzolane, cristallin, pour ne citer que quelques-unes. De toutes ces ressources, les seules qui soient exploitées à grande échelle et de façon intensive sont le pétrole et le gaz naturel. Pire, l’Algérie a fondé entièrement son développement économique sur la production et l’exportation de ces deux ressources. Toutes les autres ressources citées plus haut sont quasiment inexploitées, ce qui rend le pays vulnérable aux fluctuations des prix des hydrocarbures et limite son champ et ses choix de développement. En raison de cette dépendance excessive et limitatrice, l’Algérie vit au rythme et au gré des fluctuations des prix des hydrocarbures. La chute récente du prix du pétrole a réduit drastiquement les recettes en devises qui sont quasiment la seule source d’investissement et d’importation de biens de consommation et de biens d’équipement dont le pays a besoin. Pour sortir de cette dépendance, l’Algérie a besoin de repenser son modèle de développement et d’exploitation des autres ressources évoquées plus haut et de trouver de nouvelles sources d’exportation. En dehors de l’investissement dans les secteurs de l’agriculture, de la petite et moyenne industrie et du tourisme—qui, comme on l’a vu précédemment, sont totalement négligés—l’Algérie a besoin d’investir dans les nouvelles formes d’énergie : le solaire, l’éolien, l’eau, l’électricité, le nucléaire pacifique, etc. Ces nouvelles formes d’énergie constitueraient non seulement un complément substantiel—nous ne disons pas un substitut parfait—des exportations d’hydrocarbures et un nouveau pôle de création d’emplois, mais elles ont aussi l’avantage, par comparaison aux hydrocarbures, de ne pas être polluantes. Etant donnée la durée de vie limitée des hydrocarbures et les effets déstabilisateurs de leurs prix sur l’économie, l’Algérie a plus que jamais intérêt à s’orienter vers ce nouveau modèle de développement durable qui—on ne le soulignera jamais assez—n’exclut pas totalement l’exploitation des hydrocarbures, mais qui exploite les autres richesses dont elle dispose et les énergies nouvelles. Ce changement de trajectoire ne se fera pas aisément et en un temps record, mais il est absolument indispensable si le pays veut sortir de l’impasse où il se trouve depuis deux ou trois décennies et assurer sa survie à moyen/long terme.
Le second atout de l’Algérie est constitué par ses ressources humaines. Plus de la moitié de la population algérienne est jeune (moins de 30 ans). Depuis l’indépendance, l’Algérie a investi des sommes importantes dans l’éducation aux trois niveaux (primaire, secondaire et universitaire). Le résultat est qu’un nombre très appréciable d’Algériens ont été formés et ont, pour certains, un niveau élevé de compétence dans plusieurs domaines. Plus d’un cinquième du budget de l’Etat (7,5% du PNB en moyenne) est dépensé dans le secteur de l’éducation et de la formation. Le système éducatif comprend quelques 1,7 million d’étudiants répartis dans plus de 100 institutions dont une cinquantaine d’universités et une quinzaine de centres universitaires et plusieurs établissements annexes. Pour la seule année académique 2018/2019, il y avait environ 63 000 enseignants universitaires. A la fin 2018, neuf universités privées ont vu le jour. Le problème est que les cohortes d’étudiants qui sortent chaque année des universités algériennes n’arrivent pas à trouver un emploi dans le pays. Une partie d’entre eux se recyclent et sont obligés de travailler dans des secteurs et des fonctions qui ne sont pas en adéquation avec leurs profils de formation. Une autre partie—la plus importante selon certaines sources—ne trouvent pas d’autre issue que d’émigrer dans les pays d’Europe, notamment en France, et en Amérique du Nord (Canada et USA) où ils sont employés dans des secteurs et occupent des postes qui ne correspondent pas toujours à leur formation. Le résultat est que l’Algérie—qui a tant besoin de ses étudiants—se trouve dans une situation de paradoxe où elle dépense des sommes astronomiques, en devises et en dinars—pour former sa population alors que ce sont les pays européens et nord-américains—qui n’ont pas autant besoin d’eux—qui en profitent et généralement sans débourser aucun argent. En bref, l’Algérie forme ses citoyens non pas pour les employer dans le pays mais pour les « exporter » vers les pays développés. Il y a là donc un gaspillage énorme de ressources humaines qui, si elles pouvaient être utilisées dans le pays, contribueraient non seulement à le faire sortir des crises multiples dans lesquelles il se débat depuis deux ou trois décennies mais aussi à élever le pays au rang des pays émergents. L’Algérie doit donc ici aussi repenser son système éducatif aux trois niveaux dans le sens d’une plus grande adéquation entre l’enseignement et l’emploi. Ceci exige, bien entendu, une coordination entre la nouvelle économie, elle-même à repenser, et le système éducatif dans son ensemble. Cela exige aussi une meilleure adéquation entre les filières d’enseignement et le marché du travail réel. En effet, une bonne partie des étudiants sont formés dans des filières de sciences humaines—histoire, philosophie, lettres, langues étrangères, etc. — alors que les entreprises publiques et privées demandent des ingénieurs, des informaticiens, des chimistes, des agronomes, des mécaniciens, etc. Parallèlement, et pour éviter l’hémorragie de ses ressources humaines compétentes, l’Algérie doit leur offrir des conditions économiques acceptables et créer un environnement de travail qui encouragerait ces « émigrants potentiels » — qui sont de plus en plus nombreux — à rester dans le pays et à contribuer à son développement.
Le troisième atout de l’Algérie est sa position géostratégique. En effet, l’Algérie a plusieurs portes d’entrée sur le monde : une qui lui donne accès à l’Afrique—nord et sud ; une porte qui lui permet d’échanger avec les pays d’Europe—nord et sud ; une autre qui s’ouvre vers la Méditerranée et le Moyen-Orient. Toutes ces portes sont des opportunités pour l’Algérie de jouer un rôle diplomatique sur la scène internationale et d’établir des relations commerciales variées. Il fut un temps—1962-1980—où l’Algérie a occupé une place importante sur ces deux plans. L’apogée de cette période est 1974 lorsque l’Algérie—par la voix de son président à l’époque (Boumediène)—avait demandé et obtenu l’instauration d’un Nouvel Ordre Economique International et souligné le rôle stratégique que devraient jouer les matières premières pour le développement de ce qu’on appelait, à l’époque, le « Tiers-Monde ». Cependant, après 1980, elle a perdu son dynamisme diplomatique international au point qu’aujourd’hui sa voix semble pratiquement inaudible. L’Algérie doit donc repenser sa politique internationale et ouvrir à nouveau la porte de l’Afrique, la porte vers l’Europe et la porte vers le Moyen-Orient. En particulier, les relations diplomatiques et surtout économiques avec l’Afrique et le Moyen-Orient sont quasiment nulles. L’essentiel des relations diplomatiques et économiques de l’Algérie se font avec les pays d’Europe, en particulier la France, paradoxalement le pays qui l’a colonisée et exploitée pendant 132 ans et qui continue, sous des formes nouvelles—économiques et culturelles—aujourd’hui. Nous ne suggérons pas, bien entendu, de mettre fin aux échanges avec la France. Nous suggérons plutôt une diversification des relations de l’Algérie avec les pays d’Europe dans leur ensemble, des pays d’Afrique du nord et du sud, du Moyen-Orient et d’Amérique—nord et sud. En effet, la situation de l’Algérie aujourd’hui sur le plan international est comparable à sa situation de dépendance vis-à-vis des hydrocarbures sur le plan national : l’Algérie dépend pratiquement d’un seul pays pour ses importations et exportations. Et cette situation lui fait courir le même type de risque : le blocage de son économie. L’Algérie doit donc diversifier ses relations internationales comme elle doit diversifier ses secteurs de développement au niveau national.

Conclusion
Nous avons vu, tout au long de cet article, que l’Algérie fait face à plusieurs déficits, notamment le déficit démocratique, le déficit en diversification économique et le déficit en matière de Droit. Nous avons vu comment chacun de ces déficits—séparément mais aussi et peut-être davantage collectivement—a des effets négatifs sur le développement du pays au plan national. Nous avons vu aussi que ces déficits ne font qu’aggraver les crises que traverse le pays depuis quelques décennies et aujourd’hui plus que jamais, notamment la crise sanitaire du Covid-19 et la crise économique qui est le résultat conjoint de la crise sanitaire et de la chute récente du prix du pétrole. Ces crises sont aggravées par une autre crise dont nous n’avons pas parlé et qui mériterait une analyse séparée : la crise politique. Cette dernière—qui a commencé avec le mouvement de protestation du 22 février 2019 nommé « Hirak », qui a « ousté » l’ancien « Président-à-vie » Abdelaziz Bouteflika et accouché d’une nouvelle Constitution votée par le référendum du ler Novembre 2020 et qui a conduit à l’élection d’un nouveau Président, Abdelmadjid Tebboune, que beaucoup d’observateurs nationaux et internationaux ont considérée comme « illégitime ». Ce qui aggrave encore la crise politique est que le nouveau Président est hospitalisé depuis plus d’un mois en Allemagne suite à sa contamination par le Covid-19, ce qui ouvre la porte, selon certains analystes politiques, à toutes sortes de spéculations sur la situation sécuritaire du pays, notamment en raison de la crise politique aigue en Libye et du récent accord entre le Maroc et Israël. En face de tous ces déficits et défis, nous avons vu que l’Algérie dispose d’atouts qui devraient lui permettre non seulement de sortir du guet-apens dans lequel elle se trouve, mais aussi de changer de modèle de développement au niveau national et de retrouver la place qu’elle occupait autrefois sur la scène diplomatique internationale. Ces atouts sont nombreux, mais nous en avons analysé essentiellement trois : les ressources naturelles, les ressources humaines et sa position géostratégique. Chacun de ces atouts peut aider à remettre l’Algérie sur les rails, mais le meilleur impact serait que « l’Algérie Nouvelle »–car c’est comme cela qu’on l’appelle aujourd’hui—mobilise ces trois atouts pour d’abord sortir des crises multiples et dévastatrices actuelles mais aussi pour hisser le pays au rang des pays qui « comptent » au plan international. Pour que cela soit possible, l’Algérie doit d’abord établir un Etat démocratique où règnerait l’Etat de Droit dans les sens donnés à ces mots plus haut. Comme le souligne John Adams, le second Président américain, dans la citation placée tout en haut de l’article : « Democracy is a government of laws, and not of men » (la démocratie est un gouvernement de lois et non d’hommes). Cela sera une tâche longue et pas tout à fait aisée comme le précise J.F. Kennedy : « Democracy is never a final achievement. It is a call to an untiring effort » (La démocratie n’est pas une réalisation definitive. C’est un appel pour un effort incessant). n