La grève d’une journée menée par six syndicats autonomes de l’éducation nationale le 21 janvier dernier a marqué un changement important dans ce secteur stratégique. L’idée qui a dominé les esprits durant des années, selon laquelle les syndicats autonomes, notamment ceux de l’Education, jouissent d’une grande popularité est nettement remise en cause par les résultats de la grève du 21 janvier. C’est la première fois, depuis l’instauration du pluralisme syndical en 1990, que les organisations syndicales du secteur de l’Education nationale échouent à convaincre les fonctionnaires du département de Nouria Benghebrit à faire grève et surtout à ne pas respecter la décision de la justice qui a déclaré «illégale» cette dernière. Selon les chiffres fournis par la tutelle, le taux de suivi de la grève n’a pas dépassé les 8%. Pour les syndicats grévistes, il est de 50%. Sans rentrer dans la polémique des chiffres, une chose est sûre, on est loin des grandes mobilisations des syndicats autonomes du secteur de l’Education observées notamment entre 2003 et 2018. Par le passé, les appels à la grève paralysaient presque totalement les établissements scolaires des trois cycles. Durant les journées de grève, les élèves étaient visibles durant la journée dans les rues, les quartiers et les villages. Des scènes que personne n’a remarquées pendant la journée de lundi dernier. Les portes des établissements scolaires ont été maintenues ouvertes. Les quelques enseignants qui ont fait grève n’ont pas provoqué leur fermeture.

Les raisons d’un changement
Ce bouleversement s’explique par plusieurs facteurs. D’abord, par le retrait «inattendu» et «surprenant » du principal syndicat de l’Education nationale, à savoir le Cnapeste. Partie prenante de l’idée d’aller vers la protestation, le Cnapeste a changé d’avis à quelques jours seulement du jour J. Un retrait qui a totalement brouillé les calculs des autres syndicats et porté un coup dur au moral des troupes. Il est connu dans la psychologie des luttes qu’une défection démoralise et sème le doute. Le retrait du Cnapeste a provoqué une fissure dans les rangs des travailleurs en lutte. La deuxième raison est liée à la décision de la justice qui, en déclarant illégale la grève, a dissuadé des travailleurs qui ont craint des sanctions. Cette déclaration donne le feu vert à la tutelle pour prendre des mesures disciplinaires, dont la ponction sur salaire.

Le vieillissement des cadres syndicaux
L’absence d’alternance dans les directions de la plupart des syndicats autonomes du secteur de l’Education nationale n’encourage pas les nouveaux employés à se syndiquer. La plupart des leaders syndicaux ont atteint l’âge de la retraite, mais ils continuent à présider des syndicats. Au niveau de la base, la quasi-totalité des animateurs des syndicats autonomes du secteur de l’éducation nationale sont partis en retraite entre 2015 et 2017. L’annonce de la suppression de la retraite anticipée et celle sans condition d’âge a provoqué une véritable hémorragie interne dans le monde syndical autonome. Des pertes que les directions de ces syndicats n’arrivent toujours pas à combler en raison de décalage d’âge important entre les responsables nationaux de ces syndicats et la majorité du personnel de l’Education nationale qui s’est renouvelé depuis 2010 avec l’ouverture de dizaines de milliers de nouveaux postes budgétaires. En l’absence d’une stratégie de recrutement et d’encadrement des délégués syndicaux, les syndicats autonomes du secteur de l’Education vont perdre complètement le terrain.