La crise que vit l’Entreprise nationale des industries de l’électroménager (Eniem) est en train de prendre des proportions qui risquent de rendre infructueuses les initiatives versées au compte d’une solution pour cette entité industrielle publique.

Hier, les employés de l’Eniem ont refusé de reprendre le travail après l’expiration du chômage technique auquel ils ont été soumis durant le mois de décembre sur décision de la direction de l’entreprise. En ce premier dimanche de 2021, ces derniers n’étaient présents ni au niveau du siège de la Direction générale à Tizi-Ouzou ni au complexe industriel situé dans la zone industrielle de Oued Aïssi, ignorant ainsi la note de la direction qui leur a été adressée samedi, les informant de la reprise prévue hier.
Les travailleurs conditionnent leur retour au travail par la «non-comptabilisation du congé technique dans les salaires» et «le départ du P-DG de l’Eniem». Deux conditions qu’ils ont mises en avant durant tout un mois d’arrêt de travail marqué par des opérations de contestation et des appels aux autorités concernées pour une solution à la crise qui secoue leur entreprise pour cause de situation financière désastreuse empêchant les ateliers du complexe de Oued Aïssi de s’approvisionner en matières premières, notamment en kits CKD-SKD servant au montage des appareils électroménagers.
Hier, ils ont reconduit ces deux conditions, alors que leur outil de travail se trouve menacé plus que jamais auparavant, et que le complexe qui les emploie comptabilise plusieurs étapes marquantes de la crise, dont les deux arrêts techniques de l’année 2020 qui témoignent du marasme traversé par cette entreprise publique. Cette dernière a, en effet, achevé l’année comme elle l’avait entamée, puisqu’en février dernier, les travailleurs ont déjà été mis au chômage technique pour cause de «contraintes financières» et «rupture des stocks des matières premières entraînant de fait l’arrêt de la production». C’est ce que s’est employé à expliquer, ces dernières semaines, le PDG de l’Eniem, Djillali Mouazer, non sans tenter de rassurer les travailleurs en leur annonçant «un plan de sauvetage de l’entreprise en élaboration avec le groupe Elec El Djazaïr et le ministère de l’Industrie».
Le plan a été soumis aux responsables des banques, le 13 décembre dernier, lors d’une réunion entre les trois parties. Cependant aucun détail n’a filtré de cette tripartite, ce qui témoigne de la difficulté pour les pouvoirs publics à trouver des solutions susceptibles de faire sortir des entreprises publiques comme l’Eniem et l’ENI de l’impasse dans laquelle elles se sont retrouvées depuis déjà plusieurs années pour différentes raisons, objectives et subjectives.

Zone de turbulence
Cependant, la vision des autorités était assez connue bien avant ce rendez-vous, puisqu’en l’annonçant quelques petits jours auparavant, Ferhat Aït Ali avait souligné que «le secteur public doit bénéficier d’une relance et d’un financement, mais cela sur des bases financières saines». Lundi dernier, le même ministre était de nouveau interrogé par la presse sur le cas Eniem. Il annoncera alors une décision pour «cette semaine (la semaine dernière, ndlr)». Il mettra une nouvelle fois les difficultés à faire dégager l’Eniem de la zone de fortes turbulences financières lorsqu’il notera que «cette entreprise est redevable de 13 milliards de dinars», «ce qui laisse les banques hésitantes quant au financement de son complexe industriel», a-t-il indirectement prévenu.
La dernière opération de prêt bancaire auquel elle a eu droit avait lieu suite à l’arrêt technique de février dernier, auprès de la Banque extérieure d’Algérie, qui lui avait injecté un montant assez conséquent de 1,1 milliard de dinars. Mais pour une entreprise asphyxiée financièrement, cet argent frais n’aura finalement suffi qu’à faire redémarrer l’outil de production jusqu’au mois d’octobre, sans pouvoir lui éviter un autre arrêt en décembre.

Un syndicat en quête de réhabilitation ?
Une décision managériale de plus qui n’a pas tardé à faire éclater au grand jour les relations tendues entre les travailleurs et le staff dirigeant de l’entreprise. La crise financière est alors transportée vers le terrain de la confrontation entre les deux parties, et dès le premier jour de l’arrêt technique qui vient d’expirer, les employés étaient montés au créneau pour rejeter cette décision et exiger le départ de la direction qu’ils accusent d’être à l’origine de la situation vécue par leur usine. La même attitude est exprimée lors des différentes opérations de contestation qui ont jalonné la vie de l’Eniem durant le mois de décembre, sous la conduite des syndicats de l’entreprise, notamment la section de l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA).
Il y a quelques jours, alors que l’arrêt technique allait entamer sa dernière semaine, les mêmes travailleurs sont de nouveau revenus à la charge pour exiger la reprise du travail. Du coup, le refus de rejoindre leurs postes, hier, prend la teneur d’une contradiction avec la démarche manifestée durant quatre semaines. Certaines sources proches des coulisses de l’Eniem expliquent cette situation par l’influence du syndicat UGTA sur les travailleurs, alors que son mandat a expiré. L’on se rappelle que lorsque les travailleurs lui avaient reproché de ne pas avoir associé le partenaire social dans la décision portant arrêt technique, le PDG de l’Eniem avait expliqué que ce dernier n’était plus mandaté pour représenter les travailleurs, d’autant que les élections pour un nouveau mandat ou une nouvelle composante n’ont pas été organisées, avait-il soutenu. Or, s’il n’y a pas eu de nouveau mandat, depuis une année, c’est parce que les travailleurs de l’Eniem refusent de renouveler leur confiance à la section syndicale en place, souligne notre source, ajoutant que cette situation pousse la section UGTA à tenter de «se redéployer auprès des employés en mettant à profit l’arrêt technique et les inquiétudes qui se sont emparées d’eux». En fait, la problématique syndicale représente une part importante de la situation actuelle de l’Eniem. Au-delà de l’aspect économique qu’a aujourd’hui la crise, elle représente une opportunité inespérée pour l’UGTA qui cherche à se faire réhabiliter et à ré-émerger sur la scène syndicale», poursuit-on.
Et c’est visiblement en guise de réaction à l’offensive de la section syndicale que la direction de l’Eniem a appelé les travailleurs «à rejoindre leurs postes de travail et faire preuve de sagesse et de maturité et d’éviter de répondre à toute forme de manipulation et de malveillance, source de perturbation et de déstabilisation». Elle n’a pas manqué l’occasion de rassurer à nouveau les destinataires de sa note en affirmant avoir entrepris «toutes les actions nécessaires afin de débloquer la situation difficile que traverse l’entreprise actuellement», soulignant que «des garanties ont été données par les pouvoirs publics afin de trouver une solution durable qui garantira la pérennité des emplois au sein de l’entreprise et ce dans les meilleurs délais possibles».