PAR Leila Zaïmi
Le conflit syndical entre les travailleurs de Numilog, filiale du groupe Cevital, et leur direction est loin de connaître son épilogue au vu de la détermination inébranlable qu’affichent les ouvriers qui ont battu, hier encore, le pavé dans la ville de Béjaïa pour réclamer l’application de la décision de justice qui a réhabilité les 196 employés exclus.
Pour les travailleurs qui se sont mobilisés hier en dépit d’une chaleur caniculaire et les effets du jeûne, la réhabilitation de leurs collègues exclus est une urgence. Pour faire entendre leur voix, les travailleurs de Numilog, soutenus par d’autres syndicalistes, ont marché vers la Cour de Béjaïa où ils ont observé un rassemblement ponctué par des prises de paroles en signe notamment de soutien aux exclus tout en réitérant la position «infaillible» du collectif des travailleurs.
La singularité de cette nouvelle manifestation, c’est que les contestataires de Numilog ont préféré une marche silencieuse, ce qui n’a pas manqué de susciter la curiosité des Béjaouis qui vaquaient à leurs occupations quotidiennes et à leurs courses d’avant-l’Aïd. «Nous avons opté pour une marche silencieuse pour dire, primo, que nous sommes en deuil au vu de ce que subissent nos collègues arbitrairement licenciés. Secundo, pour rappeler à l’appareil judiciaire, la nécessité de veiller à l’application de sa décision à ce propos», nous dit un employé.
Les manifestants, habillés de gilets jaunes, ont choisi également un nombre réduit de slogans ou de mot d’ordre. «Oui, pour un syndicat ouvrier à Numilog», était l’un des slogans portés par les manifestants.
Devant la Cour de justice de la capitale des Hammadites, les intervenants ont égratigné la juridiction locale qui «n’a pas réussi à faire appliquer ses décisions portant sur la réintégration des exclus». Laïd Khofach, membre du bureau syndical de Numilog, dans sa déclaration, a interpellé les autorités publiques à abandonner cette voie. «Avant de créer un syndicat, nous avons dénoncé les mauvaises conditions de travail et demandé nos droits auprès des responsables. Ces derniers nous ont demandé de créer une entité syndicale à travers laquelle nous présenterons nos revendications», témoigne notre interlocuteur. «Mais à notre grande surprise, lorsque le syndicat a vu le jour, les responsables du groupe Cevital ont mis dehors en premier les trois membres initiateurs et puis tous les adhérents. Nous étions 196 employés à subir l’exclusion», a-t-il ajouté.
«Nous avons respecté et appliqué la loi, nous nous sommes retrouvés sans emploi depuis 11 mois. Nous avons l’impression qu’il n’y pas de loi ou, sinon, elle est là juste pour punir le travailleur. Mais quand elle le réhabilite, l’application fait défaut», s’est-il indigné.
Dans ses propos, M. Khofach a cité les déclarations du Premier ministre Abdelaziz Djerad qui a incité récemment les employés à former des syndicats afin de demander leurs droits socioprofessionnels légitimes et garantis par la Constitution dans un cadre bien déterminé et organisé. «Nous sommes bel et bien dans cette configuration», fulmine encore notre interlocuteur.
Par ailleurs, dans une déclaration à Reporters, Farès, l’un des travailleurs licenciés qui a marché hier, a indiqué que ses collègues en ont marre de cet arbitraire et «des accusations qu’on nous colle dès qu’il y a un mouvement des ouvriers». Les travailleurs ont rappelé à l’occasion de cette nouvelle mobilisation que dans leurs plaintes contre la direction, les 196 travailleurs licenciés ont eu 13 fois gain de cause, en 10 mois. «La réintégration telle que nous l’avions réclamée n’a pas eu lieu. Pire, les 51 employés qui ont réintégré leur travail ont dû prouver leur loyauté au patron par le biais des médias ou autres», selon Farès.