Les appréhensions des spécialistes se confirment. La vague actuelle de Covid-19 est plus virulente, touche toutes les catégories de personnes y compris les jeunes en bonne santé et cause plus de cas graves de la maladie nécessitant plus d’oxygène et de respirateurs.

PAR INES DALI
L’oxygène est le produit le plus demandé dans les services Covid au vu de l’afflux important des malades admis en réanimation. Le professeur Rachid Belhadj, directeur des activités médicales et paramédicales au Centre hospitalo-universitaire (CHU) Mustapha-Bacha (Alger), en témoigne. «Au niveau du CHU Mustapha-Bacha, nous sommes en train de connaitre un nombre important de personnes qui viennent pour le Covid-19», a-t-il affirmé, soulignant qu’il y a «une forte demande au niveau des hospitalisations notamment en réanimation». «Nous avons enregistré aussi une hausse de la demande pour l’oxygène», a-t-il ajouté. La situation est tellement préoccupante qu’une réunion d’urgence s’est tenue dimanche au niveau de ce CHU «à l’effet d’instruire l’ensemble des services de passer au plan C et d’augmenter la capacité des lits d’hospitalisation à 300 et des lits de réanimation à 80», a fait savoir le Pr Belhadj. La saturation des lits dans les services Covid a contraint des hôpitaux à cesser les activités initiales de certains services pour les réserver uniquement aux malades du nouveau coronavirus, comme c’est le cas au CHU Mustapha-Bacha qui a dû suspendre cette semaine les activités de pas moins de treize services.
Le CHU de Douéra (Alger) est une autre structure hospitalière où la situation est aussi inquiétante. La responsable de l’Unité Covid, Dr Djamila Naït Yahia, a indiqué que la situation actuelle se caractérise par une augmentation du nombre de malades qui ont besoin d’oxygène. «On doit nous fournir le maximum d’oxygène et le maximum de respirateurs, c’est ce dont nous avons le plus besoin», a-t-elle indiqué, tout en alertant que la troisième vague de cette pandémie que vit l’Algérie est différente des deux précédentes. «Ce n’est pas le Covid de la première ni de la deuxième vague. Le Covid actuel est mortel. Il touche tout le monde, toutes les catégories de personnes. Aujourd’hui, nous sommes tous en danger».
La dangerosité de la vague actuelle s’expliquerait, selon le Pr Belhadj, par la «possibilité de l’avènement d’un nouveau virus mutant de Covid-19 qui est en train de se propager avec plus de virulence». Il confirme, à son tour, que ce virus mutant est «hautement transmissible et mortel, même chez des jeunes en parfaite santé». Un constat qui ne manque pas de lui faire dire que «c’est quelque chose d’inquiétant, puisque au bout de 48 heures seulement, le malade passe de 20% d’atteinte pulmonaire à 60%». Sur ce chapitre, le Dr Naït Yahia a donné de larges explications techniques sur les besoins en oxygène en termes de débits et autres, tout en avisant que le service de réanimation de l’Unité Covid est débordé». Pourtant, cette unité a été contrainte d’ajouter à deux reprises des lits en réanimation. Mais cela n’a pas suffi et il faut en rajouter d’autres, tous nécessitant de l’oxygène, a-t-elle insisté.
Pratiquement tous les malades qui sont gardés en hospitalisation dans l’Unité Covid de cet hôpital nécessitent une respiration par oxygène vu l’état avancé de la maladie qui progresse très vite en attaquant les poumons. Les malades qui ont besoin seulement d’un traitement se soignent à domicile afin de ne pas occuper les lits dont ont fortement besoin les cas graves. «Nous n’admettons que les malades qui sont en danger, ceux qui ont une saturation inférieure ou égale à 88%», a-t-elle indiqué pour montrer l’ampleur de la virulence de cette troisième vague de la pandémie de Covid-19, tout en regrettant qu’il y ait peut-être des malades qui font tous les hôpitaux d’Alger sans trouver de place.

Énième appel au respect des gestes barrières
C’est ainsi qu’elle en appelle à «la conscience des citoyens», leur demandant de suivre les gestes barrières, de porter un masque et respecter la distanciation physique, mais aussi de s’informer auprès des médecins de cette nouvelle vague mortelle. Le même appel est lancé par le Pr Belhadj, qui met exhorte la population à «faire plus attention pour ne pas augmenter les contaminations», en ces temps de pandémie qui risque d’être «constante dans le temps», voire « menaçante vis-à-vis de toutes les personnes qui nous entourent». «Nous sommes en train de vivre une troisième vague. C’est un scénario identique de la deuxième vague de l’été 2020 (juin et juillet), avec la particularité que touche même les sujets jeunes».
L’autre indicateur qu’ont tenu à mettre en exergue les spécialistes, c’est la progression de la maladie parmi le personnel de la santé. «Nous avons aussi un autre indicateur de la virulence de cette vague. C’est le nombre de contaminations du personnel de la santé, tout corps et tout grade confondus, qui ne cesse d’augmenter. Nous sommes entre 7 et 8 contaminations par jour et ça n’épargne personne, médecins, infirmiers, ambulanciers et administrateurs», a fait savoir le Pr Belhadj. Idem au CHU de Douéra qui enregistre de plus en plus de malades et pratiquement chaque jour parmi son personnel soignant, selon la responsable de l’Unité Covid.
Une situation aussi préoccupante ne peut être combattue que par le respect des gestes barrières et protocoles sanitaires et par la vaccination, s’accordent à dire l’ensemble des professionnels de la santé. C’est ainsi que toutes les wilayas du pays ont reçu les doses de vaccins anti-Covid-19, selon le Pr Lyès Rahal, directeur général de l’Institut national de santé publique (INSP) et membre du Conseil scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de coronavirus. De même que «les facilitations sont offertes aux citoyens avec la levée de toutes sortes de contraintes bureaucratiques au niveau des structures supplémentaires de vaccination» afin de procéder à «une vaccination massive» de la population, a-t-il ajouté, invitant les citoyens à aller se faire vacciner. Pour lui, toutes les conditions sont réunies pour la vaccination, à savoir les structures d’accueil et disponibilité des vaccins, et ce, dans le but de casser la chaine de transmission du Covid-19 qui continue de faire des morts, d’où, a-t-il estimé, il n’y a aucune raison à la réticence. n